‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 77 sur 253 · LIVRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVIII

Dans la principauté d'Orange la dragonnade fui terrible. Tous les temples furent abattus, et la plupart des habitants contraints d'aller à la messe; ceux qui eurent le courage de résister à l'oppression, furent pillés, ruinés., envoyés aux galères. La plus illustre des victimes deTessé, le chef de la mission bottée , fut le ministre Pineton de Chambrun. Dans un écrit qu'il nous a laissé1, il raconte comment, vaincu par la douleur et le manque complet de sommeil, il eut la faiblesse d'abjurer, et comment, ayant échappé à la vigilance de ses geôliers, il alla confesser publiquement sa faute à Genève, et demander à l'Église de lui rendre la place qu'il y avait perdue par son reniement.

L'une des plus grandes préoccupations du clergé, c'était la présence des nombreux ministres qui n'avaient pas encore quitté le royaume2; ils soutenaient par leurs conseils et par leur exemple leurs fidèles, et ralentissaient les désertions. Les prêtres redoutaient de se trouver en présence de pasteurs dont plusieurs étaient des hommes d'un grand mérite. On chercha donc à leur rendre la vie amère, en les menaçant de peines infamantes pour la moindre contravention aux édits. Le but de toutes ces vexations était de les forcer à s'expatrier; pour les y encourager, on leur permit d'emmener leurs femmes et leurs enfants, de vendre leurs biens, d'emporter leurs meubles et leurs livres; mais peu à peu on se montra plus rigoureux, et on ne leur accorda que la permission d'emmener leurs femmes et ceux de leurs enfants âgés de plus de sept ans; un moment même on discuta la question, s'il vaudrait mieux les retenir que de les laisser partir. Ceux qui partageaient la première opinion, disaient que ces hommes, dangereux au dedans, le seraient également à l'étranger, que le

1. Il est intitulé : Les Larmes de Jacques Pineton de Chambrun. — M. le pasteur Scliseffer de Colmar en a donné une nouvelle édition.

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