LIVRE VII
Cette lettre irrita le clergé qui obtint de Henri II un cdit qui établissait l'inquisition dans le royaume, et nommait pour grand inquisiteur un dominicain nommé Matthieu Orry.
L'édit royal qui instituait le tribunal du saint office fui présentéau parlement, où il rencontra une vive opposition. Les conseillers, soit qu'ils comptassent dans leurs rangs des partisans secrets do la Réforme, soit, ce qui est plus probable, qu'ils redoutassent d'accroître l'influence déjà bien grande du clergé, refusèrent d'enregistrer un édil qu'ils regardaient comme une honte et un fléau pour la France. Le président Séguier fut auprès du roi le courageux interprète do sa compagnie; il lui exposa tout ce qu'aurait d'odieux et d'illégal l'établissement do ce tribunal, qui soustrairait ses sujets à leurs juges naturels. — « Voilà, Sire, lui dit-il en terminant, ce que nous avons jugé nécessaire de vous représenter par rapport à l'édit. Nous prenons encore la liberté d'ajouter que, puisque les supplices de ces malheureux qu'on punit tous les jours au sujet de la religion n'ont servi jusqu'ici qu'à faire détester le crime sans corriger l'erreur, il nous a paru conforme aux règles de l'équité et à la droite raison de marcher sur les traces de l'ancienne Eglise, qui n'a pas employé le fer et le feu pour établir et étendre la religion, mais plutôt une doctrine pure, jointe à la vie exemplaire des évêqucs. Nous croyons donc que Votre Majesté doit s'appliquer entièrement à coiiserver la reiifjion par les mêmes voies qu'elle a été autrefois établie, puisqu'il n'y a que vous seul qui en ayez le pouvoir. Que les évèques, comme de bons et fidèles pasteurs, aient toujours les yeux sur leur troupeau, et qu'ils le conduisent eux-mêmes. Que les ecclésiastiques qui leur sont soumis s'acquittent du même devoir, c'est-à-dire qu'ils mènent une vie réglée, qu'ils annoncent avec candeur la Parole de Dieu, ou que du moins ils aient soin que cette sainte Parole soit annoncée par dos personnes qui en soient capables. Qu'on n'élève à l'avenir aucuns sujets aux dignités ecclésiastiques qui ne puissent eux-mêmes exercer leur ministère et ensei-
-jC6 histoire de la uéformation française.
gner le peuple sans avoir besoia da secours d'aulrui. C'est un nrlicio essentiel auquel il faut faire une allenlion parlirulière, et le fondement sur lequel il faulbùtir. Nous ne doutons point qu'on ne guérisse lo mal avant qu'il ne s'étende plus loin, et qu'on n'arrête le progrès des opinions erronées qui attaquent la religion. Si, au corilraire, on méprise les remèdes (ifficnces, il n'y aura point de lois ni d'édits, quelque rigoureux qu'ils soient, qui puissent y suppléer. » '
Henri II fut étonné et irrité d'une opposition à laquelle il ne s'attendait pas, et qu'il regarda comme une atteinte aux droits de sa couromie. Il n'osa pas cependant engager une lutte avec les magistrats récalcitrants, mais il résolut de se servir de tous les moyens i]ue son pouvoir et la législation existante mettaient à sa disposition pour ab;\ttro riiércsio. Ce furent les réformés de Paris (jui curent les premiers à. souffrir de ses cruelles dispositions.
De toutes les villes de France, Paris était celle oh les luthériens étaient le plus haïs et le plus persécutés; mais c'était aussi lo lieu où les fidèles pouvaient se dérober lo plus facilement aux regards de leurs ennemis et y servir Dieu avec le plus de liberté. Divisés en petits groupes, ils cherchaient de préférence les lieux les plus retirés pour célébrer leur culte, tantôt présidé par des laïques, tantôt [)ar des ministres que le danger y amenait de toutes les parties do la France. Ces réunions, qui se tenaient parfois à quelques pas des lieux où l'on briilait leurs frères, cm[)runtaient un grand intérêt des circonstances; plus les fidèles se sentaient faibles, plus ils étaient portés à s'abriter sous les ailes du Tout-Puissant.
Un gentilhomme du Maine nommé de La Ferrières'élait réfugié à Paris pour pouvoir y servir le Seigneur avec une liberté qu'il no trouvait pas dans sa province. Accompagné de sa femme, qui était enceinte, il arriva dans la capitale en 1555, et s'y logea près du Pré-aux-Clercs. Homme do loi et de grande piété, il se mit en relation avec quelques-uns des fidèles de Paris ; il les reçut dans sa maison, qui ne tarda pas à devenir un lieu de culte.
' Du TliO'j, liv. xvi, pages 376-377.