‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 114 sur 149 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Henri TI, nous l'avons déjà dit, n'avait hérité do son père que ses brillants detiors et son an'iour des plaisirs. Sous ce roi, gouverné par Diane de Poitiers qui haïssait la Réforme, et par le connétable de Montmorency qui la haïssait peut-être plus encore, les luthériens ne devaient pas attendre beaucoup du nouveau règne, qui s'ouvrait par des fêtes, des confiscations et des édits de mort. La duchesse d'Etampcs fut dépouillée de sa terre de Chevreuse et de son hôtel : la terre fut donnée au cardinal de Lorraine et l'hôtel à la maiiresse lavorite; et, chose scandaleuse ! dans le prorès intenté à la duchesse d'Etampcs par son mari, Henri II fit une déposition humiliante pour l'honneur de son père, auquel il faisait élever dans ce moment un magnifique mausolée par Pierre Bontemps et Germain Pilon...; il honorait ses os et souillait sa mémoire. Trois événements qui sont trois dates dans sa vie : un combat judiciaire, un procès et une excculioa d'hérétique, signalèrent les premières années de son règne.

Le combat judiciaire, qui, en apparence, ne se rattache que très indirectement à l'histoire de la Réformation, fut cependant funeste au parti catholique. La noblesse de province qui était accourue à Paris do tous les points do la France pour être témoin du combat, vit do près Henri 11 et sa cour; le respect traditionnel qu'elle avait pour ses rois reçut une grave atteinte dans son esprit : la froide cruauté du monarque, la fierté de Diane qui usur-

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pait sans pudeur auprès de lui la place de la jeune reine Catherine de Médicis; le luxe scandaleux déployé par les courtisans, tout concourut à lui ouvrir les yeux ; et ce qui était pour elle en arrivant or pur, n'était plus que plomb doré quand ello quitta la cour, qui s'était amusée do la coupe incroyable de ses habits et des harnais excentriques de ses montures; avec le mépris qu'elle emportait, et qui devait diminuer sou lespect pour le trône, ■elle emportait aussi un esprit de critique et d'examen qui la prépara à prêter l'oreille aux prédications des luthériens. C'est dans Michelet qu'il faut lire l'admirable récit du combat de Jarnac et de La Châtaigneraie; en le lisant on comprend que le jour de ce combat célèbre, Rome, comme le trône, ent son coup de Jarnac. Nous avons mentionné le combat judiciaire , parlons du procès. •

L'exécution de l'arrêt rendu contre les vaudois de Cabrièrcs et de Merindol troubla les derniers jours de François 1". 11 comprit qu'il avait cédé trop facilement aux exigences du clergé. Il se repentit, et sur son lit de mort il fit promettre à son fils Henri do poursuivre devant les tribunaux d'Oppède et ses complices. Quel que soit le tort do François l*'', on aime, ne fût-ce quepour la justification des victimes, à entendre ce roi repousser la responsabilité de ce massacre, pour la faire retomber sur ceux qui l'avaient commis; ce repentir tardif, tout en l'honorant, ne l'innocente pas; plus les rois ont de pouvoir, plus ils ont de responsabilité; ce qui est faute ou erreur chez les autres hommes devient crime pour eux. Les efforts que va faire son fils pour frapper les bourreaux des protestants de Provence n'effaceront pas la tache de sang que d'Oppède et ses aides ont imprimée à son règne. Ils prouveront seulement chezFrançoisl"que les regrets ne rachètentpas les fautes, et qu'un roi immoral et licencieux est facilement cruel.

Par un édit donné à Montereau le 17 mars 1549, le parlement de Paris fut saisi de cette grande affaire. D'Oppède

• Michelet, Gaerres de religion. — Voir note xxii.

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et ses complices, appréhendés au corps, comparurent devant le parlement érigé en cour de justice. Depuis longtemps, la cour n'availélé saisie d'une affaire si importante. Le retentissement en fut immense. Un moment la France ne s'occupa que de cette grande cause, qui fut plaidée pondant plus de cinquante audiences, et dans laquelle les douze plus habiles avocats du barreau français furent entendus, les uns pour les accusés, les autres pour madame de Cental, qui s'était portée partie civile; les plaidoiries révélèrent des atrocités inouïes sans précédents dans les annales des crimes.'

Au milieu de ces accusations qui retombaient sur d'Oppède, comme principal accusé, le pi'ésidentdu parlement d'Aix demeurait impassible; — ce sang qu'on lui reprochait faisait sa gloire; il l'avait répandu pour la cause de Dieu; c'était lui qui avait mis dans ses mains le glaive de l'ange exterminateur pour délivrer la France du fléau de l'hérésie. Sa conscience lui rendait un boa témoignage; pas un seul repentir ne se manifesta dans ses gestes et dans son langage. Il réalisait à la lettre ces paroles que Jésus-Christ a dites des persécuteurs de ses disciples : Un temps viendra où quiconque vous fera mourir croira être agréable à Dieu. Tel fut le sanguinaire président qui commença sa défense par ces paroles du Psalmiste : Fais-moi justice, 0 ifieu, el soutiens nos droits contre la nation cruelle.

Ce calme, ces paroles adressées à Dieu après tant de scènes de meurtre et de carnage effraient, et on se demande quelle est celte religion qui peut enfanter de tels adhérants, et par quel mystère elle peut cautériser à tel point la conscience, qu'un fleuve de sang y coule sans qu'elle le sente.

D'Oppède fut acquitté; derrière ses avocats il avait le clergé, dont la cause était liée à la sienne : c'étaient là ses vrais défenseurs. Il fut acquitté avec ses complices; mai? comme il fallait pour la piété filiale de Henri II une satisfaction à offrir aux recommandations do son père, lo moins coupable de tous, l'avocat Guerrin, fut condamné à mort, et encore eut-on soin de déclarer dans lo jugement

' Thûd. de Bèze, année 1549.

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