LIVRE I
qu'on 110 donnât pas 'ie dispenses sans de grandes raisons. «On jiise, dit-il, que les grosses sommes qui se donnent pour obtenir ces dispenses sont une suffisante raison pour les accorder.» Selon le cardinal Pallavicini, la cour de Rome appelle les hommes aux charges et au sacerdoce qui doit sauver les âmes par l'espérance du plaisir : c'est là la source de ses vertus; c'est ce qui fait sa vocation; c'est ce qui anime et réveille le zèle. Chacun espère être évêque, cardinal et pape. Ainsi l'ambition et le dé.sir de gloire sont les deux aiguillons qui poussent les hommes au service de l'Eglise; c'est pourquoi elle fait amas de richesses, de crosses, de mitres et de bénéfices pour attirer les hommes par ces cadeaux d'humanité. Jugez quel doit être le zèle de ces pasteurs, qui ne sont portés à se consacrer à Dieu que par ces principes mondains. Cependant, selon Pallavicini, la cour de Rome affirme que l'abondance est la mamelle des vertus qui nourrissent l'Eglise. C'est pourquoi dans le même esprit il soutient que la félicité humaine et les prospérités temporelles doivent se trouver à Rome et chez le pape comme dans leur source; que toute la terre doit porter là ses contributions pour soutenir la majesté de cette cour; et que, comme les sacrements, bien qu'ils soient cor[)orels, sont dos sources de ;:râccs spirituelles, ainsi lesbiensdu monde dans l'Eglise sont dos sources de vertus. Quant au pape, selon les maximes de la cour de Rome, c'est le monarque de tout l'univers, dont la puissance est illimitée et indépendante de toutes créatures, de qui tous les rois doivent être tributaires, et qui peut disposer de tous les biens des hommes contre leur volonté. Le pape est comme l'estomac du corps de l'Eglise, il doit recevoir tous les biens du monde pour les distribuer aux membres du clergé. Le cardinal dit que ce ne serait point un mal (juand le pape serait actuellement maître de tous les biens terrestres pour les distribuer à chacun selon son mérite, sans égard aux droits d'hérédité. Pour ce qui est des conciles ce sont, dit-il, des assemblées plus qu'inutiles et les plus funestes conjonctions qui se fassent dans le ciel de l'Eglise, il avoue que la cour de Rome, quand on parla de convoquer le concile de Trente, craignit cette convocation, en eut horreur, et fit tout ce qu'elle put pour l'éviter, prin-
30 HISTOIUE DE LA UÉFORMATION FRANÇAISE.
cipalemcnt parce que les conciles se môlent de faire les réformateurs. Ce serait donc tenter Dieu que d'assembiei un concile général, puisque ces assemblées conduisent ordinairement aux schismes. ' Il dit que c'est une folie de vouloir réformer l'Eglise d'aujourd'hui sur le pied de l'Eglise ancienne. Il fait dire à Laincz que ceux qui demandaient le rétablissement des élections canoniques étaient poussés à cela par l'instinct du diable. C'est une grande folie, selon le prélat, de croire l'ancien meilleur que le nouveau. A l'entendre, l'Eglise était dans J'enfance quand elle était si sévère; aujourd'hui ses ordonnances sont d'un âge mûr et plus avancé; les sociétés changent comme les corps;il faut donc lesgouverner selon leur âge; l'Eglise doit vivre autrement dans un monde plus délicat; ce qu'on appelle corruption dans la conduite des affaires ecclésiasti<iues est un raffinement nécessaire pour le temps; ce sont des contes de vieilles, de croire le monde pire aujourd'hui qu'autrefois; ce sont là les sentimonts des esprits esclaves des opinions du vulgaire; puis, il serait aussi ridicule de tenter de ramener l'Eglise à sa première pureté et simplicité que de vouloir obliger les gens à vivre de glands. Les premiers conciles n'y entendaient rien avec leur sainteté et leur simplicité, ajoute le naïf historien. Le concile de Trente était composé d'honnêtes gens, qui savaient vivre dans le monde. Quand Philippe II passa jjar Trente pour aller en l.spagne, les légats lui préparèrent une magnifique réception, lisfirent bâtir un palais sur l'Adigo, à trois cents pas de la ville; on lui donna là un superbe repas; il y eut comédie, danse, bal et toutes sortes de jeux. Le i)rince y dansa lui-même. Era Paolo a\ait oublié ce bel endroit, il est pourtant assez remarquable et bien singulier. Les anciens conciles, composés de gens sans politesse, ne donnaient jioint le bal ni la comédie. Voilà do quelle manière Pallavicini nous dépeint la conduite et les maximes du concile et do la cour de Rome. En vérité, n'est-ce pas bien faire son éloge? Fra Taolo en a-t-il autant fait? A-t-il jamais rien ditqui fût plus injurieux [)OurUome? Le i)lus grand des
1 Liv.l,c. 2r);liv.21, c. 0;liv. 2:3, c. 10; Lv. 1, c. 25; G, c. 4- Iiilioduction, c. 8; !iv. 1, c. 25.