‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 117 sur 149 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

témoignage de son dévouement. De nouvelles démarches furent faites encore ; toutes échouèrent; les étudiants furent ramenés à Lyon où ils furent condamnés, comme hérétiques, à être briilés sur la place des Terreaux. Pea» dant tout le temps de leur détention, ils ne cessèrent de recevoir des consolations de leurs frères. Calvin ne les oublia pas.

« Je ne vous console point, ni ne vous exhorte plus au long, leur écrivait le réformateur, sachant que le Père céleste vous fait sentir ce que valent ses consolations , et que vous êtes assez soigneux à méditer ce qu'il vous propose par sa parole. Il a déjà tant montré par effet comme^ sa vertu liabitait en vous, que nous devons bien nous* assurer qu'il achèvera jusqu'au bout. Vous savez qu'en partant de ce monde nous n'allons point à l'aventure, non-seulement pour la certitude que vous avez qu'il y a une vie céleste, mais aussi parce qu'étant assurés de l'adoption gratuite de notre Dieu, vous y allez comme à votre héritage. » '

Les prisonniers, exhortés, exhortèrent à leur tour. Leurs lettres écrites sur le seuil de l'éternité ont une fraîcheur de sentiment qui lient de leur jeunesse, et une énergie qui tient de leur foi. Comme tous les hommes, ils ont leurs heures de tristesse et de défaillance, ils rêvent la vie dans l'obscurité de leurs cachots; mais Dieu, qui 0[)ère puissamment en eux, leur donne la victoire, et, après de douloureuses luttes comme l'apôtre Paul, ils entendent une voix du ciel qui leur dit : « Ma grâce te suffit. »

Quand toutes les formalités de leur procès eurent été accomplies, ils n'eurent qu'à se préparer à la mort ; ils le firent avec simplicité, sans jactance et sans récrimination. Il est touchant de se représenter ces cinq jeunes hommes qui, après avoir épuisé tous les moyens légaux de faire annuler la sentence qui les frappe, remettent leur cause à Celui qui seul juge en dernier ressort. Le jour de leur délivrance arriva le 16 mai ; vers neuf heures du matin , on leur fit, au parquet de la prison de Roanne, lecture de leur sentence de mort. Elle portait qu'ils seraient conduits sur la place des Terreaux pour y être rais

' Lettres françaises de Calvin, 1" vol., pages 384 et 385.

à mort. On les conduisit ensuite dans la salie où l'on déposait les criminels avant de les mener au supplice. Dans ce moment suprême, ils regardèrent k Celui qui seul, par sa grâce, peutftteràlamortson aiguillon. Les uns priaient, levant les yeux au ciel ; les autres, tombant à genoux, courbaient la tête vers la terre: « puis, dit Crespin, ils commencèrent à se réjouir au Seigneur et à lui chanter des psaumes. » '

Vers deux heures ils sortirent du lieu où l'on avait fait leur funèbre toilette; ils étaient liés de cordes et revêtus de robes grises ; une charrette les portait. Quand le convoi se mit en marche, ils commencèrent à chanter le psaume ix; mais on ne le leur laissa pas achever; puis ils continuèrent à s'encourager; et, de crainte que leur foi ne faiblît et qu'on ne les fît passer pour des mécréants, ils se mirent à réciter à haute voix le symbole des apôlrcs.

Arrivés à la place des Terreaux, ils montèrent sur lo bois qui était autour du poteau, à l'exception de Martial Alba, le plus âgé des cinq, qui, à genoux, priait avec ferveur le Seigneur pour lui et pour ses frères. Le bourreau vint le prendre. Au moment de rejoindre ses compagnons, il demanda au lieutenant Tignac la permission d'embrasser encore une fois ses frères. L'intrépide jeune homme s'avança vers eux et les baisa l'un après l'autre, disant à chacun d'eux : Adieu, mon frère, adieu ! Les quatre martyrs, qui étaient liés dos à dos, retournèrent alors la lôle, et, s'untre-baisant, se dirent : Adieu, adieu, nion frère, adieu !...

Martial A)ba recommanda ensuite ses amis à Dieu, et, baisant lo bourreau, il lui dit: « Mon ami, n'oublie pas ce que je t'ai dit. » Celui-ci l'attacha , puis lo sacrifice COmuiença. Soit maladresse, soit émotion, l'exécuteur no se conforma pas à la sentence qui ordonnait que leurs corps ne fussent consumés qu'après strangulation ; la cordo qui était autour de leur cou et qui devait par un mouvement mécanique les lancer d'un seul coup dans l'éternité, fut brûlée avant de leur avoir procuré la mort. Dieu sans doute le permit ainsi, aQn que ces fidèles témoins de son Evangile pussent lui rendre témoignage au milieu des

' Crespui, hv. iv, page 231.

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