LIVRE VII
être voté un surcroîtdepénalité, jamais un adoucissement; ils opinèrent les premiers ; leur tâche était facile : il no faut pas grand cfTort d'esprit et d'intelligence pour se faire l'avocat do l'immobilité.
Après le tour des vieux conseillers vint celui des jeunes; leur langage (ni tout dillércnt: des voix courageuses s'élevèrent conlre la barbarie des lois existantes;(]uel'|U(!Suncs mêmes osèrent soutenir qu'il fallait surseoir à touto persécution et demander la convocation d'un concile, attendu que personne no pouvait dire si les opinions nouvelles étaient hérétiques.
Henri II, apprenant que plusieurs conseillers de la cour étaient accusés de luthéranisme, n'ssenlit une violento colère; quelijues jours apiès, suivi des grands de sa cour, parmi lesquels on remanjuait les ducs do Lorraine et do Guise, il entra dans le parlement: cette arrivée à l'improviste, combinée par les ennemis des réformés, surprit ceux des conseillers qui n'étaient pas dans lo secret. Qiiand le roi parut, la cour se leva et s'inclina; d'un air noble et grave, le Iront chargé d'orages, Henri II monta sur le trône qui lui était réservé comme chef du parlement; quand on eut fait signe aux conseillers do s'asseoir, le roi prit la parole: «Puis(|ue Dieu daigne, dit-il, consolider la paix du royaume par le mariage de ma fillo et de ma sœur, rien ne me sera plus agréable que de voir mettre un terme aux divisions religieuses qui agitent la France ; je sais que le parlement s'occupe de ces graves questions; je viens assistera ses délibérations afin quo ma présence leur donne plus de poids.» Henri II so tut. Le cardinal de S'!ns se leva etdit à la cour que Sa Majesté voulait qu'elle continuât à délibérer et que chacun dît son opinion en toute liberté. Les conseillers, soit qu'ils no crussent pas au danger, soil qu'ils eussent le courage do leurs convictions, parlèrent avec autant de liberté dans l'intérêt do la tolérance que ceux qui avaient déjà parlé l'avaient fait dans celui du statu qua. La présence du roi, loin do les effrayer, les encouragea; plusieurs même ne craignirent pas de flétrir la corruption de la cour de Rome et de réclamer un concile; quelques autres firent ressortir avec énergie qu'on punissait des innocents, tandis que leurs persécuteurs étalants couverts de vices
et de crimes qu'on supportait. C'était hardi et noble do leur part ; le conseiller Anne Du Bourg fut de tous celui qui stigmatisa lo plus les persécuteurs implacables des prolestants. Il rendit grâce à Dieu de ce que ]e roi pouvait enfin entendre la vérité; il s'attacha h prouver que c'était la cause du Seigneur /esus-C/jribi qui était poursuivie dans le luthéranisme, et que ce n'était pas chose légère do livrer aux flammes des hommes qui en mourant invoquaient lo nom du Rédempteur.
Pendant qu'Anne Du Bourg parlait, le garde des sceaux était pâle et tremblant ; il craignait que l'éloquence du hardi conseiller n'influençât le roi ; il pouvait être sans crainte ; l'indolence, l'orgueil et une vie dissolue avaient paralysé la conscience de l'amant do Diane de Poitiers. Plus irrité que touché de tout ce qu'il venait d'entendre, le roi dit qu'il y avait dans le parlement des bons et des méchants ; qu'il fallait maintenir les uns et frapper les autres. Ces paroles à double sens trouvèrent leur commentaire dans l'arrestation de l'intrépide Anne Du Bourg, du conseiller du Faur, et de trois autres qui, après lui, avaient parlé avec le plus d'énergie; ils furent jetés dans les cachots de la Baslillo. Ce jour-là la dignité de la magistrature fut violéo par le chef de l'Etat, qui en est l'e naturel protecteur.
Henri 11, irritédes tendances du parlement, évoqua devant sa cour l'arrêt de la chambre des Tournelles; des instructions très sévères furent données aux parlements et aux tribunaux afin qu'ils agissent avec beaucoup d'énergie contre les novateurs; il y déclarait que désormais la - grande affaire de son règne serait l'extirpation de l'hérésio. *
C'est au milieu des dénonciations et des apprêts de supplices que la cour se préparait à de brillantes fêtes. Henri II se disposait à célébrer un double mariage, celui de sa sœur Marguerite avec Emmanuel Philibert, duc do Savoie, et celui de sa fille Elisabeth avec Philippe II, roi
' Edit d'Ecouen, juia 1559.