‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 9 sur 149 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

la loi lio Di'iu, comnio des iradilioas aullienliques. » '

Si tel était l'état du judaïsme, tel aussi était celui do ITsiise. Il est à lui seul 'a justification de la révoluiion religieuse du seizième siètl-.-, sans laqi.ielle le monde courail à sa ruine; car il ne pouvait aboutir avec la renaissance qu'à l'incrédulité; et avec le pape, qu'à l'abandon de la loi chrétienne. C'est de ces deux abîmes que la main énergique des réformateurs le retira. Ils ne furent pas .sans doute toujours irréprochables, les hommes de la Réforme; mais jamais soldats n'eurent à défendre une

cause plus sainte et plusjuste, et ne le firent avec moins d'égoïsme et d'intérêt personnel.

La Réforme ne fut pas le résultat d'un plan combiné d'avance, comme quelques-uns le Gisent. Elle se fit à l'insu même de ceux qui, les premiers, en sentirent la nécessité. Ils s'étonnaient eux-mêmes de leur œuvre, eux qui ne pensaient pas à se sépaix-r du pape, mais qui demandaient au pape qu'il se réformât. Sans doute parmi ceux qui mirent la coignée aux racines de l'arbre, il j en a plusieurs qui ont un nom grand dans l'histoire, et parmi ceux-là quelques-uns qui nous apparaissent comme les Atlas de l'œuvre moderne. Mais quand on étudie de près la marche des choses et des événements, les hommes se rapetissent, et Dieu apparaît seul au milieu de son travail régénérateur ; c'est Lui qui se sert tour à tour de Luther et de Léon X, de Calvin et de François I", de Marie Stuart et de Knox. Toutes choses entrent dans ses plans; il laisse l'homme libre, et cependant toute libre et responsable que la créature soit, elle n'est que sou instrument. .Ainsi tout le bien remonte au Créateur, tout lo mal retombe sur elle. Nous ne nous faisons pas illusion; quelque glorieuse ([ue nous apparaisse l'œuvre du xvi' siècle, elle a ses taches comme les choses d'ici-bas; tout n'est |)asordans le travail des Luther et des Calvin : du plomb s'y trouve. Mais qui oserait dénier aux inondations du Nil leur bienfait, parce que les eaux du noble fleuve

* Bûssuet, suite de lu Religiou, chap. 17.

laissent, en se retirant, sur les rives qu'elles ont fertilisées, des corps de reptiles etd'animalcules qui, en secorioinpant, engendrent quelques miasmes? Le soleil a ses ombres; l'œuvredcThomme n'aurait-elle pas les siennes!

Une réforme était nécessaire: la chrétienté tout entière la demandait. Seule la pa[)auté ne la voulait pas, parce qu'elle sentait que la convocation de chaque concile était une atteinte portée à son autorité. De là ses efforts persistants pour ajourner les réformes, n'osant pas dire qu'elle n'en voulait pas. Elle fut présente à Bâie, à Pise, à Constance, à Fcrrare, où elle fut profondément humiliée, cassée, et où elle eût trouvé sa tombe, si la chrétienté, mieux instruite des vérités scrif)turaires et de la vie des siècles a[iostoliques, eût compris que le royaume de Dieu sur t'Tre n'est pas calqué sur celui dos princes d'ici-bas, et que l'Eglise de Dieu n'a qu'un chef,Jésus-Christ, dont le règne n'est pasde ce monde. La papauté, d'ailleurs, était trop liée à la vie sociale et politique des peuples, pour qu'il vînt à la pensée de personne de la supprimer. L'heure de son humiliation avait bien sonné, mais non celle de sa ciiute. Elle viendra, cette dernière heure; car quand même elle ne serait pas prédite dans les Livres saints, elle estécrite dans l'ordre même des choses. Il n'y a qu'à regarder Rome, jiour découvrir, à première vue, dans ses traits les signes avant-coureurs de sa décomposition. En effet, i|ue reste-t-il de celte papauté si fière, si superbe, qui commandait aux peuples et aux rois? Un fantôme, une image décolorée. Sa voix ne compte plus dans le conseil des princes ; quand elle l'élève, c'est pour lancer des foudres qui grondent, mais qui ne tombent pas. Si elle mettait aujourd'hui un royaumeen interdit, on se riraitd'elle. Elle ne donne plus les couronnes, et demande en grâce aux princes qui lui tenaient autrefois l'étrier de veiller sur la sienne. Sans eux elle tomberait, comme Dagon, sur sa face.

