‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 62 sur 253 · LIVRE XXXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVII

priété des huguenots de ne pas se départir de la fidélité

dans les conjonctures fâcheuses.»1

La fidélité des huguenots ne se dément pas; de plus en plus elle paraît digne d'éloges : «J'ai sujet, dit Louis XIV dans une lettre qu'il écrit au marquis de Brandebourg, de louer leur zèle pour mon service ; ils n'omettent aucune occasion de m'en donner des preuves; même au delà de tout ce qu'on peut imaginer, contribuant en toute chose au bien et avantage de mes affaires2.» Quand le synode national est réuni en 1649 à Loudun , le roi écrit aux membres de l'assemblée la lettre suivante: ((Chers et bienaimés, nous avons reçu avec satisfaction vos lettres et les protestations que vous nous faites de votre obéissance inviolable, et en étant très-satisfaits, nous avons bien voulu vous en avertir par cette lettre, et vous exhorter à persister dans vos bons desseins. Nous vous ferons éprouver de notre côté, toute sorte de bons traitements et prendrons plaisir à vous protéger sous les bénéfices de nos édits et de ceux de notre très-honoré seigneur et père, le feu roi, comme nous l'avons fait jusqu'à présent.» — «Sa Majesté, écrit le cardinal Mazarin au même synode, est bien persuadée par effet de votre fidélité inviolable, de votre zèle à son service, et je vous prie de croire que j'ai un grand estime pour vous comme vous le méritez, étant de bons sujets et serviteurs du roi.»

En 1666, Louis XIV écrit à l'électeur de Brandebourg, après lui avoir parlé de ses désirs de maintenir les sujets de la religion prétendue réformée dans tous les privilèges que leur accordaient les édits, il ajoute: «C'est la règle que je me prescris à moi-même, tant pour observer la justice que pour leur témoigner la satisfaction que j'ai de leur obéissance et de leur zèle pour mon service depuis la dernière pacification de l'année d 629.»

Depuis i'édit de grâce, c'est-à-dire pendant 55 ans, aucun reproche ne leur est. adressé : ils se sont montrés sujets fidèles, non par contrainte, mais par principe: ils

1. Le Patriote français et impartial, p. 227 (nouvelle édition 1753).

2. Lettre du 6 décembre 1666. — Elle a pour subscription : A mon frère le marquis de Brandebourg , prince chrétien du saint empire.

ont concouru, dans une large proportion, à la grandeur et à la prospérité de l'État; ils ont commandé des armées avec Turenne, Gassion, Schomberg; des flottes avec le grand Duquesne; avecHerwart, ils ont mis de l'ordre dans les finances; avec leurs agriculteurs et leurs industriels, ils ont été les pères nourriciers du royaume; tout cela on l'oublie, et quand le fil qui tient l'épée suspendue sur leur tête sera coupé, nul ne les plaindra, et dans leur détresse, ils ne trouveront sur les lèvres de leurs ennemis que des paroles de haine et de raillerie.

Tout était prêt pour consommer l'œuvre à laquelle avait concouru, le clergé avec ses avertissements et ses méthodes, les parlements avec leur servilisme, Pélisson avec sa boîte de Pandore, Louvois avec ses dragons, Louis XIV avec son bigotisme. Un conseil de conscience fut réuni sous la présidence du roi: il était composé de deux théologiens et de deux jurisconsultes, dont les noms sont demeurés inconnus. L'un d'eux fut sans doute le père La Chaise, l'autre peut-être Harlay, archevêque de Paris, et peut-être aussi Bossuet. Ce que nous connaissons de ce prélat nous porte à croire qu'il ne dut pas être étranger à un acte qui était dans la nature de ses principes , et qu'il a loué avec tant d'enthousiasme ; il est bien difficile de croire que l'homme qui s'était associé à toute la haine du clergé et à toutes ses demandes d'extermination, n'eût pas été consulté , lui qui était l'oracle de l'épiscopat et qui possédait l'estime et la confiance de Louis XIV. Ses biographes s'efforcent de le laver de tout reproche à cet égard, tant ils sont jaloux de sa gloire, et sentent combien sa participation à cette odieuse mesure ferait tort à sa mémoire; mais si les preuves matérielles manquent, les preuves morales subsistent.

Après que le conseil de conscience eut discuté l'opportunité de la mesure, les ministres furent appelés à décider définitivement. — Des opinions diverses se firent jour; apparemment Colbort, son fils Seignelay, et Croisy, insinuèrent qu'il était sage et prudent de ne rien précipiter1.

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