‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 12 sur 149 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

mer une république plus belle ' et plus noble que la république chrétienne. C est pourquoi, comme, selon l'idée des sages du monde, une république, pour être iienreusc cl bien constituée, doit être opulente, florissante en biens, abondante en plaisirs, pleine de gens qui soient sages selon la chair, et qui sachent le monde, i! veut qu'il en soit de même de l'Eglise et confesse que l'Eglise romaine se forme sur celte idée. En avouant que cette Eglise se sert de toutes les voies qu'on qualifie de simonie pour amasser de l'argent, il entreprend ta défense de celte simonie et de tous les moyens que l'Eglise emploie pour soutenir son opulence : comme sont les annales, les pensions, les commandes, la pluralité des bénéflces, les jubilés fréquents, les indulgences et les dispenses qu'on donne pour de l'argent. ^ 11 tourne en ridicule ceux qui voudraient réformer l'Eglise sur l'idée que l'Evangile nous eu donne. Il appelle une telle réformation, une réformation en idée, qui n'est demandée que par des gens poussés par un zèle ignorant et remplis de conceptions extravagantes. Ce sont des esclaves des opinions vulgaires, qui ne connaissent point le monde, et qui n'ont aucune intelligence de ses afî'aires. Selon le cardinal Pallavicini, Adrien VI, qui confessa la corruption de la cour de Rome et qui voulut travailler à sa réformation, était l'un de ces faex zélés, qui se nourrissent de principes platoniques. * Ses de-'tseins étaient des idées abslraiies, belles à contempler, mais dont la forme n'arait aucun rapport acec la condition de la maiiêre. 11 avait le tort de confesser si ingénument les corruptions de la cour de Rome. C'était aigrement blâmer ses prédécesseurs, c'était un zèle ma'adroit. En un mol, de semblables gens sont les pestes de la tranquillité publique. Selon Pallavicini, l'Eglise n'a rien plus en horreur que la pauvreté : elle doit nourrir cette horreur dans l'esprit des hommes et travailler elle-même à fuir ce mal. C'est pourquoi ceux

» Uv. 12, c. 3.

2L>. 19, c. 9; liv. 17. c. 10; liv. 23, e. 3; fntroduct., c. 6; liv. 24, c. 12 ; liv. 1, c. 2, alibi pa<sira. î Introd. c. 10 ; liv. 1, c. 25: liv. IC, c. 10. ♦ Liv. 2, c. 6 ; liv. 2, cl; liv. 11, c. U.

([ui disent que les biens de l'Eglise, pour la principale liarlie, doivent être distribués aux pauvres, sont des ennemis de l'Eglise. Le cardinal soutient que cette pratique serait directement contraire à la félicité humaine de l'Eglise, à l'institution de Dieu ctà la nature. Il approuve donc que les biens de l'Eglise soient employés à soutenir le grand éclat do la cour de Rome , composée de cardinaux, d'abbés et d'un grand nombre d'officiers. Il prétend que par cet éclat les infidèles et les mahomélans pourront être convertis à la foi.' Afin d'attirer plus facilement les infidèles et do conserver dans l'Eglise ceux (lui y sont déjà, selon le cardinal Pallavicini , la cour de Kome fait amas de voluptés et de plaisirs ; elle aime les théâtres et les spectacles ; elle affecte môme d'en avoir de plus magnifiques que le monde, afin de vaincre le monde par ses propres armes A tous égards, selon Pallavicini, la cour de Rome prend à tâche de faire des lois qui flattent les sens. Dieu ne veut pas, dit-il, arracher des âmes les inclinations naturelles; instinctivement les hommes aiment le plaisir, les richesses, les dignités ; ils ont en horreur la pauvreté, la bassesse, etc.; il faut faire d(^s lois et former l'Eglise selon ces inclinations. Le cardinal avait pour maxime qu'il faut permettre le mal, afin qu'il en arrive du bien ; il le prouve par l'exemph; des iemmes de mauvaise vie, à qui l'on permet de se prostituer : Corne si vide ndle permissione délie meretrici.^

» Selon cettemaxime, il faut s'accommoderaux faiblesses des hommes qui composent l'Eglise; il faut gouverner ces hommes tels que Dieu et la nature les mettent au monde. Au reste il nous représente l'Eglise romaine ayant en aversion la rél'ormation. «C'est un mot, dit-il, qui sonnera toujours mal, non-seulement aux oreilles des gens do cour, mais des communautés les plus réformées. « C'est pourquoi il avoue, bien que la réformation faite par le concile de Trente soit très-légère, (ju'on s'en nmi]ne à Rome; on élude ses décisions, parce qu'il a ordonné

' Liv.8, c. n.

2 Liv. 6, c. 3 ; liv. 6, c. 25; introd., 8.

3 Liv. 2, c. 8; liv. 9, c. 9; liv. i), c. 1(3.

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