‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 15 sur 149 · LIVRE · texte numérisé non relu

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modernes. Ici Dieu se servit des infirmités mêmes de cette nation pour la retirer des langes de la superslilion. Toutes choses le servent : quand il le veut, il se fait confessera Athènes par un juge de l'aréopage, et à Paris par un conseiller du parlement.

Une autre cause delà Réformation fut l'extrême mobilité du caractère de François I". Ami des lettres, ce roi applaudissait aux premiers essais d'indépendance personnelle de ces lettrés et de ces poètes qui devaient illustrer son règne ; il riait avec sa cour des traits acérés lancés contre les moines et le clergé. Rien dans le luthéranisme ne lui fut d'abord antipathique ; il n'en devint l'oppresseur que lorsqu'il comprit que la réformation de l'Eglise entraînait iorcément après elle celle de la royauté. Les feux allumés sous son règne le placent donc au rang des persécuteurs de l'Eglise. Il n'en fut pas moins entre les mains de Dieu un instrument dans son œuvre de régénération.

Une quatrième cause nous apparaît dans la merveilleuse invention de Gutenberg. L'imprimerie vint à point nommé : sans elle, le vieux monde serait demeuré dans l'enfance, l'âge de la virilité n'eût pas sonné pour lui. La presse oH'rit aux hommes d'opposition sa puissante publicité ; le peuple qui ne lisait pas se mil à lire : la lecture le fit penser, la pensée l'émancipa. Quand Dieu veut la fin, il donne les moyens. Il lui fallait l'imprimerie, il en mit l'idée dans le cerveau de Gutenberg.

Une cinquième cause, et c'est la plus puissante, fut la traduction de la Bible, qui restitua à la chrétienté ses droits et révéla aux regards étonnés des ma.sses la dift'érence profonde qui existe entre la foi présente et la foi primitive. La Bible ouvrit aux réformateurs un arNcnal inépuisable de preuves, au moyen desquellesils battirent en brèche les fondements de la pa[iauté. Ce fut donc un grand jour que celui où des presses de Gutenberg sortit la Bible, véritable fat lux pour ces temps ténébreux. Nouveaux mages, les réformateurs ne perdirent jamais de vue cette étoile brillante du matin qui se dégageait, sous le soulfle puissant de Luther, des nuages dans les(]uels Rome depuis des siècles la tenait ensevelie. Sans elle, la Réformalion se fût arrêtée dans sa marche, parce qu'elle eût reposé sur des épaules d'homme ' mais la sainte Ecriture lui donna

pour s'asseoir un roclior contre lequel les porlcs de l'enfer n'ont jamais pu prévaloir. Aux cris do colère que Romo poussa à l'apparition du livre sur lequel elle avait apposé son veto, on peut mesurer son efl'roi. Ce n'était plus désormais avec l'homme qu'elle allait lutter, c'était avec Dieu même. Plus prudente, ou moins avancée dans le mal, elle eût pu, pour se régénérer, profiler de la lumière plus vivo que le soleil qui sortait des presses do l'ouvrier dci génie de Mayence, mais cette lumière l'éblouit; et puis Rome avait fait trop de chemin dans le mal pour en remonter la pente. Elle descendit quelques degrés de plus, et après avoir brûlé des hommes, elle brûla le Livre sacré, qui, phénix immortel, sortait chaque fois plus radieux de ses cendres.

Une autre cause, enfin, qui fit avancer la Réformalion, ce fut le caractère de ceux qui, les premiers, mirent la main à l'œuvre. Ils ne furent pas sans doute tous et toujours irréprochables , hommes, ils payèrent leur tribut à l'humaine faiblesse. Mais on est émerveillé, quand, au flambeau de l'histoire, on voit tout à la fois sur la brèche des iiom rncsa rden Is comme Lu Hier, doux comme Mêla nch thon, décidés comme Zwingle, indomptables comme Knox, convaincus comme Virot, positifs et austères comme Calvin. Non, jamais depuis le temps des apôtres on ne vit pareils ouvriers. Ces ouvriers, il les fallait pour empêcher lo navire do l'Eglise do sombrer sur les ccucils de la papauté.

Telles sont les principales causes do la révolution religieuse du xvi" siècle. Après avoir parlédes réformateurs, nous ne pouvons passer sous silence deux hommes qui aidèrent à démolir l'édifice romain Les réformateurs lOfusèrent l'aide de l'un, et se défièrent de l'assistance de l'autre. Le premier de ces deux hommes est François Rabelais, le célèbre curé de Mcudon, l'autre, l'illustre Erasme , de Rotterdam.

