‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 75 sur 253 · LIVRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVIII

qui leur servaient de prison, elles glorifièrent leur Sauveur. Parmi elles, la duchesse de La Force se distingua par sa fermeté inébranlable; pendant sept ans elle fut privée de sa mère, de ses enfants, de ses amis. Dans ses longues infortunes, elle regarda à son Sauveur, et ne le renia jamais.

La présence de ces saintes femmes dans les couvents causa un étonnement profond; les religieuses, qui ne connaissaient les protestants qu'à travers les préjugés de leur église et les rapports de leurs directeurs, étaient persuadées qu'ils ne croyaient point en Jésus-Christ, ne priaient pas Dieu, et invoquaient Luther et Calvin. Quelques-unes même croyaient qu'ils se faisaient circoncire comme les juifs, et ne mangeaient pas de la chair du porc1. — Elles reçurent leurs prisonnières d'abord comme des pestiférées , marquées du sceau de la réprobation divine; mais quand elles les virent douces, soumises, mais fermes, parlant avec amour de leur Sauveur, leurs préjugés s'évanouirent, leurs cœurs s'amollirent et s'ouvrirent à la compassion; elles les traitèrent avec humanité, et leurs captives firent ainsi l'expérience que Dieu apaise, envers nous, nos plus cruels ennemis; il n'en fut pas cependant de même dans tous les couvents. A Rayonne, une demoiselle de Castelnau de La Force , sœur du marquis de Montpouillan, mourut par suite des mauvais traitements qu'elle y reçut; les religieuses dirent qu'elle s'était convertie; mais cette courageuse servante de Jésus-Christ, ayant prévu cette fraude, laissa un témoignage authentique qui la démentit.

Rien n'était sacré pour les dragons convertisseurs; ils saccageaient les maisons de leurs hôtes, brisaient leurs meubles, donnaient pour litière à leurs chevaux de la fine toile de Hollande, des ballots de soie; ils pillaient, dérobaient; en quelques endroits même ils rasèrent les maisons. Plusieurs d'entre eux s'enrichirent à ce métier, qui tenta même des paysans; déguisés en dragons, ils fonctionnèrent en dragons.

il. Élie Benoît, Hist. de Tédit de Nantes, t. V, liv. XXIII, p. 900-

Paris fut épargné, par la crainte qu'avaient les bourgeois d'être pillés eux-mêmes. On dit aux protestants qu'ils pouvaient continuer à assister au prêche, et qu'on donnerait des archers pour garantir leur sûreté. — Le but du clergé était de les faire servir à la réalisation de son plan qui était le suivant : au moment où les protestants seraient réunis, dans leur temple, on s'emparerait de toutes les avenues; plusieurs ecclésiastiques, ayant à leur têtr l'archevêque de Paris et l'évêque de Meaux, entreraient alors dans l'édifice, et se présenteraient au peuple; un prélat, assisté du lieutenant de police La Reynie, monterait dans la chaire, ou dans une tribune, et de là donnerait à l'assemblée l'absolution d'hérésie; immédiatement après des catholiques gagés pousseraient le cri : Réunion, et un procès-verbal dressé, séance tenante, constaterait que l'église en corps avait abjuré.

L'archevêque de Paris eut honte de cet expédient, mais il dit que c'était le seul moyen d'amener doucement les réformés à la foi catholique. Claude, qui avait déjoué le complot, devint l'objet de la colère du clergé, qui obtint un ordre du roi, obligeant ce fidèle ministre de Jésus- Christ à sortir de Pans dans vingt-quatre heures, et du royaume sans s'arrêter dans aucun lieu. Louis XIV le fit accompagner par un valet de pied jusqu'à la frontière.

Après avoir échoué, La Reynie essaya encore d'envelopper dans ses (ilets la grande église de Paris et de la ramener à la foi romaine, dans la conviction que son exemple exercerait une grande influence sur les communautés protestantes du royaume. Il commença par persuader aux principaux banquiers et aux plus notables marchands qu'ils pouvaient continuer, sans crainte d'aucun trouble, leur négoce comme auparavant; en même temps, il fif défense à ceux d'entre eux qui étaient membres du consistoire de Charenton de s'occuper de l'assistance des pauvres. Maître du terrain, il envoya des commissaires dans les maisons des indigents, et les assura qu'on aurait soin d'eux; mais qu'ils seraient punis sévèrement s'ils désobéissaient aux ordres du roi; la plupart de ces misérables abjurèrent.

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