‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 124 sur 149 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

présidé par le papo Innocent fil, défend au pouvoir temporel de tolérer ceux qui se sont dévoyés de la foi catholique, et fulmine contre ces derniers les plus terrii)lcs aiialhèmes. Le (anali(jue pontife veut qu'ils soient exterminés de dessus la terre et frappés à la façon de l'interdit. Le treizième siècle fut celui qui se distin^^ua le plus par sa haine contre les hérétiques : papes, empereurs, conciles, docteurs, c'est à qui sera le plus rigoureux. Le pieux saint Louis fut enlrainc comme les autres: «Tout homme qui sera reconnu hérétique par son évr'i|ue, disait ce bon roi, sera livré aux flammes. » '

L'homme qui, au moyen âge, travailla le plus pour élever la persécution à l'élal de dogme, fut le célèbre Thomas d'Aquin; il enseigna que l'hérésie est un péché digne de mort, parce qu'elle altère les dogmes de la foi et compromet le salut étern<'l; il voulut bien qu'on réintégrât une première fois l'hérétique qui manifeslait sa re[>entance ; mais s'il retombait, on devait l'admettre au sacrement de la pénitence, puis le faire mourir. « Si les hérétiques, dit le docteur, étaient toujours réintégrés de façon qu'ils conservassent leur vie et leurs autres biens temporels, il serait à craindre qu'il n'en résultât du préjudice pour le salut d'autrui, et cela do deu.\ manières : 1° au cas oii ils retomberaient dans l'erreur, ils pourraient en infecter d'autres personnes; 2° si on les voyait demeurer sans châtiment, d'autres encore pourraient en prendre occasion de tomber elles-mêmes dans l'hérésie avec plus de sécurité, n *

L'idée d'exterminer les hérétiques n'est donc pas particulière au seizième siècle, qui n'a fait que pratiquer ce que les âges précédents lui avaient transmis; et cependant on éprouve un douloureux étonnement en voyant les réformés, victimes de ces lois iniques et cruelles, se faire les imitateurs de leurs persécuteurs. Eu cflet, au point do vue évangélique, rien n'est plusopposé aux persécutions que la charité chrétienne qui nous ordonne d'aimer notre prochain et de faire aux autres ce

' Ordon. des rois de'France de la troisième', race, par de Laurière,

\, p. ns.

2 s. Th. d'Aq. Sum theol. secanda secunda;, queslio II, art. 13 et 4.

que nous voudrions qu'il nous fût fait. Or c'est uno singulière charité que relloqui consiste à le torturer, h le griller, à le lenaill(T; si c'est là un moyen do le convertir, c'est une étrange invention qui n'a pu germer (]uo dans le cerveau fiévreux d'un fanatique; nous voulons faire aimer notre Dieu, et nous prenons le chemin le plus sûr pour le faire haïr. Si, [lar ce moyen, nous faisons quelques conquêtes, elles n'amènent dans nos rangsque ce qu'il y a de pire dans les sociétés religieuses, des hypocrites. L'histoire bien étudiée nous apprend que le chrétien a fait des conquêtes, non pas en tuant, maison se faisant tuer; et ceux qui aujourd'hui veulent légitimer la forco brutale ne s'aperçoivent pas que les raisons qu'ils donnent sont les mêmes que celles des empereurs romains. Ce qui était injuste chez des païens est odieux chez dos chrétiens, et montre que les nersécutours, à quelque corps religieux qu'ils appartiennent, sont des descendants en ligne directe de ces deux fils de Zébédée qui voulaient faire descendre le feu du ciel sur un bourg des Samari- Tilains qui avait refusé de recevoir Jésus-Christ. Tout l'esprit persécuteur qui se développa plus lard d'une manière si sanglantedans l'Eglise romaine, se trouve ou germe dans ce désir de Jean et de Jacques que Jésus- Christ condamna avec une parole trop oubliée : « Vous no savez pas, leur dit-il, de quel esprit vous êtes animés; lo Fils de l'homme n'est pas venu pour perdre les hommes, mais pour les sauver.» «La vraie religion, dit Fleurj, doit se conserver et s'étendre par les mômes moyens qui l'ont établie : la prédication accompagnée do discrétion et de prudence, la pratique de toutes les vertus, et surtout d'une patience sans bornes. » ' Les persécutions sontdonc jugées par leurs fruits; et d'ailleurs toute terre sur laquelle tombe une semence ensanglantée ne peut produire que des fruits de mort. Un échafaud sera toujours une mauvaise chaire pour celui qui l'élève, et un bourreau un mauvais prédicateur pour celui qui le solde. Le parti ullramonlain peut regretter que, vu la dureté des temps, son grand inquisiteur ne soit plus qu'un officier en retraite; mais dans le cœur de tout liomme droit

' Fleury, 4' discours sur l'Ilist. ecclés.

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