LIVRE VI
hitclloctuellcmenl cl moralcmonl d'uno niaiiiiîro nmui- ({iiable.
Les rcfuciés occupent dans l'Iiistoiro, de Genève une praulie cl honorable place, ils aideront puissamment Calvin dans son œuvre do réi;énéra!ion, en lui prêtant pour la plupart l'aide d'une austère cl sainte vie ; ils ne pouvaient cire autres que co qu'ils furent. Les liommos qui avaient abandonné terre natale, amis, parents, fortune, plutôt que decourbor la tôle devant l'idole romaine, ne pouvaient elre que des canirs forlomenl Irempos par le feu de l'adversité. Leur vie exi-mplairo les rendit odieux à la secte des libertins et à tous ceux qui voulaient vivre à leur guise. Ces réfugiés venaient d'Italie, de la Provence et de toutes les provinces de la France. Celui un spectacle bien triste et bien douloureux que celui où h.'s réchappés des massacres deCnbrières et do Mcrindoi arrivèrent à Genève, amaigris cl prosquo nus. La ciiaritc s'émut en vovant ces infortunés qui demandaient ù la ville hospilalièro un abri contre leurs persécuteurs. Leurs récils éiaient navrants; il n'en était pas un seul qui n'eût à pleurer un père, une mère, un frère, un enfant, lâchement égorgés ; ces infortunés ne demandaient que du Irr.vail et <lu pain. On leur donna l'un et l'autre; et, re.ardant désormais Genève comme une seconde terre natale, ils soldèrent par une vie irré[îrochable l'hospitalilé qui leur était accordée.
Il n'arrivait pas toujours des réfugiés en si grand nombre; mais clia<iuo fois que le clergé sévissait avec lorce quelque part, on éiail certain de voir aifluer à Genève de nouveaux hôtes, dont plusieurs ont laissi; un nom dans l'hisloiro. L'Italie en fournit beaucoup; la Réforme avait jeté dans ce beau [)ays de profondes racines. \ Novarre, à Gènes, à Napics, à Florence, à Ferrare, à Venise, dans vingt autres villes, les plus nobles familles reçurent avec joie la semence do l'Fvangile. C'en était fait du pouvoir papal, sans la sauvage énergie qu'il déploya : bourreaux, sbires, délateurs, inquisil-urs, nul no i'aiblil à sa lâche; les prisons se rempliront, les gibets se
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dressèrent, les bûchers flamboyèrent; l'on vit alors arriver à Genève les Calendrini, les Michelli, les Lombardi, les Turrctini, les Leflorti, les Diodati, qui, dès lors, l'ont honorée par leurs vertus et illu-^trce par leurs talents. Parmi ces réfugiés se trouvaient le comte Celse do Martinenpo, qui devint pasteur, et deux autres hommes, l'un, Galéas, marquis de Vico, remarquable par sa rare fidélité chréti(;nnc; l'autre, Pierre Martyr, par sa foi et la beauté merveilleuse de son esprit.
Galéas, marquis de Vico, était le neveu du pape Paul IV; il appartenait par sa naissance aux plus illustres familles de Naples; riche des biens du monde et des biens plus précieux do l'intelligence, il possédait tout ce (jui paraît être ici-bas le comble de la félicité, naissance, esprit, fortune; il était de plus l'heureux époux d'une femme jeune et belle qui l'aimait tendrement etqui l'avait rendu père de plusieurs enfants; son souverain l'honorait de sa confiance ; Galéas renonça à ces grandeurs do la terre, et dit adieu à toutes les douceurs qui faisaient de sa maison l'asile do la joie. Il le fit parce qu'il sentit qu'il ne pouvait, sans renier sa foi, demeurer plus longtemps sous le ciel de sa belle patrie. Le combat fut long et douloureux ; il s'arracha des bras de son épouse et de ses enfants, et le cœur meurtri de douleur, il leur fit ses adieux. « Avant tout, disait-il en pleurant, Dieu veut être obéi; et quand Celui qui a donné sa vie pour moi sur la croix me dit : Celui qui aime père, mère, femme, enfants, plus que moi, n'est pas digne de moi, dois-je hésiter? Abraham monta sur la montagne de Morija; moi, j'irai manger le pain de l'exil.» Il le dit el le fit. Genève s'enrichit de la présence de ce chrétien austère qui devint l'une des colonnes de l'Kglise italienne. Calvin l'honorait de son amitié et de son estime; mieux qu'un autre, le réformateur pouvait sympathiser avec cet homme qui était l'incarnation vivante de la fidélité chrétienne. Les esprits vulgaires, sans doute, ne le comprenaient pas; mais quel est celui (]ui, en présence des sacrifices surhumains qu'il fit à sa foi, lui refuserait son admiration ?
Pierre Martyr, autrement appelé Pierre Marlirlo Vermiglio, était un chanoine de Florence. Le souvenir du