‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 5 sur 253 · LIVRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVI

hors de leurs temples , ils ne doivent avoir aucune pompe qui puisse marquer qu'ils aient l'honneur de faire corps dans le royaume.»

En 1675 , le clergé se réunit de nouveau, il était devenu de plus en plus exigeant, plus on lui avait accordé, plus il demandait, poursuivant son œuvre de démolition avec autant de persistance que d'habileté : de toutes ses demandes, celle sur laquelle il insista le plus, fut l'interdiction aux catholiques d'embrasser la religion protestante. «Cette liberté, dit-il, ne leur a été accordée par aucun édit, et ils ne l'ont jamais réclamée, parce qu'elle leur fait une horreur extrême. »

Le cahier du clergé contient cinquante-huit articles, dont chacun était une atteinte, plus ou moins directe, aux édits; il réclamait la fermeture de plusieurs écoles, la démolition de plusieurs temples et l'interdiction aux réformés des fonctions publiques de l'État.

Dans son assemblée, tenue en 1680, il devient plus exigeant encore, il sent qu'il touche au but, et que ce que les sièges, les batailles, les assauts n'ont pu faire, il l'obtiendra de ses importunités, qui sont toutes à la plus grande gloire de Dieu et au triomphe de son Église; il ne doute pas que la bonté et la piété du roi ne lui viennent puissamment en aide, pour atteindre le but qu'il poursuit avec une si pieuse persistance.

Une dernière fois, avant le jour de son triomphe, il se réunit en 1685.

«Messeigneurs, lui dit son rapporteur, dans le rapport qu'il leur présenta , l'unique source de vos malheurs c'est l'hérésie; les mêmes années qui ont vu paraître Luther et Calvin, on a vu notre juridiction affaiblie, et nos biens usurpés; apportons le remède aux maux qui ont été faits à la religion, par les hérétiques, tâchons de rétablir et faire rendre à Dieu le culte qui lui est dû. «L'orateur ne cache pas que le but des efforts de l'épiscopat et son unique affaire est la destruction de l'hérésie; en parlant du roi, il dit: «Ce serait bien ici le lieu de m'étendre sur toutes les choses que cet invincible monarque a faites pour la

religion; mais les pierres des temples abattus parlent, ses édits et ses déclarations sont des monuments éternels de sa piété; les cris de joie et les acclamations de tant de nouveaux convertis se font assez entendre. Qu'esl-il besoin de mes paroles et que reste-t-il à dire sur ce sujet, puisque même il ne reste plus rien à désirer. Il semble que rien n'ait échappé au zèle, à la pénétration, aux lumières du roi. Cependant vous serez étonnés, messeigneurs, après ce que nous avons obtenu de sa justice, que nous ayons encore quelques demandes à faire ; tantum religio potuit suadere malorum\ Ce qui nous doit encore consoler, c'est que nous sommes assurés de réussir dans nos humbles supplications. Il est de foi divine et humaine que nous les obtiendrons, nous ne demandons rien qu'au nom et pour la gloire du Seigneur, et nous le demandons à un prince qui peut tout ce qu'il veut, et qui veut pardessus toutes choses le rétablissement du règne de Jésus- Christ. »

Après cet exposé clair et précis, le clergé formule ses demandes; les vingt-neuf articles dans lesquelles elles sont contenues, ont pour but de ravir aux réformés, nonseulement leurs libertés religieuses, mais encore leur liberté civile, et de les réduire à l'état de paria. L'auteur de l'histoire de Mme de Maintenon nous dit naïvement, t que les assemblées du clergé se tenaient avec dignité et sans passion. »

Nous avons exposé, dans leur ordre chronologique, les demandes des évèques , pour obtenir du roi le renversement de l'œuvre de Henri IV, et parmi cette foule de prélats qui encombrent les antichambres du roi, nous ne retrouvons pas un Montluc ou un Marillac, pour demander, soit au nom de la probité politique, soit au nom de la charité évangélique, le respect des traités et la tolérance religieuse ; et le peuple sur leqyel on demande à Dieu de faire descendre le feu du ciel, n'est plus à craindre; il n'importune ni par la tenue de ses synodes, ni par celui de ses assemblées politiques; dépouillé de tous ses droits de

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