‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 131 sur 149 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Quand l'épouse du pieux gentilhomme accoucha, il ne .voulut pas, pour son enfant, du baptême de l'Eglise romaine qui était à ses yeux l'Eglise de l'Antéchrist; il fit part de ses perplexités à ses amis; et dans l'impossibilité où il était d'aller à Genève, il les supplia de choisir parmi eux quelqu'un qui pût administrer le baptême à, son enfant. Celle proposition surprit d'abord, et nul në se sentit qualifié pour remplir cette auguste fonction. La Perrière insista avec énergie pour qu'on ne laissât pas mourir son enfant avant qu'il eût reçu le signe de la régénération. Ses instances, sa piété si connue, sa foi dont il avait donné des preuves si éclatantes, persua* dèrent ses frères. 11 y eut alors une scène bien touchante qui rappelle l'élection de saint Etienne; les fidèles se réunirent, et tombant à genoux, ils demandèrent à Dieu de présider au choix de celui qui devait être appelé à être leur conducteur spirituel; puis d'un commun accord ils désignèrent pour leur pasteur un jeune homme à peine âgé de vingt-deux ans, nommé Jean le Maçon, qui prit plus tard le nom plus connu de La Rivière.' L'élu était digne du choix qu'on avait fait de lui. Fils aîné du procureur royal d'.Angers, il avait tout quitté pour s'attacher à l'Eglise naissante; rien n'avait pu ébranler sa foi, pa.s plus les Tarmes que les menaces de son père; comme Woisc, il avait pris la fuite, préférant souffrir avec le peuple de Dieu que de jouir des délices du péché. Le beau témoignage que les fidèles de Paris lui donnèrent fut la récompense de sa fidélité. 11 fut légitimement ordonné; une Eglise sous la croix lui adressa vocation; pour pasieur consacrant il eut le Saint-Esprit.

Après avoir élu leur pasteur, les fidèles nommèrent un consistoire composé de quelques anciens et de quelques diacres et cherchèrent à se rapprocher,autant que les circonstances le leur permettaient, de la forme de l'Eglise primitive. C'est vers la fin du mois de septembre 1555 que cet acte, qui devait donner à la communauté de Paris une si grande importance, fut accompli.

Bèze, livre xi, page 63. Il portait aussi le nom de Launay.

5G8 niSTOIPiE DE LA UÉFORMATION FRANÇAISE.

Quelle que fût la prudence des fidèles, il leur était bien difficile de se dérober aux re^'ards do leurs ennemis. Le nombre do leurs adhérents, qui croissait chaque jour, no fortifiait l'Eglise qu'en augmentant ses périls. Mais l'habitude de vivre au milieu des dangers lui en avait donné l'insouciance. Henri II, enfin, occupé à faire la guerre au dehors, s'était un {)cu relâché de ses rigueurs. Mais après la perte do la bataille do Saint-Quentin, qui jeta l'effroi dans la capitale, les persécutions redoublèrent.

Le 4 septembre 1557, une réunion avait été indiquée dans une maison de la rue Saint-Jacques située en face du Plcssis, derrière la Sorbonne. On devait y prendre la Cène. Aux approches de la nuit, trois ou quatre cents personnes s'y rendirent de tous les quartiers de Paris. Celle afflucnce de monde, dans un lieu ordinairement sijjaisible, donna l'éveil à quelques prêtres pensionnaires de la Sorbonne. L'occasion do montrer leur zèle était belle ; ils ne la laissèrent pas échapper. Us avertirent d'abord lo guet et allèrent ensuite de maison en maison, ameutant le peuple et orenant leurs dispositions pour qu'aucun des luthériens ne pût s'évader. Des tas de pierres furent portées sur les fenêtres du collège pour repousser ceux qui testeraient do s'enfuir. '

Les fiùèles. (jui ne se doutaient pas do ce qui se préparait contre eux, écoulaient avec un pieux recueillement l'explication de la Parole sainte, et dans de ferventes prières élevaient leurs cœurs vers ce Dieu Sauveur, au saint repas duquel ils allaient participer. Vers minuit, quand le service fut terminé, chacun songea à regagner sa demeure. A peine les premiers sortants curent-ils l'ranchi le seuil de la porto, qu'ils connurent, aux vociférations avec lesquelles on accueillit leur présence, le danger qui les menaçait. L'air retentissait do cris si violents que tous les habitants du quartier, étrangers à tout ce qui se passait, seréveillèrcnt en sursaut. En quelques instants des milliers de personnes furent sur pied, et des flani-

' Crespin, liv. vu, p. 425.

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