‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 116 sur 149 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

de ■ notre Seigneur Jésus-Christ, craignant qu'à celle w occasion Dieu n'envoie une grande plaie sur notre sire le "roi cl sur son royaume. »

La grande scnéchaie pâlit do colère; le roi, irrité, ordonna qu'on fît sortir l'hérétique et qu'on hâtât son procès; il fut obéi : le couturier fut condamné à être brûlé vif en la rue Saint-Antoine. Henri H voulut le voir mourir ; pour jouir de ce spectacle tout à son aise, il alla dans la maison d'un nommé de la Roche, en face de la place oh le bûcher était dressé. Le couturier y monta avec courage. En regardant autour de lui, il aperçoit le roi; il fixe alors ses yeux sur les siens, et, insensible ù tout ce qui se pas^c autour de lui. il cloue, du milieu des flammes, ses regards sur ceux du roi qui en ressentit une telle frayeur que pendant plusieurs jours et plusieurs nuits il se voyait poursuivi [lar ce regard accusateur. A dater de ce jour, il jura qu'il n'assisterait plus à une exécution... 11 aurait dû jurer aussi qu'il ne ferait plus périr ceux qui mouraient avec tant de courage au nom de Jésus-Christ !.. Le regard du couturier . lui fit peur... mais ne lui ouvrit pas les yeux. '

A côté du bûcher du couturier, s'élèvent d'autres bûchers sur tous les points de la France ; nous les laissons, quoique à regret, pour conduire nos lecteurs à Lyon, sur la place des Terreaux, où meurent cinq jeunes gens accusés du crime d'hérésie. Crespin nous a conservé leurs noms, les voici : Martial Alba, de Montauban ; Pierre Ecrivain, de Boulogne; Charles Faure, de Blanzac enAngoumois; Pierre Navihères, du Limousin, et Bernard de La Réole en Bazadois.

Ces jeunes gens, qui avaient quitté secrètement la France, pour aller faire leurs études de théologie à Lausanne, y rentraient secrètement pour y prêcher au péril de leur vie l'Evangile du Fils de Dieu. Après s'être arrêtés quelques jours à Genève, ils partirent pour Lyon à la fin d'avril 1552. Arrivés au petit village de Cojlonges,

' Crespin, liv. IV., pages lb5 et 186.

ils furent accostés par un voyageur qui leur demanda la permission de faire route avec eux. Les étudiants, aux cœurssimplesetsansdéfiance, acceptèrent sa [irofiosition. Au moment de se séparer, l'inconnu leur f:l promettre de venir le voir le lendemain à Ainai, sa résiCence. Ils furent exacts au rendez-vous ; leur hôle les accueillit avec une grande cordialité, et les pressa tant, qu'ils acceptèrent le repas qu'il paraissait leur offrir de si grand cœur, lis étaient depuis quelques instants à table, quand un lieutenant de police pénétra dans la salle oh ils étaient réunis ; il leur demanda, à leur grande surprise, leurs noms et prénoms, les fit fouiller, puis garrotter el conduire dans la prison de l'officialité. Les cinq infortunés comprirent trop tard qu'ils avaient donné trop légèrement leur confiance à leur hôte qui n'était qu'un agent des prêtres. Leur arrestation causa une douleur inexprimable en France et en Suisse. Théodore de Bèze et Viret firent d'activés démarches en leur faveur; les Bernois intervinrent aussi auprès du roi dont ils ne reçurent quo des réponses vagues qui ne furent suivies d'aucun résul-' tat. Une nouvelle tentative fut faite do la part des cantons de Bàle, Berne, Zurich, Schaffouse. Henri il répondit au bourgmestre de Zurich qu'ils avaient député auprès de lui : « Je souhaite que ces cantons ne m'importunent plus sur ce sujet; je leur laisse la liberté de faire ce qu'ils veulent chez eux ; je veux faire de même dans moa royaume et le délivrer de ces gens séditieux. »

La réponse du roi no découragea pas les Bernois; ils profitèrent du passage du cardinal de Tournon dans leur vilie pour le supplier do s'intéresser au sort des prisonniers. Le prélat fut aimable, afTeclueux, promit son intervention ; mais à peine arrivé à Paris, il fit activer les poursuites.il haïssait la Réforme; mais depuis que son ne* veu, Claude de Tournon, l'avait embrassée avec sa famille, sa haine était devenue une véritable fureur. Loin donc do s'intéresser aux étudiants, il n'eut qu'une seule pensée , celle de les faire condamner par le parlement de Paris devant la juridiction duquel ils avaient été appelés. Les Bernois, indignés de ce manque de loyauté, écrivirent au prélat, qui se soucia peu de tenir ses promesses, trop heureux de pouvoir offrir un holocauste à son Eglise, en

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