‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 108 sur 149 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Bcrllielier ne voulut pns se sounirtlic ; il on ;i|ipela dii la seutonce qui lu irappail nu conseil, qui ne tint aucun complo des obser\alions de Cahin, el s'en reniil à lu conscience de l'excommunié qui déclara que le dimanche suivant il irait preinire la Cène à Saint-Pierre en compagnie de ses amis ; la ville était très agitée. Calvin devait prêcher; tout malade qu'il lût, sa place était toujours mar(]uée là où il y avait un danger à courir et une grande force d'âme à déployer. De bonne heure, la calliédrale l'ut envahie par une foule immense animée de sentiments contraires. Les ministres étaient à leurs places, silencieux, recueillis, Hans l'attente des graves éi'énemeuts qui allaient se passer. Une troupe do libertins à la figure flétrie par les excès se fraya un passage à travers les assistants ; ils marchaient la tête haute, le regard insolent, la main posée sur la garde do leur épée ; ils s'assirent en face de la table sainte. Calvin monta en chaire et commença le service avec 'son calme iiabituel. lîien sur son impassible physionomie ne trahissait au dehors les bouillonnements de son cœur indigné, il exsmiria avec un grand sanglroid apparent les dispositions qui doivent animer les communia nls ; mais à mesure qu'il parlait ses sentiments intérieurs donnaient à sa ijarole celle élo(|uence mà!e et sim[ilequia le privilège de pénétrer et de subjuguer. Un frirson de terreur courut dan-: tout(; l'assemblée quand il menaça de l'anathènie de Dieu celui qui, par une communion indigne, profane le corps et le sang du Seigneur. Tous les yeux se portèrent sur les libertins qui écoutaient Ui prédicateur dans une attitude de dédain. Le discours terminé, il descendit de chaire; un [)asleur lut la liturgie de la sainte Cène, puis il s'approcha gravement de la table et la bénit; les libertins se levèrent tous à la fois et s'avancèrent pour prendre le pain. Calvin les arrêta d'un regard plein de colère el de mépris, et se pencha sur les symboles sacrés qu'il couviit de ses mains peur les mettre hors do l'atteinte de ces prol'anes. <( ^'ous pouvez, leur dit-il d'une voix tonnante, briser ces me:ïibres; vouspouv(!Z couper ces bras; vous pouvez prendre ma vie, mon sang vous appartient; mais jamaisaucun de vous ne pourra me forcer de donner les choses saiulei

ù\C) HISTOIRE DE LA RÉFORMATION FRANÇAISE.

aux profanes, et de déshonorer la table de mon Dieu. »

Devant son regard indigné et flamboyant, ces impies se déconcertent; l'assemblée, qui a compris l'orateur, leur fait sentira son tour par ses murmures qu'elle partage son indignation. Après quelques moments d'hésitation, ces misérables sortent de l'église sans proférer une seule parole; les fidèles alors se lèvent et reçoivent dans un pieux recueillement, de la main de leurs pasteurs, les emblèmes sacrés de la mort du Rédempteur.

L'énergie do Calvin sauva une seconde fois Genève. Le conseil parut vouloir momentanément cesser d'empiéter sur les droits du consistoire. H rendit même quelques décisions favorables à ce corps; mais les libertins n'en cherchèrent pas moins à reconquérir à tout prix une liberté qui était pour eux le droit de tout faire. Au mois de novembre, Farel vint de Neuchâtel prêcher à Genève; le temps avait vieilli son corps sans vieillir son cœur; c'était toujours l'ardent missionnaire, l'homme des luttes et des grandes controverses. Son discours causa une vive irritation parmi les libertins qui firent ouvrir contre lui, par le conseil, une enquête judiciaire, et envoyèrent un courrier à Neuchâtel pour le sommer do comparaître devant les magistrats.

Ses paroissiens l'engagèrent à ne pas aller à Genève; le vieux soldat de Christ, malgré ses soixante-dix ans, leur dit : « J'irai, et répondrai face à face à mes accusateurs. » Il partit. A peine arrivé dans la ville, il fut reconnu par quelques libertins qui ne craignirent pas d'insulter le vieillard. Les cris : Au Rhône! au Rhône! se firent entendre; le danger, qui n'avait jamais troubléFarel, ne l'émut pas dans ce moment; il s'appuya sur son bâton de voyage, et les regardant avec des yeux où il y avait plus de pitié encore que de mépris, il leur dit : « Oui, au Rhône ! c'élaient là les cris que les prêtres et les papistes faisaient entendre autour de moi il y a vingt ans; vous n'êtes guère changés. » Irrités deces reproches si mérités, les libertins allaient se jeter sur lui, quand tout à coup des hommes qui avaient compris tout ce qu'il y avait do

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