LIVRE vn
4° Ils admettent le péché originel et la corruption totale de l'homme, telle qu'elle avait été formulée pai saint Augustin, et par voie de déduction rigoureuse et logique, ils admettent le dogme do la prédestination ;
5° En Jésus ils voient la victime de propilialion pour les péchés, et reconnaissent en lui, à côté de son humanité parfaite, sa divinité absolue ;
6° L'homme conçu et né dans la corruption ne mérite que la condamnation et la mort; par la foi au sang expiatoire de Christ il obtient le pardon de ses péchés;
7" Le Saint-Esprit, don de Dieu, est indispensable à l'homme pour illuminer son entendement; ce n'est que par lui qu'il peut naître de nouveau, c'est-à-dire devenir une nouvelle créature formée à l'image de Dieu, et marcher dans le chemin de la sanctification ;
8° Jésus-Christ est reconnu pour seul médiateur entre Dieu et les hommes ;
9° Le ministère évangélique est tenu pour une institution divine; nul ne doit s'y ingérer sans y être régulièrement appelé;
10» L'idée d'Eglise et son unité y sont particulièrement définies ; c'est péché de troubler son unité; nul n'en est vrai membre que sous la condition de la foi, et de la pratique des commandements de Dieu ;
il" L'Eglise se reconnaît à deux signes, le pastoral et l'administration des sacrements institués par Jésus- Christ : le baptême et la sainte Cène;
12° L'Eglise doit avoir un bon gouvernement; les pasteurs, tous égaux en dignité, n'ont aucune supériorité les uns sur les autres.
A cette confession de foi était jointe une discipline qui embrassait, dans ses vastes réseaux, toutes les Eglises et leur donnait un gouvernement dont la base, pour la paroisse, était le consistoire, et pour la confédération des paroisses, le synode général. Elle contenait des régle- 'ments pour l'élection des pasteurs, des anciens, des diacres et des membres des synodes provinciaux et généraux; elle atteignait les pécheurs scandaleux, déterminait la nature des fonctions du pasteur, du diacre et de l'ancien, réglementait les mariages et veillait à ce que chaque membre do la paroisse, sans acception de per-
sonne, fiit au moins chrétien par sa conduite extérieure, s'il ne l'était pas par sa vie intime.
Par leur confession de foi et leur discipline, les réformés se confoimèrcnl autant que possible, vu la faiblesse humaine, aux traditions de l'Eglise apostolique. Pour se guider dans leur travail, ils eurent la sainte Ecriture qui leur fournit tous les matériaux de leur œuvre qui, après trois siècles, témoigne de leur foi et de la sainteté de leur vie. Ce qui étonne dans cette œuvre, c'est qu'elle ait pu voir le jour au milieu des périls dont la Réforme naissante était sans cesse menacée. Si Dieu n'eût pas été luimême le pilote de son navire, il n'était pas possible, à en juger par l'apparence, qu'il n'eût pas sombré sur quelque écueil.
XVITI.
Il fallait, en effet, que la Réforme fût bien vivace etquc le sol français ne lui fût pas contraire, pour avoir pu y enfoncer si profondément ses racines. Un regard porté en arrière fera connaître ce que le catholicisme romain serait devenu si, au lieu des édits do prescription et des balançoires des Valois, il n'avait eu pour se défendre que la voix et la plume de ses docteurs. ' En (1521), la Sorbonne condamne les écrits de Luther et ordonne qu'ils soient brûlés par la main du bourreau. (1524), arrêt du parlement de Paris contre les bla^hémateurs. Arrêt du même parlement qui ordonne de procéder contre les hérétiques. (1525), lettres patentes de Louise de Savoie, régente du royaume, ordonnant la mise à exécution d'une bulle de Clément VII, relativement aux poursuites à e-xercer contre les luthériens. Arrêt du parlement qui oblige les évêques et les archevêques de consigner au greffe de la cour la somme d'argent nécessaire pour poursuivre les hérétiques dans leurs diocèses respectifs. (152G), arrêt du parlement contre les détenteurs de Bibles et autres livres do religion ; ordre aux dits détenteurs de les remettre à qui de droit, sous peine de grosses punitions. (1533), lel'»"" de François 1", enjoignant à l'évèque de Paris de commettre deux
• Drion, Abrég. chron. 1 voL