‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 118 sur 149 · UVRE VII · texte numérisé non relu

UVRE VII

flammes. Tlsle firent : la foule les entendit louer et bénir leur Rédempteur; leurs dernières paroles furent cellesci : Courage ! mon frère, courage!

Ainsi moururent à la fleur de leur âge ces jeunes martyrs, l'espoir de l'Eglise naissante. Pour compter à peine un jour, leur ministère ne fut pas moins béni; après leur mort, ils nous prêchent encore, quand le temps jette chaque jour son linceul d'oubli sur tant do discours et tant de noms. De toutes les chaires, la plus haute est un bûcher, et celui-là est un grand prédicateur auquel le Seigneur accorde la gloire d'y monter et d'y prêcher en son nom, ne fût-ce qu'un moment.

Pendant que la flamme dévorait le corps des martyrs, la foule se retira en silence; le bourreau et ses aides ramassèrent ensuite leurs cendres et les livrèrent au courant du Rhône, qui, plus humain que les hommes, leur accorda un tombeau dans ses flots sans cesse agités. '

Qui fut vainqueur dans telle lutte ? Les prêtres eussent dit nous, quand les flammes pétillaient et étouffaient la voix des martyrs. L'histoire dit non; car le sang de ces nobles jeunes gens fut la semence de la Réforme comme celui desPhotin, des Blandine, fut celle de l'Eglise primitive. Tous, ils ne forment à travers les siècles qu'une seule et même famille, famille immortelle qui, comme le phénix, renaît do ses cendres; car si juges, prêtres et bourreaux peuvent tout contre l'homme, ils ne peuvent rien contre la vérité. Or à Lyon elle avait été semée en trop grande abondance et arrosée do trop de sang pour qu'elle pût y périr; elle y vil. '

La vue du bûcher des Terreaux nous afflige, et cependant il en est un autre qui nous afflige plus encore. Trof. de bruit a été fait et se fait encore autour de lui poui

' Voir Crespin, liv. iv, page 201 et suivante!.. I/hisloiie des cinq étudiaols y est racontée dans les plus grands détails.

* A quelques pas du lieu où moururent les étudiants, on peut voir une chapelle dans laquelle on enseigne la foi pour laquelle Martial, Alba et ses frères donnèrent joyeusement leur vie.

'■ioQ IlîSTOIRE DE LA RÉFOUMATION FRANÇAISE.

que nous puissions le passer sous silence, ou seulement nous conlenter de le mentionner. Seul de son espèce il occupe dans l'hisloire une place à part; car ce n'est pas sur un sol catholique qu'il a été dressé, mais sur un sol protestant.

Dans ces jours de persécution, un homme condamné à mort pour cause d'hérésie s'échappait de sa prison et se dirigeait vers Genève, alors la ville de refuge de tous ceux qui, usant de la liherté de penser, osaient mettre en doute l'autorité de l'Eglise latine. Ce proscrit, qui dut à sa vie aventureuse utie retentissante célébrité, tout lo monde le connaît; c'est Michel Servct.

Micaël Serveto, appelé aussi Rive?, naquit, en 1509, à Villeneuve en Aragon, dans le diocèse do Lérida. Son père, qui découvrit de bonne heure en lui un penchant très-prononcé pour les discussions théologiques, fut efFrayé de son esprit d'opposition contre la scolastiquo qui régnait alors sans partage dans les universités. Connaissant, tout à la fois, l'ardeur trop bouillante de son Gis et la froide et astucieuse cruauté de l'inquisition, il craignit, non sans raison, que son enfant n'en devînt un jour la victime. 11 ne dirigea donc pas ses études vers la théologie, comme il se l'était proposé; maisil l'envoya, en 1528, à Toulouse étudier le droit. Le jeune Espagnol se lia avec quelques jeunes gens qui l'engagèrent à lire l'Evangile; mais il ne médita pas la Parole sainte avecsimplicité, ce qui le fit tomber plus tard dans le plus vulgaire rationalisme, causa sa perle et lui donna un nom.

Après avoir fait son cours, plein d'ardeur et de zèle, non par amour de la»vérité, mais par haine des prêtres et manie des discussions, il quitta sou Eglise et embrassa la Réforme. Il voyagea en Italie. A son retour il visita les principaux chefs du mouvement religieux on Allemagne et séjourna quelque temps à Bàle, où il fit la connaissance d'OEcolampade. Ce docteur ne tard! pas à reconnaître que le jeune Espagnol ne rejetait pas seulement les traditions romaines, mais encore un dogme tenu pour fondamental par les réformateurs : celui do la Trinité. Après plusieurs entretiens dans lesquels OEcolampade essaya de le ramener à des idées plus saines, il cessa ses relations avec lui. Scrvet quitta Bàle et se rendit

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