‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 66 sur 253 · LIVRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVIII

Quoique l'édit de révocation plaça les réformés dans une position qui ne leur laissait que le choix de la fuite ou d'une abjuration, il ne parut pas suffisant. On interdit l'exercice du culte réformé sur les vaisseaux de guerre de Sa Majesté et sur ceux des marchands, et on défendit, sous peine de punitions corporelles et de fortes amendes, aux capitaines de vaisseaux, maîtres de barque, pilotes, de contribuer, directement ou indirectement, à l'évasion des religionnaires. 1

Gomme, malgré ces précautions, l'émigration continuait sur une large échelle , et que le commerce en recevait une rude atteinte, le roi fit appel à l'une des plus mauvaises passions de l'homme , la cupidité. La moitié des biens des protestants qui sortiraient du royaume , fut promise aux dénonciateurs qui, dès lors, pullulèrent et devinrent les agents les plus actifs de la police. 5

On ne quitte pas sans douleur sa terre natale ; or, comme il était à prévoir que quelques fugitifs y reviendraient dans l'espérance de n'être pas inquiétés, le roi ordonna que tous ceux qui rentreraient dans le royaume, déclareraient leur retour aux juges. C'était un moyen de les obliger à faire devant eux la déclaration qu'ils voulaient être catholiques, attendu que telle devait être leur intention, puisqu'ils retournaient dans leur patrie.

Une déclaration royale (11 juillet 1685) avait ordonné qu'à l'avenir les réformés ne pourraient plus être reçus avocats, mais elle n'avait pas interdit à ceux qui exerçaient cette profession, de l'abandonner; le roi y vit un danger, et ne voulut pas que ses sujets dissidents pussent être défendus par des hommes qui, par leur position sociale et leurs talents, pourraient empêcher le salut de leurs coreligionnaires; il leur défendit d'exercer, sous peine de quinze cents livres d'amende pour chaque contravention.3

Privés de défenseurs, les réformés le furent aussi des juges que l'édit de Nantes leur avait accordés; les conseil-

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