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lins, et un acte de tolérance que les catholiques eussent exploité contre lui, en l'accusant de donner un asile à un impie dcclaré. Indépendamment de ces raisons, il en avait d'autres qui lui étaient fournies par sa haine de toute doctrine portant alleinle à l'honneur de rUvangile. Tolérant pour tout ce qui concernait sa por- ^onne, il était inexorable pour tout ce qui regardait Dieu. L'homme du libre examen, après avoir renversé le pape, s'en était donné, dans la sainte Etrilure, un devant lequel tout front devait se courber, tout genou ployer, toute langue se taire. Il ne comprenait donc pas, et en cela il avait raison, cette promiscuité de doctrines qui parait être à quelques protestants latitudinaires de nos jours un signe de progrès et le triomphe de la charité; niais là où il avait tort, c'était de chcrclier dans le bras séculier ce que de nos jours nous eussions demandé à la persuasion. Mais écoutons-le sur celte question : « Je laisse là, dit-il en argumentant contre les partisans de la tolérance, leur belle maxime, qu'il faut toujours souffrir les disputes contraires, parce qu'il n'y a rien de certain et de mo/w, mais que l'F.criture est un nez de cire, tellement que la foi que tous les chrétiens ont à la Trinité, à la prédestination, à la justice gratuite, sont choses indifférentes, et sur lesquelles on peut controverser à plaisir. Que sera-ce de Dieu et de Jésus-Christ, si la doctrine est incertaine et comme mise en sus[iens ? Et quel opprobre fait-on à Dieu en disant qu'il a tellement entortillé son langage en l'Ecriture sainte, qu'il ne s'est fait que jouer des hommes en leur tenant le bec dans l'eau ! Que restet-il à telles gens, sinon d'anéantir l'Ecriture sainte pour avoir un chemin plus court d'imaginer tout ce qui leur viendra en la tête? Cependant on voit clairement que tous moqueurs de Dieu, et pareillement tous malins, en soutenant que les princes et les magistrats ne doivent pas maintenir par le glaive la vraie religion, plaident leur cause particulière.» '
L'homme qui tenait ce langage ne pouvait, eans êtro en contradiction avec lui-même, laisser dogmatiser son adversaire. Son recours au magistrat s'explique do lul-
' Déclaratiofi, page 1321.
même, et il sérail injuste d'attribuer à un esprit de vengoancecequi ne fut que le résultat d'un principe faux, mais trop avcuglémont accepté. Fidèle à lui-même et sévère observnleur dos lois de l'Eglise et de celles de l'Etat, Calvin ne voulut pas, après avoir demandé l'arrestation de rhcréti(]uo, s'immiscer dans sa condamnation. « Depuis, dit-il, qu'il fut convaincu de ses hérésies, je n'ai fait nulle instance pour le faire punir à mort, et ce que je dis, non-seulement tous les gens de bien m'en seront témoins, mais aussi je défie tous les malins qu'il n'en soit ainsi. »'
Une coutume genevoise, qui nous paraîtrait aujourd'hui tout au moins étrange, exigerait du dénonciateur qu'il so constituât prisonnier avec l'accusé, et se soumit, si son imputa lion était démontrée fausse, à subi rie clià liment qu'aurait mérité le coupable. 'Or comme Calvin ne pouvait s'enfermer dans une même prison avecScrvet, un réfugié français, nommé Nicolas d(! la Fontaine, se porta son accusateur officiel et se constitua prisonnier le 4 août 1553. Les interrogations commencèrent au milieu d'une vive agitalion, car l'accusé avait dans la ville pour partisans les libertins, à la tète desquels se trouvait Amied Perrin, qui prit sa défense avec d'autant plus d'ardeur qu'il attaquait Calvin en défendant Servet. Jamais l'édifice si laborieusement élevé par le réformateur ne fut plus en péril; après avoir été tout-puissant, Calvin sentait l'autorité chanceler dansses mains; les corps poliiiques, si soumis autrefois, faisaient de la résistance; ils no lui prêtaient plus main-forte pour faire régner dans la ville l'ordre et les bonnes mœurs.
« L'année 155.3, dilThéodorcdeBèze,'futpar l'i m patiente fureur des l'aclioux remplie de troubles si grands que nonseulement l'Eglise, mais encore la république, furent à deux doigts do leur perte; et tous étant tombés au pouvoir
' Déclaraliori, page 1318, 2 Ordonnances de 1529, n''8.
îTheod. de Bèze, Vie de Calvin.
