‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 135 sur 149 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

L'Eternel est notre recours.

Nous obtenons par son secours

Plus d'une délivrance.

C'est lui qui fut notre support, Et qui tienl les clefs de la mort Lui seul en sa puissance.

A nous défendre toujours prompt.

Il frappe le superbe front

De la troupe ennemie ; On verra tomber sous ses coups Ceux qui provoquent son courroux

Par leur méchante vie,

chaque soldat devenait un lion.

L'homme dont on chantait les vers adaptés h des airs connus ou mis en musique par les artistes de l'époquo était Clément Marot. Ce poète a trop attaché son nom aux premières années de la Iléforme pour ne pas avoir dans celte histoire une place qui, quoique secondaire, n'est pas cependant sans quelque intérêt. Le peuple, qui est si oublieux, se souvient de l'homme qui fut le Tyrtéc de son époque, et trouva dans son cœur do poëte des accents qui consolèrent l'Eglise sous la croix et doublèrent plus tard son courage sur les champs do bataille. Clément Marot naquit à Cahors en 1495; son père, Jean Marot, qui fut tour à tour le poêle d'Anne de Bretagne et le valet do chambre de François I", destina son fils au. barreau; mais il avait compté sans l'amour de la poésie, qui s'empara de bonne heure du jeune Clément qui avait plus d'ardeur pour s'élancer sur le Parnasse que pour parcourir les recoins obscurs d'un palais de justice. Tous les efforts du père échouèrent devant une vocation irrésistible. Comment faire un procureur d'un jeune homme qui se dépeignait dans ces vers écrits peut-être sur la couverture de quelque dossier?

Sur le printemps de la jeunesse folle.

Il ressemblait l'harondelle qui vole Par cy, puis là ; l'iige le conduisait. Sans peur, sans soin, où le cœur le disait.

< Quand Jean Marot vit que son fils perdait son temps, il lui fit disconlinucr ses études do droit et le plaça, en qualité de page, auprès de Nicolas de NculVilic, seigneur de Villeroy. Le jeune homme quitta sans regret Bariole et le Digeste, et s'élança ardent et joyeux dans une carrière dont il n'entrevoyait que les fleurs. Son apprentissage terminé, son père le produisit à la cour. Ce fut pour le jeune poëte tout un monde nouveau qui se révéla à ses yeux éblouis et émerveillés. Ce n'était que bals, fêtes, et divertissements; si Louis XII était sorti de son tombeau, il ne se serait plus cru chez lui, tant son gendre avait tout transformé. Langage, costume, usages, le présent ne ressemblait en rien au passé; c'était une brillante école, sans doute, pour notre jeune poëte; mais si elle lui apprit, comme le disent si bien MM. Haag, le langage de la bonne société, elle lui apprit aussi les mœurs do la mauvaise. *

François V' encouragea les premiers essais de Clément Jlarot et le recommanda à sa sœur Marguerite, qui, poëte elle-même, le prit sous sa protection ; mais tout n'est pas bonheur dans une position où il semble qu'on ne doive se nourrir que de parfums, de louanges et d'ambroisie.

Ce mol si dur, prosaïque, la pauvreté, fit sentir à Marot ses épines; bien souvent, il fit l'expérience que, comme les autres hommes, le poëte est appelé à descendre dans

les rudes réalités de la vie Afin d'y échapper il

aurait voulu être couché sur l'étal de la maison do Marguerite pour y être appointé. Les vers suivants, adressés à cette princesse, portent l'empreinte de son génie et nous le montrent aux prises avec la nécessité.

Pi incesse au cœur noble et rassis, La Forlutie, quej ai suivie l'ar force, m'a souvent assis Au froid giron Je tiisie vie, De m'y asseoir encore me convie.

Mais je réponds ('jomme fasché) :

D'être assis je n'ai plus envie Il n'est que d'être bien couché.

' Voir Haag, France prot., à l'article Marot.

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