‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 111 sur 149 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

martyre de Savonarole l'avait frappé; il s'était épris d'une admiration profonde pour ce moine intrépide qui avait lutté avec tant d'énergie contre les vices de son siècle et n'avait obtenu de ses généreux efforts que la haine des prêtres et la mort. 11 méditait la vie si pleine et si orageuse de ce grand homme, quand un Nouveau Testament et quelques livres de Luther tombèrent entre ses mains : leur lecture fit sur lui une impression profonde; ses yeux s'ouvrirent à la lumière, et, comme Farel, il comprit que son Eglise avait fait naufrage dans la foi. Nature ardente et droite, il ne tint pas cachée dans ses mains la précieuse semence que le Seigneur y déposait : envoyé par sa communauté à Naples, pour y prêcher, il ravit ses auditeurs par le charme de sa parole sonore, agréable et convaincue ; l'église où A prêchait était toujours pleine comme aux jours des grandes solennités. Nul ne le soupçonnait encore d'hérésie; chacun l'aimait, tous voulaient l'entendre, tant ce qu'il disait allait droit •au cœur et à la conscience. Un jour il prit pour texte les paroles suivantes, les seules sur lesquelles Rome appuie son dogme du purgatoire : « Le temps fera connaître l'œuvre de chacun , le feu l'éprouvera ; celui dont l'ouvrage sera brûlé perdra le fruit de son travail; toutefois, il échappera comme à travers le feu. » ' Ses auditeurs s'attendaient à un discours sur le purgatoire, mais à leur grande surprise il leur prouva que les paroles de saint Paul devaient être prises dans un sens emblématique. Les prêtres qui étaient présents devinèrent le luthérien sous la robe du moine ; ils lui interdirent la chaire. Le prédicateur partit, mais ses enseignements ne furent pas perdus ; des cœurs simples et droits les avaient précieusement recueillis; une congrégation se forma, et elle s'éloigna d'autant plus de Rome qu'elle s'attacha davantage aux enseignements de r.\ncien et du Nouveau Testament. Parmi les enfants spirituels du moine, il y avait des nobles, de grandes clames, la vice-reine ellemême. Le clergé se montra cruel; il décima l'Eglise luthérienne dont les principaux membres prirent le chemin de l'exil.

' I Corictliieas, thap. m — v. 13 à 15.

3^:2 niSTOlIlIi DE LA BÉFORMATION FRANÇAISE.

1)0 Naples, Pierrre Martyr alla à Lacques, où i! «ku'int ;il)bé du couvent do SaiiU-Fridiano. Réformateur du haui liii la chaire!, l'abbc le fut dans son monastère. Dix-huit >ie ses religieux se convertirent. Dirigés par leur chef, ils allèrent dans les villes environnantes prêcher le luthéranisme pondant que lui-mômo, dans la cathédrale de Lucqucs, l'annonçait avec le plus grand succès.

Averti do cc(iui se passait, l'inquisition résolut de faire inouriT l'abbé do Saint-Fridiano. Avertià teinijs, celui-ci prit la fuite et arriva à Genève, où il l'ut reçu par Calvin avec la fraternité et l'estime duc à sa loi et' à ses grands talents. La Réforme française s'enrichit ainsi des débris des Eglises réformées italiennes, ctccpendant l'italieavait tant besoin pour la régénérer do ces fidèles témoins de Jésuîî-Christ !

l'arnii les réfugiés français, nous comptons un grand jurisconsul te, Olhman, dont nous parlerons plus tard, et un littérateur célèbre, Théodore de Bèze. Do Bèze, était né le 14 juin 1519, d'une famille qui, sans a[iparlenirà la première noblesse de la Bourgogne, était riche et considérée. L'un do ses oncles, conseiller au parlement de Paris, se chargea de son éducation et le confia au professeur Jielcliior Wolmarde Bourges. Sous la direction de cet habile maître, le jeune homme fit des progrès rapides et se distingua autant par son ardeur pour le travail que par la pénétration de son esprit et la richesse de son imagination. \Volmar l'aimait comme un fils chéri.... Quand il quitta Bourges, il voulut l'emmener avec lui en Aileinagne. Le père de l'élève n'y consentit [las; il l'envoya étudier le droit ù'Orléans.

Autant l'esprit de Calvin était apte aux fortes cl âpres études du droit, autant celui de Ihéodore de Bèze l'élait peu : imagination vive et brillante, il n'y trouva que des sentiers arides... Ovide, Tibulle, Anacréon lui plaisai(;nt plus que les Pandectes do Justinien. Pendant donc que son père le croyait occupé à méditer UiDigesle, le jeune étudiant lisait les Eglogues de Virgile et donnait cours à sa verve poétique. Quelques vers échappés de sa plume élégante et facile lui firent une réputalion qui le précéda ù Paris, oîi il fut accueilli av(!C une grande bienveillance par les beaux esprits de celte époijue. Son oncle mourut;

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