LIVRE I
chefs qui devaient la lui donner ne la voulaient pas. Rome était un foyer si grand d'impureté et de eorruption, que le célèbre Machiavel disait :« Grâce à elle, les gens do son voisinage sont des athées et des scélérats. » ' Une circonstance,qui a sa place dans les événements que nous racontons, nous af paraît ici comme une prejve de l'impossitilitc où était la catholicité de se régénérer. Innocent VIII, de triste et honteuse mémoire, venait de descendre dans la tombe: il laissait vacant le siège pontifical. Jamais temps ne furent plus graves, et le besoin d'une rélorniation plus vivement senti. Ce qu'il faut désormais à VKglise, c'est un chef, orthodoxe comme saint Paul, fidèle comme saint Jacques. Trop longtemps le sainl-siége a été souillé par des papes infidèles, avares, cupides, impudiques; trop longtemps Rome a donné l'exemple des mauvaises mœurs, il faut, si elle ne veut pas être la Bnbylonc de l'Apocalypse, (ju'elle rebrousse chemin vers les témoignages de l'iilernel, et que son chef donne désormais, urbi et orbi, l'exemple de toutes les vertus qui brillaient d'un si vif éclat dans Pierre, pêcheur à Bethsaïda et chef de l'Eglise. Tous les cardinaux paraissent pénétrés do ces vérités; le monde entier a les yeux sur eux. Un prêtre, Lyonnel, cvêque de Concorde, se fait auprès des princes de l'Eglise l'organe des sentiments de toute la catholicité. Il lit un magnifique sermon, qu'il leur prêche lejour même oh ils entrent au conclave; il leur repv'>. sente avec énergie que l'Eglise romaine, la mère et la racine de l'Eglise universelle, est tous les jours do plus en plus méprisée : que le luxe qui règne dans le clergé est extrême, et que les princes chrétiens sont sur le point do s'entre-détruire. Il leur dit que la douleur de la fille uo Sion est grande comme l'étendue delà mer; qu'il faut un remède aux maux présents delà chrétienté. Il leur montre ce remède dans l'élection d'un pontife saint, instruit, capable. Toute l'Eglise, leur dit-il, a les yeux sur vous, elle en attend un chef qui, par la bonne odeur de son nom, attire les peuples fidèles au salut. L'orateur insiste, presse, exhorte; il censure le sacré collège et le menace
Machiavel, Disc, 'ut Tile-Live. .
2'l HISTOIRE DE L.\ RÉFORMATION FRANÇAISE.
de lOTites les malédictions de Dieu, s'il n'accomplit pasfidèlument son mandat. '
Après un pareil discours, il semble qu'un mauvais choix est impossible , et que ITrUso no peut attendre de ses cardinaux qu'une élection qui rendra à la papauté la gloire de ses plus beaux jours. Eh bien! savezvous le nom de ce pontife réformateur, de ce Josué des premiers jours de la renaissance? C'est Roderic Dorgia, Alexandre VI !
Après la mort d'Alexandre VI et celle de Pie lll qui lui succéda et n'occupa le siégo pontifical que trente jours, Jules II ceignit la triple couronne. Ce fut sous son pontificat que s'assembla le concile de Pise. L'acte de convocation de la part des princes porte expressément que c'est pour l'extirpation des hérésies, et particulièrement pour la réformation des mœurs de l'Eglise universelle, dans le chef et dans les membres, et pour la réparation de plusieurs crimes très-grands, notoires, continuels, incorrigibles, qui scandalisent l'Eglise universelle. *
Le concile assemblé déclara que les plaintes des princes étaient justes, et rendit ce décret . « Le saint et sacré synode général de Pise, régulièrement assemblé au nom du Saint-Esprit, faisant un concile général et représentant l'Eglise catholique, définit et déclare que ce saint synode ne se sépare point et ne se puisse séparer jusqu'à ce que l'Eglise universelle soit réformée, en la foi et aux mœurs, tant au chef qu'aux membres, et que les hérésies et les schismes soient détruits. »
On ne peut être plus explicite que les Pères de Pise, qui pensent de l'Eglise de cette époque ce que les protestants en disent pour expliijuer leur séparation. Jules II no les écoute pas : plus habile que les trois papes révoqués par le concile de Constance, il lutte avec les Pères de Pise, casse leurs décrets, et appelle leur assemblée une synagogue de Satan. La tiare sur la tête et le glaive dans les mains, il anathémalise ses adversaires par ses bulles, et les combat par son épée. Il convoque à Lalran un conciliabule composé do ses cré=ilures ; il meurt après la cin-
1 Reynnld. ad ann. 1492.
2 ViileReyiiaia.InJul.il.