LIVRE VI
vous bientôt terminé vos reproches, prêtres renégats, qui conspirez ici notre ruine?... Quand on a trop enduré, la vengeance est prête. »
Soupçonné, arrêté et convaincu, Gruet fut décapité. — Raoul Monnet le fut aussi; ce dernier était un homme impie dans ses croyances et relâché dans sa conduite ; il corrompait la jeunesse, qu'il poussait à la débauche en mettant sous ses yeux des gravures obscènes qu'il avait fait peindre d'après les écrits licencieux do l'Arétin; il les appelait son Nouveau Testament.
La tête de ces deux misérables tomba sous le couteau de l'exécuteur des hautes œuvres, sans que leurs adhérents, et surtout les Perrin et les Pertheiier, protestassent. Cela parut très étonnant. On apprit depuis que Monnet, libertin logique , avait porté par son inconduite le désordre dans la maison de ses bons amis. Ceux-ci se proposaient de le poignarder; ses juges leur épargnèrent ro crime, sans que son supplice les arrêtât sur la pente fatale où leurs basses passions et leur rancune les poussaient. Par suite d'intrigues qu'il serait trop long de raconter en détail, et qui appartiennent à l'histoire particulière de Genève, Amied Perrin fut nommé premier syndic. Calvin en fut profondément affligé ; sa position devenait de plus en plus difficile, et le découragement gagnait ses compagnons de travaux. Tout autre que lui eût abandonné Genève; il ne le fit pas ; le moment de la lutte était arrivé, il lutta. Plus ses adversaires étaient nombreux et puissants, moins il était disposé à leur faire des concessions ; il ne craignit pas de faire publier par les pasteurs un mandement dans lequel on invitait les pères de famille à être diligents pour faire instruire leurs enfants, et les magistrats à être vigilants pour faire respecter les ordonnances sans distinction de personnes.
Les libertins, qui avaient la majorité dans les conseils, attendirent avec habileté et patience le moment favorable pour engager la lutte, afin d'anéantir la Réforme par le changement de la conslitutionecclésiastique.Cetteoccasion se présenta, mais assez longtemps après, à l'occasion do la célébration du baptême et des prénoms à donner aux enfants. Les édits ecclésiastiques défendaient formellemeat de donner certains noms, tels que ceux de Pente-
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rôtp, Tolifftaint, Marna, Clavdr, Dimanthp, Balllimar. Sc'pulcrf. Les ministres iMnicnt aussi irino.\ihlcs à roruscr le bnptrmo aux onfonts affubles do ces noms, que certains parents étaient ardents à vouloir les leur donner. Il semble, en apiinrcnce, que le refus des minisires était tout h la fois un manque de condescendance à l'égard des parents et une preuve d etroilesse ; il n'en était rien cependant: en agissan t ainsi ils faisaient la guerre h une superstition dont ils voulaient délivrer l'Eglise. Les parents, en choisissant pour leurs enfants ces noms étranges, croyaient leur porter bonheur; dans leur pensée, des vertus magiques y étaient attachées: une longue vie était promise à ci-lui qui portait le nom de Claude,... une bonne santé à celui qui s'appelait Balthazar... un esprit do sainteté devait être le partage de celui qui se nommait Dimanche, etc.
l.es libertins, qui voulaient laisser les parents libres de choisir pour leurs enfants le nom qui leur plairait, déclarèrent qu'un ministre, qui avait refusé d'administrer le bafitêmc à un enfant que son père voulait ap()('ler Claude , et auquel il avait désigné pour parrain un homme excommunié, avait outrepassé ses droits ; ils firent déclarer par le conseil que le consistoire n'était pas compétent pour décider dans un cas semblable, et que son rôle se bornait à faire des remontrances aux magistrats, qui seuls avaient le droit de statuer sur la matière.
Cette décision du conseil était grave; en empiétant ainsi sur les attributions du consistoire chargé do prononcer les peines encourues par les récalcitrants, ello mettait en péril la discipline. Or le consistoire ne pouvait se dessaisir d'une arme dont l'abandon eût été la ruine de l'œuvre de Calvin. Quelque temps après^ Berthelicr se livra à tant de débauches et de violences qu'il fut excommunié par le consistoire, qui s'y décida avec peine à cause des grands services que son père avait rendus à Genève; la tolérance à son égard n'était pas possible; c'en était fait do la force morale du consistoire s'il avait cédé. '
' KogiRtres du conseil et Ju coiisisloirc, 17 septembre 1503.