‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 143 sur 149 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

«Vers deux heures du matin, dit M. Mignet, le mercredi 21 septembre, l'empereur sentit que ses forces étaient épuisées et qu'il allait mourir; se prenant lui-même le pouls, il remua la tête comme pour dire : tout est fini. Il demanda alors aux religieux do lui réciter les litanies et les prières pour les agonisants, et à Quijada d'allumer les cierges bénits. Il se fil donner par l'archevêque le crucifix qui avait servi à l'impératrice dans le suprême passage de la vie à la mort, le porta à sa bouche cl le serra deux fois sur sa poitrine; puis ayant le cierge bénit dans la main droite, que soutenait Quijada, tendant la maia gauche vers le crucifix que l'archevêque avait priset tenait (levant lui, il dit : C'est le moment. Peu après il prononça encore le nom de Jésus et il expira en poussant deux ou trois soupirs. » '

Ainsi finit Charles-Quint; douze ans auparavant, Luther avait terminé sa carrière terrestre. Par la mort du moine et de l'empereur, le seizième siècle avait perdu ses deux plus grands hommes. Placés chacun dans un camp opposé ils commencèrent une lutte qui dure encore. L'empereur avait pour faire triompher sa cause de vaillantes et nombreuses armées, un nom magique, tout l'or du nouveau monde, une habileté politique qui n'a pas été surpassée, un pouvoir qui s'élendoit si loin que le soleil ne se couchait pas sur ses vastes E.tnts; le moine n'avait pour faire Iriomphor la sienne que sa robe de bure et sa liibie. Le signa! du combat fut donné ; qui fut vainqueur dans ctl'.e lutle en apparence si inégale? Le moine: après trois siècles son œuvre est debout... et de Charles-Quint il ne reste iju'un grand nom.

L'un combattit pour le Christ, l'autre pour le pape.

1 M. Mignet, Charles-Quint, snn abdicalion, son séjour et sa mort au monastère de Saint-Just, 3' édit. C'est de ce remarquable livre que nous avons tiré les détails de la mort de Cliailes-Quint.

390 niSTOIRE DE LA RÉFORMATION FRANÇAISE.

Ln prcmior se confia dans sa foi, le second dans ses armées; le temps, qui met chaque chose à sa place, a fait Jo silence autour de la tombe du puissant empereur, pendant que les générations s'agitent autour do celle du pauvre moine; ce n'est que justice : Charlcs-Quint est uu mort, Luther est un vivant.

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