LIVRE VI
probro pour moi dans celte épreuve. » Puis il ajoute avec un saint orgueil : « N'ai-je pas des milliers d'enfants dans le monde chrétien ?» '
Ebranlée par tant de chagrins, la santé d'Idoleltc s'altéra profondément. Calvin pressentit sa fin prochaine: « Je redoute, écrivait-il îi Virct, une issue funeste; mais n'est-ce pas assez de tant de maux qui nous menacent dans le présent?»^ Dans cette dernière phrase, le puritain s'efface dans le mari tendre et atl'octionné, qui de son regard perçant saisit dans l'avenir l'heure où il sera seul, privé de sa douce et bonne compagne.
Dans celte heure critique de sa vie domestique, le réformateur fut entouré des soins les plus afTectueux. Benoit Texlor, son médecin, demanda à son art tous les moyens de lui conserver Idclette; mais là oh la mort dit je veux, la science peut retarder de quelques heures son arrivée, mais lui arracher sa proie, jamais. Hieu seul peut lui dire : pas encore; elle ne recule que devant Lui.
.-\ux premiers jours d'avril 1547, les amis de Calvin accoururent auprès de lui, dans la prévision du prochain délogement d'Ideletle qui, détachée de la terre par les épreuves, y tenait cependant encore par les afiections. El!e était mère : les enfants de son premier mari vivaient et la préoccupaient. Sachant combien étaient grandes les occupations de Calvin, elle refoulait par délicatesse dans son cœur ses sollicitudes maternelles. « Si mes enfants, disait-elle à une amie à qui elle avait ouvert son cœur, sont ce qu'ils doivent être, ils trouveront dans mon mari un père; s'ils ne sont pas vertueux, pourquoi les lui rccommanderais-je ? »
Calvindevina les pensées d'Idelette.« Sois sans crainte, lui dit-il, tes enfants seront mes enfants, je les ai recommandés à Dieu; mais cela n'empêche point que je n'en prenne soin.»La mourante, fixantsur lui un regarddans lequel elle avait fait passer toute sa reconnaissance, lui dit en mettant sa main à demi glacée dans la sienne : (( Je sais bien que tu n'abandonneras pas ceux que j'ai recommandés à Dieu. »
' Opuscules de Calvin, page 190S, tom. vni de ses œuvres latines.
' Lettres latines de Calvin à Viret, 27 décembre 1547.