LIVRE XXXVIII
des livres saints, permettait, par un édit public, aux pirates d'Alger, de célébrer leur culte à Marseille ! 1
Ainsi se termina l'année 1685; celle qui suivit, vit se compléter l'œuvre de destruction. Le 10 janvier, on accorda aux nouveaux convertis la faveur de rentrer dans leurs biens vendus ou affermés depuis six mois. Le lendemain parut une déclaration qui cassait celle du 9 juillet 1685, qui avait défendu aux réformés de prendre à leur service des domestiques catholiques; elle leur interdisait, sous peine des galères, de prendre des domestiques protestants; même défense fut faite aux nouveaux convertis. Le même jour, comme si le séjour de la France avait pu être agréable aux réformés étrangers, on leur permettait d'y résider avec leurs familles avec la même liberté que par le passé, sous la condition expresse qu'ils ne pourraient faire aucun exercice public de leur culte; le culte domestique leur était même interdit.
De tous ces édits qui se succédaient sans interruption, celui qui affligea le plus les réformés, était celui relatif à l'éducation de leurs enfants. Le roi, élevant son autorité au-dessus des droits de la nature, fit une déclaration qui ordonnait à tous les protestants qui avaient des enfants nés avant le mois d'octobre, de les remettre entre les mains de leurs patrons catholiques , et à défaut entre celles des personnes qui seraient désignées par les juges qui fixeraient le montant de la pension que les parents seraient obligés de leur payer. Les enfants des familles pauvres devaient être placés dans les hôpitaux généraux.
Les protestants frappés au cœur, poussèrent un cri de douleur, les mères pleuraient et, comme Rachel, ne voulaient pas être consolées, plus malheureuses de se voir enlever leurs enfants par les prêtres que si la mort les eût couchés dans la tombe. L'horreur que leur inspirait une religion , qui violait effrontément les droits les plus sacrés de la nature , mit , entre elles et Rome , une barrière , devant laquelle la force brutale fut souvent impuissante.