LIVRE I
ennemis de l'Eglise romaine pourrait-il faiie un ponrait plus hideux de la morale selon laquelle on se conduit à la cour papale? Qu'on ne dise donc plus que Fra Paolo a fait, sous le nom d hisloire du concile de Trente, une satire contre la cour de Rome. Cent ennemis comme Fra Paolo ne feront jamais autant de mal à celle cour que l'illustre écrivain qui a entrepris de la défendre. »
Nous n'ajoutons rien à l'analyse de Jurieu ; elle parle assez d'elle-même, et prouve jusqu'au dernier degré de l'évidence que Rome ne pouvait opérer une réforme dans l'Eglise, parce qu'elle n'en avait ni le désir ni le pouvoir. 11 fallait donc que d'autn-s la lissent: sans eux le monde serait demeuré dans les vieilles ornières du passé.
Rome n'a donc pas voulu se régénérer; aussi la Réformation a eu lieu sans cll« et malgré elle.
Pour comprendre le mouvement religieux du xvi^sièclc, il est nécessaire de bien connaître les causes qui l'ont pro<luit : la principale se trouve sans doute dans l'état d'avilissement où le clergé était tombé; seule, elle ne l'expliquerait cependant pas dans tous ses détails, si d'autres ne s'y joignaient.
L'une de ces causes se trouve dans la résistance que l'Eglise de France opposait sans cesse à l'ambition (!o Rome, qui, sous prétexte de l'unité dogmatique et ciclv'siaslique, s'efforçait d'atlirerà elle touie l'autorité et de fonder sa puissance sur les débris des liîiortés des F.gli'^es pnrliculièrcà. De toutes les Eglises, ce lui ccile de France qui se montra le plusdignement jalouse de ses franchises qu'elle défendit avec énergie. Rome n'était pas populaire en France. Quand il le fallait, on lui résistait on face: ou allait même jusqu'à des faits. Un jour, Colonua , l'ambassadeur de Phiiippe le Bel, soulfleta en face de la chrétienté le successeur du grand Hildebrand. Quand il s'agit de la réformalion de l'Eglise au xv* siècle, le clergé français, ayant à sa tèle le pieux Gerson, s'éleva avec courage centre la cour de Rome, et signa le décret de ce célèbre
IIISTOIUE DE LA REFORMATION FUANÇAISE.
concile do Constance qui abaissa le pape, et proclama que l'autorité réside dans le synode général. Plus tard, Louis XII eut de graves démêlés avec Juins II : irrité dos prétentions orgueilleuses de ce ponlife, il fit frapper une médaille sur laquelle on lit ces mots significatifs : Nomen S a by I onis per dam, ^ (aisanl entendre par là qu'il voyait dans la Rome des papes la Babylone de l'Apocalypse. ^
Le haut clergé, car le bas comptait pou dans ces temps, ne pouvait voir qu'avec un secret plaisir une opposition formidable se former contre la cour papale qui ne cessait d3 le pressurer, prenant, avec le denier de saint Pierre, le plus clairdesos revenus. Quand, plus tard, il applaudissait aux premières hardiesses de Luther, il ne prévoyait pas que ce moine ébranlerait la catholicité et lui ravirait la moitié de l'Europe.
Une seconde cause qui favori-a l'introduction de la Réforme, fut le travail que la renaissance avait opéré dans les esprits; travail profond, sérieux , mais seulement dans les rangs éclairés de la sociolé, oii l'on commençait à comprendre que l'idéal de l'homme n'est pas l'immobilité, mâis le progrès. Le goût des lettres et surtout des langues sedoveloppa. Des regards, jusque-là indifierents, voulurent plonger dans les aoli((uités grecques et latines. De là des travaux qui, tout en enrichissant la langue française, aidèrent puissamment à sa formation, et conduisirent à des rechfirrhes qui, en s'exerçant d'abord sur Sophocle ot sur Homère, s'exercèrent plus lard sur la Bible.
La renaissance élait plus litléraire ([uc religieuse, plus artistique qi;e scientifiijue. Il n'y avait rien en elle de fort et de puissant, parce qu'elle était païenne par l'art et portée à faire de l'opposition à la papauté, moins au nom de la divine autorité des Ecritures qu'elle ne connaissait pas, qu'au nom des droits de la pensée. Elle ne pouvait donc pas produire une réfoinialion, mais seulement la seconder.
Une troisième cause, c'est l'amourdes nouvautésqui a toujours caractérisé la France, cette Athènes des temps
* J'anéantirai le noiii i!e Biihjlj.ic.
^Apoculyp^e, ciiap. 11.