Au moment où la lutte éclata, ces deux hommes avaient une grande célébrité. Trop indépendants de |)ensée pour se courber sous lo joug, mais trop amis do leur repos pour s'élever à la taille de réformateurs, ils com-

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battirent la papauté, rarement en bataille rangée, presque toujours derrière des enabuscades. Français, jusqu'à la moelle des os, Rabelais se fit bouffon , de propos délibéré, pour dire des vérités qui sentaient le fagot; il no parut dans l'arène que chancelant sur ses pieds, la figure barbouillée de lie. On le lut comme on écoutait Pasi]uin; mais ce Pasquin avait une imagination étonnante, une s( ience prodigieuse, un esprit de moquerie qu'eût envié Voltaire. Armé de sa marotte, il fouetta moines, nonnes, abbés, prélats; il les fil monter sur les tréteaux et les immola à la risée publique. 11 savait que le parti dont on rit en France est toujours le parti vaincu. Il fit donc riro du clergé, Beaucoup de ses plaisanteries descendirent dans les masses et leur inoculèrent ces premiers germes d'incrédulité qui devaient plus tard porter de si tristes fruits

Rabelais était sceptique, son entourage l'avait rendu tel. lispi'il ardent, mais nature circonspecte, il se sentit tout le cou rage d'un sa ti I ique, mais n'eut jamais la foi d'un réformateur. Il mourut paisiblement à Meudon dans sa soutane de curé, et dans les rangs de ce mèmectcrgé quo nul, plus que lui, n'avait bafoué. Il n'est donc pas étonnant que les hommes austères de la Réforme aient dédaigné son appui. Ils n'auraient pu l'accepter sans se déshonorer Pour eux donc Rabelais ne fut qu'un profane, l'un de ces aveugles instruments dont Dieu se sert un moment dans son œuvre, et qu'il rejette ensuite comme un vil sarment.

Au moment oh le curé de Meudon préludait à ses hardiesses cyniques, Erasme, dw Rotterdam, révélait dans ses écrits le modèle do la plus parfaite plaisanterie, et se faisait le précurseur d'une révolution religieuse dont il fut le Jean-Baptiste, tant qu'il ne fallut pas dire la véiité à Hérodc.

L'immense réputation d'Erasme donnait à ses écrits une grande circulation : ils étaient entre les mains des masses qu'ils éclairaient. En faisant rire du clergé, il instruisait. Ses Colloques, et la traduction qu'il fit du Nouveau Testament, firent au sein de la calliolicilé une brèche plus grande que ne l'aurait voulu le prudent écrivain. Il désirait bien une réformation, mais il la voulait

36 IIISTOir.E DE LA Klil'OK.MATiOX PRANÇAISE.

calrno, paisible, sans bruit. Quand l'orage; gronda, et que les grands du monde menacèrent les audacieux réformateurs, Erasme ne parut plus ; il se réfugia dans sa tente et entreprit, mais vainement, do cacher sa faiblesse en signalant les fautes des réformateurs. Ce qui caractérise le savant de Rotterdam, c'est un regard d'aigle et un cœur de biche. Nous retrouverons plus tard cet éminent personnage, dont le nom se lie intimement à celui de la Réformation. Si Rabelais fut le précurseur de Voltaire, Erasme fut celui de Sully. Quoi qu'il en soit, la Réforme doit beaucoup à Erasme. Elle peut accepter, jusqu'à un certain point, ses services; elle le renie cependant pour l'un dos siens : car il appartient à la classe de ces hommes qui ont la perspicacité de la vérité, sans en avoir le courage.

XJII.

Tout était prêt pour une réformation religieuse. II ne fallait qu'une occasion favorable pour jeter la i""rance dans la voie d'opposition oh nous la verrons plus tard. Cette occasion arriva à son heure. Avant de raconter comment elle se présenta, il ne sera pas sans intérêt, pendant que le royaume de saint Louis est en apparence si tranquille, de jeter un rapide regard sur l'Allemagne qui est si agitée. Contrairement à l'ordre des choses, ce ne sont ni les princes ni les empereurs qui résistent à la papauté, c'e4 un jeune moine de l'ordre des Augustins. En lisant le récit de sa vie, on éprouve pour ce hardi lutteur un sentiment profond d'admiration. Il est be.iu de le voir combattre d'égal à égal cette fière et terrible papauté, sous le joug de laquelle princes, rois et empereurs se sont si longtemps courbés. Il n'a ni finances, ni arsenaux, ni armées, et ce[iendant il descend hardiment dans l'arène. Cequi lait la force de ce moine, c'est sa foi. Une Bible qu'il a découverte sur les rayons de la bibliothèque d'un couvent est pour son âme ardente, inquiète et affamée de salut, ce que le torrent d'eau vive est [lour le cerf altéré. Dans les pages du Livre sacré, il découvre la condamnation de son Eglise, et cette profonde vérité que le juste ne vit pas d'exercices corporels, mais de foi.

