‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 69 sur 253 · I. Élie Benoit, t. V, liv. XXffl, p · texte numérisé non relu

I. Élie Benoit, t. V, liv. XXffl, p

Avant qu'on leur enlevât leurs enfants , plusieurs leur dirent, comme la pieuse Jeanne d'Albret à son jeune fils Henri: « Si jamais tu vas à la messe, je te maudis.» Beaucoup de ces enfants comprirent, et embarrassèrent singulièrement leurs convertisseurs en leur citant des passages de la Bible. Ils ne voulaient pas apprendre le catéchisme et disaient que le pape était l'Antéchrist. Les moines et les jésuites, ne pouvant réussir à les instruire, tâchaient de s'insinuer dans leur esprit en les faisant rire ou en leur faisant de petits présents de médailles, d'images et d'agmis dei. 1

Quand les douceurs et les caresses ne réussissaient pas, on employait la force; on devenait même cruel. Une jeune fille de Beîesme avait été enfermée au couvent à Alençon; les religieuses, après avoir vainement essayé de la faire abjurer, la frappèrent impitoyablement et la jetèrent dans un grenier, où elle demeura sans pain et sans couverture, pendant un jour et une nuit l'une des plus froides de l'année; — le lendemain on la trouva demi-morte, le corps extrêmement enflé , les blessures saignantes et livides; on eut beaucoup de peine à la ranimer; quand elle revint à elle-même, elle était épileptique. Pendant huit ans, du fond de sa prison, elle lutta contre ses impitoyables geôlières et refusa d'obtenir sa liberté au prix d'un parjure; elle put enfin s'échapper, et se retira en Hollande, où elle put jouir en paix du fruit de sa fidélité.

Les religieuses remplirent, à l'égard des enfants protestants, l'office de dragons; elles s'en acquittèrent avec cette fidélité implacable que donne un faux zèle. Ingénieuses comme les aides de Foucault et de Marillac, elles jetaient celles de ces pauvres créatures, qui se montraient récalcitrantes, dans des cachots obscurs, et exploitaient contre elles les angoisses inexprimables de la peur. Quand elles criaient, elles leur fermaient la bouche avec un bouquet d'herbes amères et puantes en forme de bâillon; si elles refusaient d'aller à la messe, on les y traînait par force; mais les enfants, ainsi violentés, se vengeaient à leur manière : elles affectaient de faire tout ce qui, aux yeux des religieuses, était ou indécent, ou profane. Pen-

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