‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 9 sur 253 · LIVRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVI

celui d'Anduze, qui se réunit bientôt après, firent com-

E rendre aux réunionistes que leur triomphe était encore ien éloigné; mais, pendant qu'ils étaient battus sur un point du royaume, ils croyaient vaincre sur un autre. A Sedan, ils se servirent de l'influence du maréchal Fabert pour tenter la réunion des catholiques et des réformés de cette ville. Le maréchal était très-propre à cette œuvre; il protégeait les protestants qui l'aimaient à cause de son caractère conciliant. Leblanc de Beaulieu, professeur à l'académie protestante, entra dans les vues du maréchal et prépara un projet qui ne pouvait plaire aux catholiques, par la manière nette et précise avec laquelle il formulait le Credo, au bas duquel prêtres et pasteurs devaient apposer leur signature; il ne plaisait pas non plus aux réformés, qui croyaient que Leblanc s'était laissé enlacer dans les filets des catholiques. Fabert mourut dans cet intervalle. Jusqu'à son dernier soupir, il exhorta les deux partis à se réunir, faisant en cela preuve de plus de zèle que de lumière. Après sa mort les jésuites , dont la présence du maréchal modérait l'ardeur, abandonnèrent le projet de Fabert, et pensèrent qu'il y avait des moyens plus efficaces que la persuasion, pour réduire les réformés.1

Un homme plus puissant que Fabert travailla à l'œuvre de réunion. Il était déjà célèbre: on l'appelait Bossuet.

Jacques-BénigneBossuet naquit à Dijon, le 27 septembre 1627, d'une famille ancienne et distinguée dans le parlement de cette ville; il fit ses premières études chez les jésuites, qui, émerveillés de son admirable aptitude à % toutes les branches de l'instruction, voulurent 1 attirer dans leur compagnie. Pour le soustraire à leur influence, ses parents , demeurés fidèles aux traditions parlementaires, l'envoyèrent à Paris au collège de Navarre, où il reçut le bonnet de docteur et l'ordre de la prêtrise. Le jeune ecclésiastique était grave, sérieux, studieux, consciencieux dans l'accomplissement des devoirs de sa

i. Élie Benoit, Hist. de l edit de Nantes, t. III, p. 523. — Haag frères, France protestante, art. Fabert.

charge ; ses débuts donnèrent les plus belles espérances. Sa première thèse théologique, qu'il dédia au grand Condé, attira sur lui l'attention de ses juges, qui admirèrent la facilité de son élocution, sa logique nerveuse, serrée, puissante, son érudition étendue, la sûreté de sa mémoire, l'éclat de sa parole. Un sermon, qu'il improvisa à l'hôtel Rambouillet, consacra sa gloire naissante qui ne devait pas connaître de déclin. Le jeune prêtre ne se laissa ni éblouir, ni séduire par les louanges. Il quitta Paris et se rendit à Metz pour y remplir les fonctions d*archidiacre : c'est là , loin du bruit et des distractions, sans cesse renaissantes , de la capitale, qu'il se livra à l'étude des Pères et de l'Écriture-Sainte.

L'église réformée de Metz avait alors pour pasteur Paul Ferry, qui jouissait parmi les catholiques et les protestants d'une belle réputation ; il la méritait par sa science , son éloquence et l'honorabilité de sa vie; son influence était grande, mais elle tenait moins encore à sa piété qu'à l'habileté avec laquelle il savait se mettre en crédit chez les grands qui le considéraient beaucoup. — Ferry fit imprimer un catéchisme', qui attira l'attention du jeune archidiacre de l'église de Metz, qui le réfuta, et débuta ainsi dans la controverse, où il devait se rendre si célèbre; cet écrit, qui n'a pas la valeur de ses autres ouvrages, porte néanmoins l'empreinte de son génie et surtout celle de son habileté à masquer les côtés faibles de son Église et à attaquer ses adversaires par ceux où ils ne sont pas les plus forts.

Bossuet fit à Metz les premiers essais de son rare talent pour la prédication; sa réputation, qui vola de bouche en bouche, reçut sa consécration à Paris, où il prêcha dans les principales églises. Le roi voulut l'entendre, et daigna féliciter le père du jeune orateur. Bientôt après, Bossuet fut nommé à l'évêché de Condom, et choisi par le roi, sur une liste de cent concurrents , pour le précepteur du dauphin , son fils unique.

La Réforme était entourée d'ennemis qui la harcelaient sans relâche, mais de tous les écrivains qui l'attaquèrent, le plus puissant et le plus digne d'elle fut sans contredit,

1 . D était intitulé : Catéchisme de la réformation de la religion ; Sedan . F. Chayer, 1654, in-8°

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