Livr.E vu.
des méchants, on put croire qu'ils allaient venir à bout de leurs projets longtemps concertés. »'
Dans une heure de grand péril Calvin ne perdait jamais courage.... Nous avons déjà montré le réformateur faisant tête à l'orage et le dominant par la puissanced'une volonté indomptable.... Mais si, en public, il ne manifestait ni crainte ni incertitude, il n'en était pas de même quand, seul dans son cabinet de travail, il jetait un regard douloureux sur tout ce qui se passait autour de lui. Alors le découragement s'emparait de lui, et dans l'acquittement de Servel il voyait la ruine de son œuvre. En cflct, les magistrats penchaient en faveur de l'hérétique, qu'ils auraient condamné à une peine très-légère et peut-être même absous, si le conseil n'eût été décidé à prendre pour règle de conduite dans cette aflaire l'opinion des Eglises helvétiques; c'est ce qui perdit Servet. Les Eglises consultées donnèrent leur réponse et furent toutes unanimes sur la culpabilité de l'accusé et sur la nécessité de le punir; mais, par respect pour ses juges, elles se turent
' Le parti radical qai, dans ce moment, à Genève, tend sa main au parti ultramontain et montre que les fils de Voltaire n'ont, comme les fils de Loyola, d'autre principe que celui de l'intérètdu moment, accuse la politique de Calvin et exalte celle des libertins, à ses yeuï lesseulsapôtresdela liberté genevoise. Un historien, M.Michelet, auquel on ne contestera ni l'impartialité ni la pénétration, s'exprime de la manière suivante dans son beau volume LaLigueet Henri IF, page -464 : « Non content, dit-il, des livres du temps et des travaux si importants qu'ont donnés sur Genève Calvin et Farel, 51M. Gaberel, Henry, Revilliod, Schmidi, Merle d'Aubigné, Bonnet, Pictet de Sergy, etc , j'ai été moi-même à Genève pour fixer mon opinion. Partisan de Servet et de la raison moderne, j'inclinais du côté de ses amis, les amis de la liberté {les liberlins). Cette question étudiée dans les archives de Genève, spécialement dans les registres du conseil, devient plus claire. Je crois que le parti eût livré Genève à la France : malheur immense pour l'Europe. Servet comptait sur la victoire des libertins, et c'est pour cela qu'il prolongea à Genève le séjour qui le perdit. Nul doute que Calvin n'ait cru sauver la religion et la patrie, la révolution européenne. C'était le moment le plus brûlant de l'école du martyre.
344 nisTomE de la réformation française.
sur la peine. Celle de Berne disait :« Servet s'est cru libre de remettre en question fous les points essentiels do notre religion, de tout renverser par des explications nouvelles et de tout corrompre en ressuscitant le venin des anciens hérétiques; que Dieu vous donne, disait-il aux seigneurs juges de Genève, un esprit do prudence, de conseil et de force, afin que vous mettiez votre Eglise et les autres à l'abri do celle peste, et qu'en même temps vous no fassiez rien qui puisse paraître malséant à nos magistrats chréliens. »
La réponse de l'Eglise de Zurich fut on ne peut plus explicite : « Nous espérons, dit-elle, que la foi et le zèle de Calvin, votre pasteur et notre frère, que son glorieux dévouement pour les réfugiés et les hommes pieux, auront assez d'éclat pour ne pas être obscurcis, soit auprès do vos Seigneuries, soit auprès d'autres gens do bien, par les indignes accusations de cet homme. » « Contre ce dernier, ajoutaient les pasteurs de Zurich, nous pensons que vous devez déployer beaucoup de foi et beaucoup de zèle, surtout parce que nos Eglises oid au dehors la mauvaise répu' talion d'être hérétiques et favorables à l'hérésie; mais la sainte Providence de Dieu vous offre, à cette heure, uno occasion de vous laver ainsi que nous de cet injurieux soupçon, si vous savez être vigilants et habiles à prévenir la propagation ultérieure de ce venin : nous ne doutons pas qu'en effet vos Seigneuries n'en agissent ainsi. »
Les pasteurs de Schaffouse terminaient leur réponso par ces paroles: « Nous ne doutons pas que vous ne réprimiez, selon votre louable prudence, la lenlativ» de Servet, afin que ses blasphèmes ne rongent pas, comme unegangrène, les membres de Christ; car employer do longs raisonnements à détruire ses erreurs, ce serait délirer avec un fou. »
Les pasteurs de Berne terminaient la leur de la manière suivante : « Enfin, nous vous exhortons à employer, comme il paraît que vous le faites, tous les moyens propres à le guérir, afin de pouvoir remédier également aux scandales qu'il a donnés; mais s'il se montre incurablement ancré dans ses conceptions perverses, réprimez-le selon votre charge et le pouvoir que vous tenez de Dieu, de telle sorte qu'il ne puisse plus dorénavant inquiéter