LIVRE VII
que c'était pour une cause étrangère à l'arrêt.de Merindol.
Entré en accusé dans la cour, d'Oppcde en sortit en triompiiateur. 11 quitta la capitale pour reprendre son siège, et signala sa bienvenue dans sa ville parlementaire par de nouvelles exécutions d'hérétiques. Si la juslice des hommes ne put ou ne voulut te frapper, celle de Dieu l'alleignit. Il eut une maladie qui lui causa d'horribles soufl'rances et épouvanta ses serviteurs. Le bruit public accusa un médecin protestant d'avoir hâté sa mort avec une sonde empoisonnée.
Nous avons parlé du procès, parlons de l'exécution.
Henri II n'était pas cruel pat nature, mais il manquait complètement de cette élévation d'esprit que son père possédait quand il n'était pas l'esclave de ses passions. Il frappait en aveugle. Bien conseillé, il ne serait pas entré dans les voies de rigueur qui ont si tristement signalé son règne. Mou et apathique pour tout ce qui tenait aux aflfaires do son royaume, il aimait toujours à s'en rapporter à cet égard à la tête de Diane et aux bras du connétable, deux ennemis acharnés des luthériens. Diane avait pour eux cette haine implacable que Hérodias portait à Jean-Baptiste et h ses disciples; le connétable, royaliste pur, pénétré de cette pensée que la monarchie française ne doit avoir qu'un roi, qu'une loi, qu'une foi, ne voyait en eux que des sujets rebelles qu'il fallait écraser. Tous deux, au reste, trouvaient leur intérêt à persécuter les fidèles ; ils s'enrichissaient do leurs biens ; Diane surtout en était insatiable; après avoir épuisé les épargnes de François I", elle ne dédaignait pas les dépouilles des martyrs. Dans sa rapacité, comme le gouffre, elle ne disait jamais : c'est assez.
Adulée à la cour, où elle avilissait de sa protection la jeune reine Catherine de Médicis, elle oubliait qu''elle n'était qu'une grande courtisane. Un homme eut, un jour, le courage de le lui dire en face : cet homme, ce jour-là, signasonarrêtdemort : c'était un pauvre couturier à peine digne du nom de tailleur, tant il était misérable. Jeté en prison comme hérétique, il étonna tellement le lieu te-
^'•O niSTOlIlE DE LA nÉFOPvMATIO.N FRANÇAISE.
nant du prévôt de la cour par ses réponses, que ce dernier contait merveilles du prisonnier. Le roi, qui avait souvent entendu parler des luthériens, mais qui n'en avait jamais vu, désira prendre connaissance par luimême de leurs propos; c'était une récréation qu'il voulait se donner après les fêtes splendides et fatigantes (îtj son sacre. Quelques seigneurs, qui n'avaient pas les yeux fermés sur les abus do la papauté, prièrent le lieulonant du prévôt de conduire devant le roi les plus doctes d'entre ses prisonniers. Charles, cardinal de Lorraine, alors âgé de vingt ans, et le jouet favori de la grande sénéchale, dans la crainte qu'ils ne remuassent devant Henri II, dit Crespin. les ordures de la papauté et qu'il n'en voulût savoir davan'age, eut l'idée de faire venir devant le roi le couturier. « Ce sera, dit le jeune prélat, un passe-temps pour Sa Majesté, sans danger pour la religion. »
Le prisonnier fut conduit devant Henri H et son conseil privé ; la vue de tous ces grands seigneurs ne l'intimida pas : à toutes les questions qui lui furent faites il répondit avec aisance et simplicité, mieux que ne l'aurait voulu le cardinal. Interrogé sur la messe, « il l'accoutra, dit son biographe, de toutes les façons et couleurs. » Diane de Poitiers désira voir le couturier, qui, par déférence pour elle, fut conduit dans sa chambre, où il n'entra que ses plus intimes au nombre desquels était du Châtel, évêque de Mâcon, qui, sur l'ordre du roi, interrogea le couturier qui lui répondit avec autant do solidité que d'à-propos. Les rôles étaient changés: l'accusé était devenu l'accusateur. Furieux de se voir ainsi mis à sec do bonnes paroles, Monsieur de Màcon eut recours à des injures qui trouvèrent le luthériea impassible.
La grande sénéchale, dit Crespin, voulut aussi dire sa râtelée, mais elle trouva son couturier qui lui tailla son drap autrement qu'elle attendait; car le prisonnier, indigné d'entendre parler cette femme qui était la cause des persécutions cruelles qui désolaient l'Eglise naissante, lui dit : a. Contentez-vous, madame, d'avoir infecté la France, sans mettre votre venin et ordure en chose tant sainte et sacrée comme est la vraie religion et la vérité