‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 76 sur 253 · LIVRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVIII

Ceux qui résistèrent furent jetés dans des cachots; les arlisans recurent aussi la visite des commissaires; plusieurs fléchirent; mais plus tard ils se relevèrent de leur chute et s'exilèrent.

Quant aux bourgeois et aux notables commerçants, on s'y prit à leur égard d'une autre manière, on les fit venir chez le marquis de Seignelay, le fils du grand Coibert; là, en présence du procureur général et de La Reynie, on les engagea fortement à signer un projet de réunion, et on leur promit de travailler à la réforme des abus de l'église romaine qui leur étaient les plus odieux, et surtout à leur faire rendre la coupe dans la célébration de la Cène. Après une longue conférence, dans laquelle la force brutale fut le principal argument, plusieurs signèrent, mais la plupart pleurèrent leur faute et s'expatrièrent.

Le tour des membres du consistoire arriva, la plupart furent inébranlables; de ce nombre furent Beringhen Messanes, Saint-Léger, Masclari, Hammonet et quelques autres. Jetés au fond des prisons, enfermés dans la solitude des couvents, visités par des dragons, ils eurent la gloire de souffrir pour le nom de Christ, ils eurent patience et ne se lassèrent point. 1

Pendant qu'on persécutait les protestants de France , le duc de Savoie fut contraint par Louis XIV de dragonner ses fidèles sujets, les Vaudois des vallées du Piémont. Le roi craignait que les religionnaires du Dauphiné ne trouvassent un asile contre le zèle de ses convertisseurs, au milieu de ce peuple qui se faisait une gloire de n'avoir jamais fait partie de l'église romaine, et de descendre des chrétiens persécutés par les empereurs romains. Sous la pression de son puissant voisin, le duc de Savoie exécuta à la lettre le projet d'extermination, dressé par l'abbé de Musy, qui n'eut pas la joie de voir son accomplissement; s'il eût vécu encore quelques jours, il se fût écrié comme

1. Élie Benoit, Hist. de Tédit de Nantes, t. V, liv. XXIII, p. 906 et suiv.

Le Teîlier : «Laisse maintenant, Seigneur, aller ton serviteur en paix, car mes yeux ont vu ton salut. y>

Le duc publia, le 1er février 1686, un édit, copie fidèle et exacte de celui de la révocation de l'édit de Nantes. Les ministres et les maîtres d'école devaient sortir de ses États dans le délai de quinze jours; les réformés français qui s'étaient réfugiés dans les vallées, devaient, sous peine de mort, en vertu d'un édit du 4 novembre précédent, en sortir dans le même délai.

Les Yaudois supplièrent leur souverain de ne pas frapper des innocents, dont le seul crime était de répudier la foi et le culte de l'Église romaine. Le duc fut inflexible et fit marcher contre eux ses troupes. C'est alors que cette peuplade rustique prit une résolution désespérée. Par respect pour son maître, elle avait depuis trois semaines suspendu l'exercice de son culte; elle le reprit, et résolut de périr dans ses montagnes ou de se maintenir dans la profession libre de la religion qui leur avait été léguée depuis tant de siècles de père en fils. Courageux, mais inhabiles dans l'art de faire la guerre, ils se divisèrent en plusieurs pelotons, et ne purent, malgré leur intrépidité, résister à l'attaque des troupes du duc, et de celles du roi de France qui avait voulu aider son voisin dans l'extermination de ses fidèles sujets. Les soldats français s'emparèrent des vallées de Saint-Martin et de Peyrouse, mirent tout à feu et à sang, pillèrent, incendièrent, égorgèrent, enfants, femmes, vieillards; ils coupaient par morceaux leurs victimes, et se jetaient, en plaisantant, de l'un à l'autre, ces restes sanglants ou noircis par le feu. Ceux du duc de Savoie ne montrèrent pas moins de férocité : plus de trois mille Vaudois furent massacrés; un grand nombre s'échappa à travers les montagnes et gagna la frontière suisse. Quelques-uns se réfugièrent dans des lieux inaccessibles, où on ne put les atteindre. Leurs vallées, si belles, si florissantes, devinrent une affreuse solitude. Ce ne fut qu'à l'intervention divine que cette peuplade dût de n'être pas entièrement exterminée ; elle est encore debout, dans ses vallées, témoins de la piété et des vertus héroïques de ses nombreux martyrs.1

1. Monastier, Histoire des Vaudois. — Muston , Histoire des Vaudois. — Élie Benoît, t. V, p. 928-929.

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