LIVRE r
qtiièmc session et a pour succosseur le trop célèbre Léon X, de l'illustre maison des Médicis.
Dans le concile de Latran, le pape s'adjuge tous les droits que ceux de Constance, de Bàle et de Fise avaient déclaré leur appartenir. Ce n'est pas le pape qui est soumis au concile, c'est le concile qui est soumis au paf)0. La lutte est plus forte et plus vive que jamais. Mais la victoire finira par demeurer au pontife qui assiéra sa domination sur les débris des conciles. Le serpent à une tête aura toujours le dessus sur celui qui en a plusieurs.
Rome n'a pas voulu se réformer. Ceux qui croyaient ù la possibilité de sa régénération se trompaient ; ai rès quatre siècles, elle est ce qu'elle était aux jours où les princes et les rois lui signalaient ses abus.
On allègue, il est vrai, le concile de Trente, et les réformes qu'il opéra ; mais quand on examine les choses de près, on reconnaît que ce concile ne changea rien. En efl'et, Rome a-t-elle modifié sa foi?a-t-elle répudié ses traditions pour mettre à leur place les enseignements apostoliques? Non, elle croit ce qu'elle croyait; elle y a ajouté seubment le dogme de l'Immaculée Conception, auquel elle ne croyait pas. Quant à son culte, il est ce qu'il était un peu plus païen seulement. Les honneurs rendus à Marie ont pris une telle extension, que le nom de mariste lui conviendrait mieux que celui de catholique. Quant à sa morale, enfin, elle est toujours la même ; seulement, éparse dans les livres de ses bullistes et de ses canonisles, elle a pris un corps dans ceux de la célèbre compagnie de Saint-Ignace.
S'il nous restait quelques doutes sur la haino instinctive que la papauté a eue pour toute réforme, ils devraient s'évanouir devant les aveux de l'un de ses plus brillants et de ses plus dévoués défenseurs. Fra Paolo Sari)i, théologien du sénat de Venise, a écrit l'histoire du concile de Trente, moins en historien qu'en annaliste. Exact et fidèle , il dit tout, raconte tout ce qui est à la louange de Rome, comme ce qui est à sa honte. Quand son écrit parut, il fit éclater une violente colère parmi
20 IIISTOIP.E DE L\ RlÎFnKM.VTinN FRANÇATSE.
to'is los hommes de son pnrti, indignés qu'un simple théologien eût osé, à la face des luthériens, dévoiler les côtés faibles de IcurEjrlise, et prouver que lo saint-siégo n'est qu'un gouvernement mondain, se dirigeant par une politi(|uc toute mondaine. Leur haine fut grande et so traduisit un jour par im coup de poignard. On rapporte que, pendant que le médecin relirait le fer de la plaie, Paolo dit Iroidement : « Je reconnais là le style de Uomc. »
Le livre du théologien de Venise était un arsenal puissant dans lequel les protestants prenaient des armes d'autant plus fortes, pour défendre leur cause , qu'elles leur étaient fournies par un homme qui ne figura jamais dans leurs rangs. Lo temps, <]ni couche tant d'écrits dans la fosse commune, ne put faire oublier celui du théologien de Venise, tout long, diflus et ennuyeux à lire qu'il soit ; aussi, voyons-nous, cent ans après son apparition, un grand dignitaire de Rome(]ui entre en lice et se constitue le défenseur de la papauté contre les attaques de l'aolo. Ce dignitaire, c'est le cardinal Pallavicini. Le but de cet éci ivain est do démontrer que Sarpi calomnier la papauté. Pour cela, il prend lo parti de nous la faire connaître telle qu'elle est. C'était de sa part droit et loyal, mais Irès-maladroit. Sur ce point écoutons Jurieu analysant, dnns son abrégé de \' Histoire du Concile de Trente, le livre du célèbre cardinal :
(1 Voici, dit-il, de quelle manière Pallavicini nous représente l'Eglise romaine. ' Il avoue qu'elle fait entrer dans sa conduite une politique charnelle et mondaine; que son gouvernement présent est formé selon les règles de ce monde, et il soutient que cela est selon l'intcnlion de Jésus-Christ. Il confesse que riî>;lise a pour but d'augnienler ses richesses et sa gloire, et dit qu'elle doit lendro à posséder une parfaite félicité humaine, parce que Jésus- Christ^ l'a rendue, parfaitement apte ù jouir de cetto félicité humaine; tellement quo si Aristole et Platon vivaient, ils avoueraient que, selon les règles do leur sagesse mondaine et philosophique, ou ne peut pas for-
' L. 1, ch. 25.
' lliiilem.