‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 119 sur 149 · LIVRE VIT · texte numérisé non relu

LIVRE VIT

cl Strasbourg, où Bûcher et Capiton le reçurent froidement.

Nature ardente et vaniteuse, Servet voulut à tout prix sortir de son obscurité. Dans un livre imprimé à Haguenau.en 1531, il attaqua ledogmedo la Trinité tel que le professaient les catholiques et les luthériens. Bientôt après il fit paraître un autre ouvrage dans lequel il défendit ses opinions et où l'on voit percer les premiers germes des théories qu'il exposa plus tard avec plus d'étendue. Il obtint ainsi en partie ce qu'il désirait; mais quand il vit qu'il ne pouvait s'élever à la hauteur des réformateurs, il quitta les bords du Rhin, en 1533, et se rendit, sous le nom de Villeneuve, à Paris, où il étudia la médecine et ne larda pas à devenir l'un des plus brillants élèves de la faculté. Son goût pour les disputes théologiques' le ramenait cependant toujours sur le ter-rain des controverses religieuses et lui Iburnissait les moyens de propager ses erreurs. L'œil vigilant de Calvin découvrit aussitôt, dans le subtil Espagnol, l'un des plus dangereux ennemis des idées chrétiennes.

Après deux ans et demi de séjour dans la capitale, Servet, pressé par la pauvreté, se rendit à Lyon, oh il arriva dans lecourant do l'année 1535. Médecin inconnu, et parlant sans malades, il devint proto dans une imprimerie; en 1537, il revint à Paris; il y enseigna, avec un prand succès, les mathématiques, la géographie et même* l'astrologie, cette science absurde qu'une reine devait, quelques années plus lard, mettre à la mode. Le profes- ^ ur trouva le moyen d'attaquer le clergé ; la Sorbonnelo dénonça. Il prit la fuite et se cacha à Charlieu, près de Lyon.

Une vie paisible et cachée ne pouvait convenir à un esprit aussi remuant que l'était celui du médecin espagnol. Tant qu'il eut peur, il ne quitta pas sa retraite ; mais quand il crut qu'il n'avait rien à craindre de la Sorbonne, il abandonna sa clientèle de Charlieu et se fixa à Vienne, en Dauphiné, où il fut accueilli avec bienveillance par l'archevêque Paumier,-son protecteur. I A Vienne, Servet s'occupa de médecine; mais la manie de théologuer se réveilla en lui plus vive que jamais, sans que cette fois la crainte des bûchers, allumés partout,

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ralentît son ardeur. Il ne prétendait à rien moins qu'à restiUierau monde le christianisme tenu, selon lui, sous le boisseau, tant par Rome que par les réformateurs. Dans sa vanité il se croyait la grande lumière du siècle.

Avant de mettre au jour son grand ouvrage, il voulut avoir l'avis de Calvin ; — il croyait que s'il pouvait lui faire adopter ses idées, son triomphe serait assuré ; il lui envoya donc le plan de son livre en lui soumettant diverses questions. Calvin les combattit avec cette logique forte, puissante, impitoyable, qui était le cachet de son génie.

Le médecin espagnol fut mécontent des observations de Calvin; après avoir échangé quelques lettres, ils cessèrent de s'écrire. Le réformateur fut blessé de celles de Scrvet; et ce fut sans doute dans un mouvement d'irritation qu'il écrivit à Viret une lettre dans laquelle on est atlrislé de lire les lignes suivantes : « Servet m'a écrit dernièrement et a joint à sa lettre un énorme volume de ses rêveries, en m'avcrtissant, avec une arrogance fabuleuse, qu'on verrait des choses étonnantes et inouïes; il m'offre de venir ici, si cela me plaît; mais je ne veux pas engager ma parole, car s'il venait, je ne souffrirais pas, pour peu que mon autorité eût de valeur, qu'il s'en fût vivant. » '

Repoussé par Calvin et par tous ceux auxquels il s'était adressé pour l'aider (il le croyait) à restituer au monde le vrai christianisme , Servet aurait dû rentrer en Vuimême et se demander s'il ne faisait pas fausse route; mais la vanité ne raisonne pas, et Dieu, pour punir celui qui veut du bruit autour de son nom lui envoie un esprit de verligo et d'erreur qui lui ôte la vue et le sentiment de la vérité; tel devait être le sort du protégé de l'archevêque de Vienne. — Après avoir longtemps cherché un imprimeur pour éditer l'ouvrage qui devait fonder sa gloire, il en trouva un qui se décida à le faire secrètement ; c'est de ses presses que sortit le Christianisme restitué, qui parut au commencement de l'année 1553.

■ Dans ce livre, l'auteur combat les traditions romaines et la foi protestante comme opposées à l'esprit de l'Evangile.

' Henry de Bci lin, Hist. de Calvin.-

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