LIVRE Vit
qu'à dater du jour oh il s'était réconcilié avec ce dernier, toute sa prospérité s'était tournée en al'Qiction. Ils lui dépeignent ensuite la manière dont Dieu a châtié ceux qui ont persécuté les frères de ceux qu'il persécute luimême.
« Avez-vous jamais, lui disaient-ils, entendu pareille chose à ce qui arriva à Ponchcr, archevêque de Tours, lequel, travaillant à l'érection d'une chambre ardente, fut brûlé du feu de Dieu, qui lui commença au lalon, et, so faisant couper un membre après l'autre, mourut misérablement sans qu'on en pût jamais trou vor la cause ? Comme aussi Castellanus, s'étanl enrichi par l'Evangile et ayant rejeté la pure doctrine pour retourner à son vomissement, voulant persécuter la ville d'Orléans, fut touché, en la chair, du doigt de Dieu et d'une maladie inconnue aux médecins, la moitié de son corps brûlante et l'autre froide comme glace; il mourut en faisant des cris et des gémissements épouvantables.
» Il y eut auparavant d'autres exemples des jugements de Dieu, comme la mort du chancelier et légat Duprat, qui fut le premier qui déféra au parlement la connaissance des hérésies et qui institua les premières commissions pour faire mourir les fidèles; car il mourut en sa maison de Nantouillet, jurant et maudissant Dieu, et son estomac fut trouvé percé et rongé de vers. — Jean André, libraire au palais, espion du président Lizet et du procureur du roi Bruslard, mourut en fureur et en rage. — L'inquisiteur de Roma, en Provence, tomba en lopins si puanlsquenul nepouvait l'approcher. — Jean Mesnier, président de Provence, qui fit mourir tant d'hommes, femmes et enfants, à Cabrières et à Merindol, mourut d'une strangurie, le feu étant pris à son ventre, blasphémant et maudissant Dieu; et plusieurs autres dont on pourrait faire récitqui ont été punis de mort semblable. »
Ils lui démontrent de plus l'inutilité de ses persécutions, a Vos cardinaux, lui disent-ils, n'ont pu, parleurs cruautés, empêcher le cours de l'Evangile qui a pris une telle racine dans votre royaume, que si Dieu vous lâchait la bride pour l'exterminer, vous seriez quasi roi sans sujets. » Il yalà une hyperbole sans doute ; mais dans cetto hyperbole il y a une preuve do la marche ascendante du
(irotestantisme et du terrain considérable qu'il avaitgagno Los fidèles conseillent au roi de travailler sérieusement à la Réformation de l'Eglise, afin d'extirper les maux qui désolent son royaume. — Ils indiquent comme moyen le retour du clergé à une sainte vie; puis ils signalent les calomnies de leurs ennemis; nous ne sommes, disentils, rebelles ni à l'autorité du souverain, ni à celle des magistrats. Ils prouvent par l'histoire que jamais rois ne furent plus solidement assis sur leurs trônes que ceux qui s'attachent à délivrer leur royaume de la superstition et dos ickilàtrics. Ils citent dans le passé Constantin, et pour le temps présent le roi d'Angleterre et les princes d'Allemagne.
Ils demandent enfin que le roi convoque un concile dans lequel la question controversée serait décidée par les saintes Ecritures, afin que la vérité étant reconnue, l'Eglise de France soit délivrée dos superstitions qui la déshonorent. « Si vous agissez ainsi, sire, ajoutentils, Dieu bénira votre entreprise; il accroîtra et affermira votre règne et votre postérité ; si vous faites autrement, la ruine est à votre porte, et malheureux le peuple qui demeure sous votre obéissance, b Ils s'enhardissent et le menacent du sort de Pharaon et d'Achab et lui remontrent que si un empereur païen, Antonin le Pieux, fit cesser les persécutions contre les chrétiens, à plus forta raison, lui qui porto lo titre do roi très-chrélien doit les faire cesser contre les luthériens qui no lui ont fait aucun mal et n'ont pas troublé son royaume. «Vous supportez, s'écrient-ils, les Juifs, qui ont immolé le Seigneur Jésus- Christ, et qui le renient, et vous ne voulez pas nous supporter, nous qui lo tenons comme vous pour notre Dieu, notre Rédempteur et notre Sauveur ! ! Avant de nous frapper,informez-vous si nous méritons vos persécutions et si nos enseignements s(.'nt contraires aux saintes Ecritures; si nous ne sommes pas convaincus par elles, les feux, les glaives et les plus cruels tourments no nous épouvanteront point.»'
' Crespin, Déclaration de plusieurs jugements de Dieu exécutifs sur les entreprises et personnes qui ont attenté dans ces derniers temps contre son Eglise; liv. vn, page 433.