‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 136 sur 149 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Nous ne suivrons pas Marot dans sa vie aventureuse; nous ne dirons de lui que ce qui se rapporte directement à l'histoire de la Réformation. Après des jours bien agités pendant lesquels sa renommée ne fit que grandir dans l'opinion publique, il fut obligé, après la malheureuse afiaire des placards, de s'enfuir de Paris. Nous le trouvons, en même temps que Calvin, à Ferrarc, à la cour de Renée de France. 11 n'y séjourna pas longtemps, parce que le mari de la duchesse, humble vassal de Charles-Quint, ne pouvait souffrir les Français que sa femme accueillait avec une si généreuse hospitalité.

Rappelé en France par François I", Marot reprit joyeusement le chemin de Paris. On a prétendu que le roi avait mis pour première condition à son rappel qu'il abjurerait ses erreurs. Ce ne pouvait être, puisque jusqu'à celte époque le poète était demeuré étranger au luthéranisme. Sans doute, comme la presque unanimité des hommes instruits de son temps, il no croyait pas aux dogmes romains; mais il ne les avait pas abjurés publiquement. Son retour à Paris, en 1536, fut fêté par tous ses admirateurs. François I" lui fit l'accueil le plus gracieux, et Marot continua à faire des vers sans devenir plus riche, il enrichissait ses libraires qui lui abandonnaient la gloire en échange du profit qu'ils retiraient de ses ouvrages, et celui dont le nom était sur toutes les lèvres se trouvait dans la gêne quand ses appointements do valet de chambre ne lui étaient pas payés.

La traduction àes Psaumes, qu'il fit avec le secours do Valable, fut de tous ses ouvrages celui qui eut le succès le plus retentissant. L'homme qui, jusqu'à cette époque, n'avait fait que chanter les amours, les bergères, les rois et les grands, devint tout-à-coup le Bérangor spirituel de sou siècle. On chanta partout ses vers. L'engouement descendit do la cour dans les masse:,. La Sorbonne ne lo partagea pas; elle comprit, avec sa sagacité ordinaire, i^r-^ ceux qui chantaient les psaumes dans la poésie de Maroi pourraient bien avoir le désir de les lire dans la prose do Fiobert Olivetan. Ce qui l'irrita surtout fut le Décalogue mis en vers. Marot avait traduit le second commandement de la manière suivante :

380 HISTOIRE DE LA RÉFORM.VTION FRANgAISE.

Tailler ne te feras image De quelque chose que ce soit.

Si honneur lui fais et hommage, ' Ton Dieu jalousie en reçoit.

Il n'y a certes dan's ces vers rien <|uo do trës-orlliodoxe. Mais la Faculté, qui tenait plus à ses tradition.} qu'au texte sacré, condamna la traduction des Psaumes au moment même où François l" encourageait le poëlo à continuer son œuvre. Plus puissante que le roi, elle força Marot à chercher son salut dans la fuite; il se réfugia eu 1543 à Genève, où Calvin lui fit un accueil bienveillant, l'engagea à publier les cinquante psaumes qu'il avait mis en vers, et les honora d'une belle préface. Ils parurent avec une épllre adressée aux dames de France. On sent, en la lisant, que le malheur a rendu le poëlo moins frivole.

Le séjour de Genève ne plaisait pas à Marot. Accoutumé à la vie élégante et licencieuse de Paris et des châteaux royaux , il trouva trop sérieuse la société des réfugiés et trop pesant le joug imposé par Calvin. Il quitta cette ville et alla à Turin, où il mourut en 1544, après une courte maladie, laissant pour tout héritage à sa famille un grand nom et la pauvreté.

La Réforme n'a été ni oublieuse ni ingrate envers la mémoire du poëte qui lui donna dans ses vers des forces et des consolations. Cependant la gloire de Marot serait plus pure et plus grande, si, comme Théodore de Bèze, il eût réuni en lui le poète et le chrétien. 11 porta la peine do son (tassé et n'eut pas le courage, comme son illustre confrère, do rompre avec le monde et de chercher au pied do la croix une vie nouvelle. Imagination vivo et vagabonde, il s'assimila un moment la pcnséedivinc en traduisant les Psiumes; mais ses impressions furent peu durables, et il n'alla mourir à Turin que parce que son cœur n'était pas à la hauteur du puritanisme des réfugiés de Genève.

Revenons à nos chanteurs du Pré-aux-Clercs. Leur nombre s'accrut considérablement; la présence d'Antoine de Bourbon donnait à ces réunions un intérêt extraordinaire; suivi d'une foule de gentilshommes, il no craignit pas do se metlro à la têlo des chœurs et du fairo avec

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