LIVRE VII
conseillers pour faire et parfaire le procès aux hérétiques qui pullulent dans sa bonne ville de Paris. (153.5), édit do François 1", portant que les receleurs des luthériens seraient punis des mêmes peines qu'eux ; le quart des biens des dénoncés est affecté aux dénonciateurs. (1540), édit de Fontainebleau qui enjoint à tous baillis, sénéchaux, procureurs, avocats, sous peine do suspicion et de confiscation de leurs charges, de rechercher et poursuivre les luthériens et de les livrer aux jugements des cours souveraines. Arrêt du parlement d'Aix qui condamne dix-huit vaudois de Merindol à être brûlés vifs. (1542), arrêt du parlement de Toulouse contre les livres contenant doctrines nouvelles et hérétiques. Lettres patentes du roi enjoignant aux parlements de rechercher et punir les hérétiques. (1543), édit ordonnant aux inquisiteurs de la foi de poursuivre les luthériens et hérétiques comme séditieux et perturbateurs de la paix publique. (1545), lettre de François qui ordonne l'exécution du massacre de Cabrières et de Merindol. Arrêt du parlement de Paris contre les blasphémateurs du saint nom de Dieu. (1547) , édit de Henri II qui défend d'imprimer et de vendre aucun livre touchant la sainte Ecriture, s'il n'a été vu et examiné par la facultéde Paris. (1549), édit du roi qui attribue aux gens d'Eglise le droit de connaître et de juger les cas d'hérésie. (1551), édit do Chateaubriant qui renchérit de rigueur sur tous les autres édits, et livre les hérétiques aux mains des laïcs et des prêtres. (1552), arrêt du parlement do Paris qui défend les écoles buissonnières. (1537), édit qui porte la peine do mort contre quiconque ne professe pas la religion catholique.
A côté des édits de proscription, nous voyons de nombreux bûchers s'élever à Paris, à Lyon, à Bordeaux, à Rouen, à Metz, et dans vingt autres villes. Le cardcur de laine Leclerc s'y trouve à côté du savant Louis de Bcrquin ; le cordonnier Milon, à côté du professeur de droit de Caturco; le prêtre à côté du moine, et cependant ni François 1", ni Henri H, ni Diane de Poitiers, ayant pour les aider des Bcdier, des d'Oppèdo, des Jean Morin, tout le corps des moines et des prêtres, n'ont pu éteindre la Réforme dans le sang do ses fidèles, gllc est tou-
jours debout et, sous les coups de l'arrêt de mort qui pèse sur elle, elle réunit ses tronrons épars d'où doit sortir cette forte Eglise réformée de France appelée à traverser des t(ïmps plus durs que les temps passes, et à triompher de la lâcheté de plusieurs de ses partisans comme de la haine de ses adversaires.
En lisant avec attention l'histoire de ces temps, on reconnaît cependant avec joie que vers 1559 les parlements se relâchèrent un peu de leurs rigueurs. Peut-être furent-ils touchés du courage et de la sérénité des martyrs. Peut-être aussi étaient-ils, à lour insu, sous l'influence des idées nouvelles. Une preuve de cet adoucissement dans la sévérité des peines se trouve dans un arrêt de la chambre des Tournelles, qui condajnna seulement à l'exil quelques jeunes gens atteints et convaincus d'hérésie. '
Cet arrêt causa une vive sensation dans les deux camps: les luthériens y entrevirent l'aurore d'un meilleur avenir; le clergé n'y vit qu'un relâchement criminel dont les suites ne pouvaient qu'enhardir les sectaires et conduire la religion 5 sa ruine: il dénonça l'arrêt de la chambre des Tournelles comme illégal ; ses plaintes furent entendues, et il fut résolu qu'on examinerait l'alfaire dans une réunion générale des chambres du [larlement. Ce fut là la grande nouvelle du jour ; tous les partis avaient les yeux sur la cour; les amis du nouveau culte attendaient d'elle que l'arrêt serait confirmé et que sa jurisprudence adoucie serait érii,'ée en règle générale ; le clergé espérait qu'il serait cassé et que force demeurerait à la loi.
Les chambres du parlement se réunirent le 26 avril 1559 ; les opinions s'y firent jour avec une assez grande liberté. Ceux qui s'expliquèrent le plus nettement furent les vieux conseillers; ceux-là n'avaient rien appris ni rien oublié : ennemis do toute innovation, ils ne concevaient rien de mieux que ce qui était. Ils eussent peut*
• Crespin, liv. vu, p. 458.