Arrêt du conseil (31 juillet
des lieux où il se célèbre, la distance n'est pas grande; la cour la franchit. Un arrêt des grands jours de" Poitiers1 ordonna la démolition de plusieurs temples; l'exemple donné fut suivi, et les réformés, pendant plus de quarante ans, furent condamnés à détruire, de leurs propres mains, la plupart de leurs édifices religieux, ou à payer de leurs propres deniers les démolisseurs, quand ils s'y refusaient. L'année 1667 leur fut particulièrement funeste; le conseil ordonna la démolition de vingt temples'. La désolation régnait dans toutes les églises, qui s'attendaient aux plus épouvantables malheurs. Dans un seul jour, la cour supprima l'exercice du culte dans une étendue de vingt lieues carrées3. Trente -six paroisses du Poitou virent leurs temples tomber, presque à la même heure; que de larmes furent versées dans ces contrées pleines des grands noms de Coligny, de Condé, de Mornay, d'Agrippa d'Aubigné, de Rohan; mais cette terre héroïque n'avait pas dégénéré, et au moment où le roi était dans la plénitude de sa puissance et de sa volonté, un synode provincial, tenu à Lusignan doublement célèbre par son siège et sa tour de Melusine, ordonna aux ministres des églises supprimées de prêcher sur les ruines de leurs temples4. Ils obéirent: la chaire se dressa au milieu des décombres, et le chant des psaumes y retentit. Aigri par ces iniquités, tout le Poitou allait se lever en masse pour défendre ses droits. La cour l'arrêta en lui octroyant une amnistie; bientôt après les démolitions continuèrent presque sans interruption. La page suivante nous montre les membres du conseil occupés à leur œuvre de destruction; pendant l'année 1685 ils décrétèrent la démolition des temples dans les localités suivantes6: le 8 janvier, à Montlans; le 15, à Saumur (Maine-et-Loire); le 22, à Sainl-Rome-de-Tarn et à Saint-Sever (Aveyron), et à Saint-Félix (Lot); le 5 février, à Cornus (Lot), et à Saint-Vincent-des-Barres (Ardèche); ie 13, à Châtillon-
1. Recueil des arrêts des grands jours de Poitiers (année 1634).
2. Arrêts du conseil (9 mars, 4 mai, 15 juin, 5 et 25 octobre 1633).