‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 102 sur 149 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

conliDua son gcnro do vio; il la condamna alors à la prison pcrpiHuolle, et prorionra io divorco, quoique son ninri ne l'eût pas demandé.'

Le conseiller, qui attribua è Calvin l'emprisonnement do sa femme, lui voua dès lors une haine implacable, qui „se manifesta par des propos diOamaloires et injurieux. Les magistrats, indignés de voir un do leurs collègues professer ouver tement des principes subversifs do tout ordre civil et religieux, le firent emprisonner le 17 janvier 1346.'^ Maigre le nombre do ses partisans, Ameau.x fut condamné à faire le tour de la ville, en chemise, tête nue, une torche allumée à la main , à se présenter d(!vanl le tribunal, et à crier merci à Dieu et à la justice, le genou en terre, en confessant avoir mal parlé. *

Cette condamnation , vu la haute position du coupable, irrita profondément ses amis ; elle fui taxée do trop do sévérité par ceux mômes qui ne partageaient pas ses idées. Calvin, qui en fut l'o^rardé comme l'instigateur, se réfu- ;,'ia dans le sanctuaire de sa conscience, comme dans un tort inaccessible à la ragede ses ennemis. Une lettre qu'il écrivit à Farel nous initie à ses douleurs et aux fatigues de son apostolat. « Je suis, s'écriait-il, en butte à mille outrages dans l'exercice de mes fonctions; quand je passe dans la rue mes ennemis m'insultent en face ; ils donnent mon nom à leurs chiens, et ils les lancent contre moi; ils m'appellent méchant, pervers, ministre indigne. Le magistrat, qui sait(]uo j'ai rendu quelques services à l'Etat, et que je travaille pour le bien de la nation, veut me protéger, et punit de la prison ceux qui m'insultent et qui no le feraient pas si mon caractère sacré me permettait de me venger de mes ollensos personnelles. Mais quand j'apprends (]u'un de mes détracteurs est détenu, jo demande sa liberté et j'ai assez de pouvoir sur les syndics pour l'obtenir, car nous devons regarder aux épreuves que les confesseurs de Christ ont souffertes et à l'exemple de saint Paul ne plus compter les cas où nous devons pardonner.

^ Ilcgisi. du conseil et du consistoire, 2 juin et 3 juiUel 1545. — Id. janvier 154(5.

2 |{e;ii!-tre du conseil, 11 et 12 mars 151iJ.

3 Rcjistre ducon>^eil, 8 avril 15-lU, £"68.

» Mais si je fais mon devoir, en supportant les coups et les ofTenses qui n'attaquent que ma personne, je dpis le remplir aussi quand je suis témoin des injures quo l'on fait à la doctrine de mon Sauveur. Pour cette classe de fautes, je n'ai eu et je n'aurai jamais aucun pardon ; je ne suhs pas maître de faire grâce à un impie ou à un blasphémateur; car il faut que je garde le dépôt qui m'a été confié, il faut que je le conserve intact, sous peine d'être considéré comme économe infidèle. »

Dans ce moment difficile, Calvin dut croire à l'jnsuccès de son œuvre atla(]uée par la secte des libertins et minée sourdement par l'inconduite de la plupart des pasteurs qui, sortis ou échappés des couvents et des séminaires, étaient entrés dans le pastoral sans vocation. Le réformateur n'hésita pas, il les fit chasser de leur poste et remplacer à la grande joio du peuple par des hommes qui, bannis de France, avaient fait un rude et salutaire apprentissage du ministère évangélique.

Une épreuve plus pénible encore attendait Calvin. Après les quelques jours de calme qui suivirent la condamnation d'Amuaux, une famille très-influcntcse révolta ouvertement contre ses ordonnances. Le réformateur en fut d'autant plus affecté que son chef, Amicd Perrin, avait été l'un .dos instruments les plus actifs de son rappel à Genève, et s'était montré jusqu'alors son chaud et dévoué partisan. Quintin avait eu sur lui une fâcheuse influence qui s'explique par sa gourmandise et son amour pour une vie facile. Fils. unique de parents faibles qui l'idolâtraient, Arnied Perrin avait été élevé comme un enfant gâté. «11 voulait, dit Bonnivard,êlrc' pompeusement accoutré et bien vivre, et n'était pas seulement en son vivre friand ([u'est do désirer pou et bon; mais friand et gourmand tout ensemble, il lui fallait du bon cl beaucoup. ' j

On se demande comment un tel homme put .s'associer, même un moment, à l'œuvre de Calvin. On en trouve

' Bonnivard. — (Ancienne police de Genëve.)

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