‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 132 sur 149 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

beaux allumés partout donnèrent à la nuit l'éclat du jour. Les fidèles, se sentant sous le coup d'un imminent danger, furent saisis d'effroi, et un grand cri de douleur partit du milieu d'eux. Dans cette heure les pasteurs et les anciens ne furent pas au-dessous de leur tâche; ils rassurèrent, prièrent, demandant à Dieu de les délivrer des mains de leurs ennemis; la situation devenant de moment en moment plus critique ; il fallut prendre une décision. Attendre l'arrivée des juges , c'était s'exposer à une mort certaine; se frayer un passage à travers ces masses irritées n'était pas sans danger. On se décida cependant pour ce dernier parti. «Les femmes, se dirent les délibérants, resteront renfermées ici jusqu'à l'arrivée des magistrats, qui peut-être se montreront moins impitoyables; quant aux hommes, ils demanderont leur salut à leur courage. » Les épées se dégainèrent tout aussitôt, dans cette même chambre qui venait d'être le témoin muet de tant de prières. Les gentilshommes, divisés en plusieurs groupes, revendiquèrent l'honneur de marcher en tête; le signal donné, la porte de la maison s'ouvrit, les luthériens sortirent. On les accueillit par d'horribles vociférations; leur contenance fière et intrépide, leurs épées dont la pointe brillait à la lueur des torches et des flambeaux, leur ouvrirent au milieu d'une grêle de pierres un passage à travers la foule; tous s'échappèrent à l'exception d'un seul qui fut mutilé, ccharpé; son cadavre fut traîné au cloître Saint-Benoît, où pendant quelques jours il fut exposé aux outrages de la populace.

11 ne restait dans la maison que les femmes et quelques hommes qui, au moment de sortir, avaient hésité. Ces derniers cherchèrent à s'échapper par les murs du jardin; ils ne le purent et rentrèrent les uns mal traités, les autres meurtris. Dans la maison on n'entendait que des sanglots. Les femmes tendaient des fenêtres leurs mains suppliantes vers les assaillants qui, furieux d'avoir vu les hommes leuréchapper, étaient sourds à leurs prières; la porte allait être enfoncée et le sang couler, quand Martine, procureur du roi au Cliàtelet, arriva et se la fit ouvrir. A l'aspect de ces femmes désolées il fut touché, quelques larmes roulèrent sur ses joues; mais quand il

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sut qu'on avait célébré un culte défendu par les lois, sa pitié fit place à l'indignation, et sans vouloir écouter les plaintes de ces infortunés il ordonna de les saisir et da les conduire tous en prison. Le péril était grand, car la foule se préparait h envahir la maison et à tout massacrer si on ne se hdtait pas. Le jour commenrait à peine à poindre quand les portes se rouvrirent. Le corlégo se mit en marche; les hommes, garrottés doux à deux, parurent les premiers; leur présence fut accueillie par des cris et par des injures. Des menaces on passa à des voies de fait; on les frappa avec le bois des javelines et des hallebardes; Martine voulut, mais en vain, préserver les femmes de pareils outrages; la multitude menaçait do les égorger toutes et d'incendier la maison. Les prisonniers avaient troublé son sommeil; il fallait la contenter. Les femmes donc, au nombre de plus de cent vingt, parurent à leur tour. Accueillies par des outrages, des insultes et des coups, elles conservèrent leur dignité et arrivèrent, non sans danger, à la prison ; la plupart d'entre elles avaient leurs chaperons déchirés et la figure couverte de sang et d'ordures.

La nouvelle des événements de la rue Saint- Jacques se répandit dans Paris avec la rapidité de l'éclair; chacun l'interpréta à sa manière; les bruits les plus singuliers circulèrent; le clergé, dans celle circonstance, inventa pour les protestants ce que les prêtres do Home païenne avaient inventé pour les fidèles do la primitive Eglise. « Ce n'est pas,disail-il, un culte que les novateurs ont célébré, c'est une véritable orgie dans kKjuelle ils ont lâché la bride aux passions les plus inlàmes. A un signal donné, alfirmait-il, ils ont éteint les flambeaux, et des petits enfants ont été immolés ! »'

Ces bruits, aussi étranges que ridicules, trouvèrent de l'écho dans les masses. Tout absurdes qu'ils fussent, les fidèles sentirent la nécessité de se défendre; ils le firent dans deux écrits dont l'un tomba entre les mains du roi; lo so^cond, répandu par milliers d'exemplaires, eut un grand retentissement et ouvrit les yeux à plusieurs, «auxquels,

' Mézerai, Abrég. chron.,tome v, page GIS. — Crespiii, liv. vu, page 425.

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