Livn.E I.

La foi transforme Martin Luther, elle en fait un apôtre. Nature ardente, vive, aimante, doué du don do parler et d'écrire, génie perspicace et original, il attaque la papauté avec toute l'ardeur d'un néophyte et tout le courage d'un chrétien. L'arrivée du célèbre vendeur de pardons, Tetzcl, fait éclater l'orage qui fond sur Rome, et lui enlève la moitié des contrées soumises à son obédience.

Le sensuel Léon X s'émouvait moins que son entourage des hardiesses du docteur de Wittemborg : « Co sont, disait-il, en apprenant les nouvelles qui lui arrivaient d'Allemagne, des querelles de moines. » Il fallut cependant que le pontife ouvrit les yeux. 11 le fit, mais trop tard. La lutte avait pris des proportions immenses; le débat était passé de l'école dans l'Eglise, et de l'Eglise dans la rue. Ce qui était dispute avec des moines, des professeurs et des écoliers, était devenu révolution religieuse avec le peuple.

Rome, toujours terrible quand elle frappait, ne le faisait cependant qu'après de mûres réflexions. Si sa dernière arme était un bûcher, sa première était souvent la tentative de la persuasion. Elle essaya de rnmener à de meilleurs sentiments le moine insurgé. Bonne et tendre mère, l'Eglise pardonnera tout, si frère Martin se rétracte. Frère iMartin ne se rétracta pas. Cajoleries, menaces, promesses, tout échoua devant la volonté inflexible de Luther, qui dit aux envoyés du pape : « Prouvez-moi, par la sainte Ecriture, que je me trompe, et jn rae rétracterai, s C'était leur demander l'impossible. Au lieu donc d'une rétractation pure et simple qu'attendait Léon X. il reçut un refus. C'est alors que le pontife s'arma de toutes ses foudres et les lança contre le hardi docteur de Wittemberg. Ecoutons-l« :

« Léon, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, pour mémoire perpétuelle de la chose.

» Levez-vous, SeiL-neur, et jugez votre cause; souvenez-vous des insultes qu'on vous fait, de celles que vous font les insensés tous les jours , inclinez votre oreille à nos prières , car des renards ont surgi qui cherchent à dévaster votre vipne, celle dont vous avez foulé le pressoir et dont, en remontant à votre Père, vous avez com-

38 niSTOIl'.E DK LA RKFORM ATKiN FIIANÇAISE.

mis le soin, le gouvernement, l'administration à Pierre, comme au chef et à votre vicaire, ainsi qu'à ses successeurs, à l'instar de l'Eglise triomphante. Le sanglier de la forêt s'elTorce de l'exterminer, el une bête singulièrement farouche la ravage. »

Après avoir associé à sa cause Dieu, le clergé, Pierre, Paul et l'Eglise, Léon X fait l'historique de toutes les hérésies qui ont désolé la chrélienté, et rappelle les condamnations dont elles ont été frappées; puis il énumère les thèses que Luther a fait imprimer el afficher sur les murs de la cathédrale de Witlemberg.

(I Nous donc, ajoute le pape, après de longs, de mflrs, de soiyneux examens, discussions et délibérations avec nos frères les cardinaux, des prieurs ou des généraux d'Ordres, des professeurs ou docteurs en théologie, ainsi que dans l'un ou l'autre droit, nous avons trouvé lesdites propositions respectivement hérétitiues ou- scandaleuses, ou non catholiques, mais conlrainis à la tradition et à la doctrine de l'Eiilisc, à l'inlerprétation vraie ou commune des divines Ecritures. »

En conséiiuence, de l'avis et de l'assentiment des cardinaux, après mûre délibération sur chacun desdits articles, par l'autorité du Dieu tout-puissant ainsi que des bienheureux apôtres Pierre et Paul et par la sienne, le pape Léou X condamne ces propositions comme respectivement hérétiques, ou scandaleuses, ou fausses, ou choquant les oreilles pieuses, ou capables de séduire res[irit des simples, et contraires à la vérit('' catholique; fait inhibiliun, sous peine d'excommunication el de privation lie toutes dignités, châtiments encourus par le simiI lait de croire ces propositions ; il lait défense de les soutenir, t mémo de les favoriser, de les prêcheret de souffrir que d'autres les ensiiignenl directement ou indirectement, tacitement ou en termes exprès, en public ou en particulier, ordonnant aux ordinaires el autres de laire une exacte perquisition des écrits qui contiennent ces propositions et de les faire brûler solennellement en présence du clergé et devant tout le peuple, sous les mêmes peines.

Léon X expose ensuite tout ce qu'il a fait pour ramener Luther dans la bergerie, et comment t'>"s ses efforts

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