‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 127 sur 149 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

c barque ni les filets de saint Pierre, mais le Vatican avec ses magnificences et le trône papal avec son autorité. Pauvre au dedans et incapable de nourrir les peu[iies do s vérité, la papauté devra donc déployer dans la personne de ses évéques une grande pompe. «Il arrivera proinptcment, I disent les prélats consultants, que le peuple qui, partout 1 admire celte pompe, ces cérémonies, et auquel la préi senced'hommesriches fournit l'occasion de gagner beau- ! coup d'argent, subira le joug de vos prélats; et tous I enfin, attirés, les uns par leur propre inclination, les autres par leur intérêt, se rangeront de votre côté. » '

Dans le conseil qui suit, Rome révèle sa politique mondaine, à laquelle le cardinal l'allavicini nous a si naïvement initiés dans sa défense du concile do Trente contre Fra Pâolo Sarpi. « Il faut encore, déclarent les prélats, quo Votre Sainteté veille à ce que les cardinaux et les évêques confèrent les bénéfices ecclésiasliques à plusieurs enfants de citoyens {civiiun liberis sacerdolm conférant). C'est là, en effet, un moyen merveilleux, et le plus sûr de tous pour les retenir en la foi. Il est un grand nombre des vôtres qui depuis longtemps déjà auraient embrassé la doctrine luthérienne, s'ils n'en avaient été empêchés uniquement par le motif que, soit eux-mêmes, soit leurs frères, leurs fils ou leurs parents, perçoivent des revenus de l'Eglise.

Cet aveu explique comment la papauté demeura encore debout après ses luttes avec Luther. La foi jetait dans les rangs de la Réforme, pendant que l'intérêt retenait dans les siens.

La négligence et la corruption du clergé, que les ultramontins no veulent avouer qu'à demi, est avouée par les trois évêques qui conseillent au pape d'envoyer en France et en Italie un grand nombre de prêtres d'une classe particulière. « Les prêtres ordinaires et les moines, disent-ils, ont tellement abusé de la messe, et mènent une vie si impure et si déréglée, que c'est avec raison que les hommes ne veulent plus se laisser persuader, malgré tous les efforts de nos sophistes, qu'un homme

' Ccnciliitm, page 646.

2 Ibidem, page 646.

OGO niSTOlUE Dr. LA RÉFORMATION FRANÇAISE.

abominable et impie {sceleralum et iinpium aliquem) puisse faire descendre Christ sur l'autel, tirer les âmes (lu purgatoire, et donner l'absolution des pochés. » '

Les prélats font suivre co conseil de plusieurs autres ; ils engagent le pape à instilucr des confréries, à introduire dans le culte une grande magnificence, à orner les églises de statues, d'images, et à y placer des orgues, des candélabres, « choses que le peuple aime par-dessus tout, et qui lui font presque oublier, ajoutent les évêques, cette doctrine qui nous est si mortelle et si pernicieuse. » *

Le propre des Eglises qui s'éloignent du modèle des communautés apostoliques est de demander aux formes ce qu'on ne sait pas demander à la vie, et de cherchera éblouir les yeux qu9 ad on ne peut parler à l'âme ; c'est ce que sentaient le;^ prélats qui disaient à Jules III :

« Il faut encore que les saints cardinaux et évêques célèbrent fréquemment la messe en personne avec toute la pompe et la magnificence possibles , qu'ils consacrent en public des fonts baptismaux, qu'ils ordonnent des prêtres, qu'ils bénissent des temples, des autels, des cimetières, qu'ils baptisent des cloches, qa'ils donnent le voile à des religieuses ; car ce sont encore là des choses qui étonnent et charment le vulgaire, et dont la contemplation le prend comme dans un piège, par l'âme et par l'esprit ; de telle sorte qu'il ne peut plus désirer d'autre nourriture ni d'autre enseignement, et c'est aussi là (à dire le vrai) le but pour lequel elles ont été établies. ^ Parmi nous, toutes les années, le jour du vendredi saint, on consacre l'huile trois fois sainte do l'onction et dos malades. Cette cérémonie se fait par un évoque entouré de douze prêtres qui accompagnent cette pratique do trois adorations, d'autant de salutdtions, d'oxorcismos, d'insufflations (insnfflalionibuii), et mêlent à l'iiuilo sacrée un baume précieux. Que Votre Sainteté prescrive qu'à l'avenir il faille, pour cette consécration, au moins cinq salutations et vingt prêtres; qu'elle ordonne aussi qu'on ajoute à l'huile, outre le baume, quelque produc-

' Covcilium, page G46.

- Jbulem, pngc ()47.

^Ibidem, page 647.

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