Contrainte par la force de la vérité, Rome avoue, non fias tout le mal, mais une partie du mal signalé jiar ses adversaires, et elle ajoute que lu Uéformation, en se lui-

Livr.t 1.

snnt par Tji Hier, par Calvin ot les aulros liommcs de celte époque, fut un grand inallieur; car sans eux elle aurait eu lieu sans secousse et par les soins de l'Eglise elle-même. De cette manière, la grande unité religieuse n'eût pas été brisée, et l'Europe eût été soustraite aux longs déchirements qui ont fourni à l'histoire tant de pages sanglantes etdouloureuses.Cela serait vrai si réellement Rome eût pu le mettre à exécution ; mais le pouvait-elle? Avec quels éléments régénérateurs aurait-elle sauvé le monde ? Ofi était sa force? Où était enfin sa volonté ? Sa volonlé, l'histoire le dit, fut de s'opposer à toute réforme et de faire échouer les bonnes dispositions des princes et des empereurs. Dans cette lutte, elle déploya une [lOlitique profonde et une habileté sans égale, et si la papauté ne ceignit pas sa tête d'une auréole de sainteté, elle devint célèbre dans les chancelleries par sadiplomatie, quiest demeurée proverbiale. Dans le conflit qui s'engagea entre elle et les conciles, elle fut souple, insinuante, audacieuse, patiente, flatteuse; elle sut surtout diviser , moyen d'affaiblir (]ue la vieille Rome savait si bien mettre en pratique, et qi;c la nouvelle sut admirablement copier en surpassant souvent son modèle.

Nous devons dire cependant à la louange de la papauté que l'un de ses pontifes voulût sérieusement mettre la main à l'œuvre, afln de ramener dans le bercail ceux que le profane Léon X en avait éloignés. Cet honnête ponlilo était Adrien VI, précepteur de Charles-Quint. Il ordonna à son légat de confesser en pleine diète, à Nuremberg, les péchés de la chrétienté. « Le mal, disait le nonce, s'est communiqué du chef aux membres, des papes aux prélats inférieurs; tous tant qu'ils sont, c'est-à-dire les prélats et les ecclésiastiques, se sont dévoyés, de telle sorte que depuis longtemps il n'y en a aucun qui fasse le bien, non pas même un seul. »

Nous le répétons; Adrien désirait sincèrement une ré- /ormation, que ne voulurent jamais ses prédécesseurs: il s'en occupa sérieusement; mais, vains efforts ! il périt à la tâche. Haï des évêques et des prélats de sa cour, détesté des Romains habitués à la vie molle et voluptueuse de la cour papale, il mourut, n'ayant eu peur l'Eglise que do bons désirs. On croit que le poison termina ses jours.

2'2 msroir.E m la RKFonMATioN française.

Quoi qu'il en soit, sr\ mort fit cTialer dos scntimonls qv'i sont pour lui une belle oraison. Dès qu'on apprit son décès, In [louple manif'ostn bruyamment sa joie: pcnd?nt la nuit qu(dqucs jeunes débauchés attachèrent une couronne de rameaux à ia porte de la maison do son médecin, avec cette inscription : Libcralori pairiœ, au libérateur de la patrie.

\ part Adrien VI, nous ne trouvons pas un seul papo qui ait voulu sérieusement une réforniation. Depuis cent cinquante ans, disait Arnaud du Porricr, ambassadeur do France au concile (h^T renie, ' on a toujours demandé, mais vainement, ia réiorination d(! rKf;lise aux divers conciles, à Constance,:! ISàle, à Ferrare. Pendant lon^lem[)sil n'y eut qu'un seul en dans l'Eglise romaine; mais la cour de Homo trouvait toujours le moyen de faire avorter les bonnes résolutions des princes et des empereurs qui étaient désireux de mettre un terme aux tnaux de l'Eglise, maux rendus plus sensibles par le grand schisme d'Occident.'

Parmi les conciles i]ui désirèrent remédier aux maux (le la chrétienté, il faut placer en [iremière ligne celui de Constance, qui cassa trois papes et en nomma un, Martin V. Ce pontife, chargé de réformer l'Eglise, éluda les piopositions de réforme. « Il y a déjà, vénérables Pères, ditil aux membres du concile, quatre ans que vous ave/, quitté vos résidences ; vos ouailles réclament vos soins; Kuivoyez cette alfairo à uno autre fois; et d'ailleurs, njoula-t-il, la chose mérite qu'on y pense à loisir. » Or, le concile s'était assemblé pour cela, et depuisqualrc ans il fonctionnait à Constance. *

Le concile de lîàbi reprit, en sous-œuvro, le projet d(.\s Pères de Constance ; mais le pajio Eugène sut jeter habilement des brandons de discorde au sein de l'assemblée, qui le cassa cependant, et élut à sa place Ainédée, duc do Savoie. Ee pajie déposé sut se faire réintégrer dans sa charge, et les Pères se séparèrent sans avoir atteint le but qu'ils s'étaient pi'oposé.

Dons l'état où étaient les [)crsonnes et les choses, la catholicité no pouvait espérer uno réformation, quand les

' De Tlioii, liv, 27).

2 Plpiiiie, in Vit. Martin V.

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