‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 123 sur 149 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

et défait. Farel l'invita h solliciter des assistants le secours de leurs prières et do leurs supplicalioas. Servet obéit à cette demande; mais il garda un morne silence; et pendant que dos prières nombreuses montaient pour lui vers le ciel., silencieux, il monta sur le bûcher. Le bourreau l'attacha avec une chaîne à un pieu qui se dressait au milieu des fagots; il lia a ses flancs le livre cause do sa condamnation et qui devait être le compagnon de sa mort; puis il posa sur sa tète une couronne de feuillage enduite do soufre. Rien, hélas J n'avait été oublié dans cette lugubre scène.

Quand le patient vit briller la torche qui devait allumer le bûcher, il poussa un cri de terreur; les assistants tressaillirent d'cfifroi. L'infortuné se débattit contre les horreurs du trépas et termina sa vie aventureuse au milieu des flammes qui réduisirent son corps en cendres et ne laissèrent de lui qu'un nom dont le souvenir sera une tache éternelle pour la Réforme.

Si la question de la contrainte en matière religieuse doit être discutée quelque part, c'est sans contredit au pied du bûcher de Servet. Après trois siècles do contror verses il n'y a pas encore unanimité dans la chrétienté pour flétrir ou pour préconiser le dogme qui charge l'homme de venger les injures faites h Dieu. La question toutefois a fait un grand pas, et un bûcher qui do nos jours s'élèverait frapperait autant do stupeur les Français qu'il les étonnait peu sous le règne du Valois.

Jusqu'au commencement du quatrième siècle, les chrétiens professeront cette doctrine que ce n'est point en versant le sang des hérétiques, mais en versant le sien, que l'Eglise doit étendre son règne pacifujuc sur la terre. «La religion doit être libre, » disait Lactance. «0 douleur! s'écriait saint Hiiaire de Poitiers; on prétend soutenir par des moyens sinistres la foi qui est d'origino divine ! Gémissons sur notre époque ! Des dignitaires de l'Eglise ont recours à l'exil et à l'emprisonnement pour

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forcer la soumission! »' En 385, Priscillien fut exécuté dans la ville de Trêves; les deux cvêques qui l'avaient fait condamner furent sévèrement blâmés par la f^rande majorité de leurs collègues. Saint Martin de Tours fut saisi d'indignation en apprenant la mort de l'iiérésiarque; il rompit toute communication avec ses deux accusateurs .•« Que les hérétiques, disait-il, soient exclusdes églises par sentence épiscopale, c'est tout ce qu'on peut demander contre eux ; s'adresser au juge temporel pour les faire punir, c'est un crime nouveau et inouï.» 2

Le syslème de compression prévalut, et ce furent, chose étrange! saint Augustin et Léon-le-Grand, deux hommes éminents par leur [liété, qui jetèrent l'Eglise dans une voie qui l'affaiblit et la déshonora. Ils demandèrent à la force de faire ce que la persuasion et une sainte vie peuvent seules opérer. Or le jour où la hache du bourreau fut sur l'autel, entre le pain et la coupe, ce jour-là l'Eglise fit divorce avec Celui qui no versa d'autre sang que le sien. Témoin de ceUe voie périlleuse dans laquelle elle s'engageait, saint Hilaire blâma énergiquement les évêques qui avaient eu recours aux empereurs.

La voix du pieux évêque de Poitiers fut la voix de celui qui crie dans le désert; les grands dignitaires de l'Eglise, trouvant plus facile de comprimer que de convaincre, marchèrent dans cette funeste ornière, et les voix isolées qui de temps en temps s'élevaient pour protester finirent par se taire; et ce qui paraissait un crime à Lactance, à saint llilaire, à Ambroise de Milan, à Siricus, évêque de Rome, et à la presque unanimité des évêques des quatre premiers siècles, devint un dogme qui prit place à côté des traditions les plus vénérées de l'Eglise catholique.

Au comm'^ncemcnt du onzième siècle, les exécutions pour cause d'hérésie devinrent plus fré(|uentes. Un autoda-fé eut lieu en 1022 à Orléans, en présence du pieux roi Robert et de sa femme Constance; treize prêtres étaient au nombre des victimes, et l'un d'eux était le confesseurde la Reine. A mesureque les temps avancent, la pénalité devient plus forte: en 1215, le concile de Latran,

' Giesler Kirchengeschiohte, 2» périod. § 104. — Notes G et '7. "Giesler, ib., note 11.

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