XIII« SIÈCLE
« Les mœurs du clergé, particulièrement du clergé séculier, n'étaient pas Irès-édifianles; en supposant même que les écrivains de ce siècle, comme ceux de tous les autres siècles, aient exagéré le récit des désordres dont ils se plaignent, toujours serait-il difficile de n'en pas concevoir une affligeante idée. L'apprentissage des vices se faisait le plus souvent dans les écoles, et plusieurs causes concouraient à prolonger dans le cours de la vie les habitudes déplorables que les ecclésiasiiques avaient contractées durant leur jeunesse. Ces causes étaient, pour les uns, une ignorance profonde; pour les autres, la plus fausse science; pour presque tous, la science universelle qu'avaient amenée les irruptions des peuples barbares et les expéditions tumultueuses des croisés; pins généralement encore l'affaiblissement et la subversion de l'ancienne discipline canonique. Les élections tombaient à tel point en désuétude, que Philippe- Auguste les trouva tout-ù-fait abolies en Normandie lorsqu'il conquit celte province. 11 les y rétablit pour les évêchés et pour les abbayes même. Jean-sans-Terre s'était emparé du droit de disposer de ces dignités, et après les avoir laissées longtemps vacantes pour s'en ntlribuerles revenus, il les conférait à son gré à ses créatures. De leur côté, les papes se réservaient la nomination à plusieurs bénéfices, et les donnaient à des sujets qui ne résidaient point; ce fut ainsi que, par exemple, malgré les réclamations des chapitres, Innocent III disposa delà trésorerie d'un canonicnt de
ÎÎOTES.
Lizieux et de plusieurs prébendes des Eglises de Laon et de Marseille. L'niilOrilé des supérieurs immédiats ou ordinaires éuiit entravée ou annulée par les mandats apostoliques et les appels en cour de Rome. Un mandataire ou commissaire pontifical venait exercer au sein d'un diocèse une puissiince supérieure à celle de l'évèque, et réformer ses jugements. Un simple appel suffisait pour suspendre l'exécution des sentences épiscopales. Les clercs, usuriers, joueurs, libertins, n'avaient qu'à recourir au saint-siége pour mépriser les réprimandes et les menaces. Nous voyons un évêque de Limoges, entre plusieurs autres prélats, se plaindre amèrement de cet alius, et le pape Innocent II n'y apporter d'autre remède que de proscrire un délai après lequel les clercs, s'ils n'ont pas poursuivi leur appel, seront tenus d'obéir à leur supérieur immédiat. La cour de Uome, pour élablir s:i- riominaiion univcrseUe, avait besoin de trouver partout des appuis, noa-seulcment dans la piété na'ive d'rr quelques ecclésiastiques, mais aussi dans les vices du plus grand nombre, et d'intéresser à sa cause tons ceux A q>ii leurs dérèglevxcnts scandaleux rendaient nécessaire une protection lointaine et suprême. Dépouillés ainsi do leur autorité immédiate sur leurs inféri(!urs, les prélats s'en dédorniuageaient en imitant le souverain pontife dans ses entreprises contre les princes. Saint Louis vit ses officiers excommuniés et des diocèses entiers mis en interdit par l'arcbevêque de Rouen et l'évèque de lîeauvais, à l'occasion de quelques démêlés sur des droits purement temporels. Ce pieux monarque sut opposer à ces excès une fermeté victorieuse; mais quelque elfort qu'il ait fait pour confirmer les usages et les privilèges des Eglises, pour empêcher les exactions de la cour romaine, pour maintenir ou rétablir les élections, il ne faut pas estimer, dit Pasquier, qu'il y ail apporté médecine accomplie; car te mal a pris ses racines de trop loin, et encore Dieu voulait affliger son Bijlise d'une grande traînée de maux, n [Uisl. tilt., tom. xvi, page 12 à 13.)
Note IV, page 17.
li'aDcIcn tarSf «iCH intliitgcnco» et ^iSlâoIutloas do rcgllso l'oiiiaSne.
a Au sujet des indulgences, nous nous sommes borné à renvoyer aux auteurs le journal rC/nircrs, ce grand redresseur de torts, le même qui s'indigne que l'on prête à la papauté une médaille de la Saint-Bartiiélemy, ayant naguère (n" du 24 mai 1854) traité d'invention protestante ]a iarU des pémlGnea^ catholiques, où l'absolution de chaque ciime, quel qu'il fût, était évaluée en argent comptant. Nous ne croyons pas inutile d'entrer ici dans quelques détails.
NOTES
» L'invention protestante que signale l'Univers, c'est le livre intitulé : « Taxe des parties casuelles de la boutique da pape, en latin )) et en français, avec annotations précises des décrets, conciles et S) canons, vieux et modernes, pour la vérification de la discipline » anciennement observée en l'Eglise. » (Lyon, 1S64. In-8.)
» Que cet ouvrage ait été publié par un protestant, cela est incontestable. C'est un consciencieux écrivain, Antoine du Pinet, sieur de Nauroy, qui l'édita, après avoir embrassé la religion réformée. Mais il ne s'agit pas de jouer sur les mots. Cette édition de la taxe romaine est-elle unique? est- elle sans précédent? Du Pinet est-il l'auteur du fond même de cet ouvrage ? l'a-t-il inventé, enfin ? car là est la question. Or voici la réponse :
« Les catholiques, dit la France protestante (t. iv, i). 44), ont » voulu nier l'authenticité de celte taxe hideuse, et ont prétendu » qu'elle n'avait jamais été sanctionnée par la cour de Rome. Mais » on leur a répondu que si les papes avaient désapprouvé et con- » dimné cet horrible tarif, comme ils le prétendent, il n'en aurait » pas été fait depuis 1471 , date delà première édition publiée à » Rome, tant de réimpressions successives,' non seulement à » Cologne « en iolu ell522), à Paris (en ioSO in-4", 1531, J533, » ■lo4.5, in- 16) à Venise (en 1332 et ioSi), mais à Rome même » (1486.1492,1503, 1508, 1509, 1512, 1514), sans parler de » deux éditions sans millésime, publiées entre 1472 et 1486, sous ;> les yeux de Sixte IV, d'Innocent VIII, d'Alexandre VI, de Pie Ilf, » de Jules II et de Léon X. Rien donc de plus authentique que cette » taxe qui tarife l'absolution du meurtre, de l'inceste, du viol, des » crimes les plus abominables, au même prix à peu près que celle » de la transgression des lois de l'Eglise sur le jeûne et l'absti- * nence des viandes, c'est-à-dire à quelques écus. »
» II faut ajouter que du Pinet, loin de rien exagérer, n'a même pas reproduit toutes les abominations contenues dans l'original latin et que divers critiques l'en ont blâmé, croyant qu'il s était fait un devoir de supprimer les passages les plus infâmes. Mais Bayle conjecture avec plus de vraisemblance qu'il avait suivi l'édition que les princes protestants firent insérer dans les Centum gravainina.
)i list-il besoin maintenant d'expliquer comment et pourquoi l'Univers:, ayant à choisir entre tant de textes origiiiaux qui lui crèvent les yeux, s'en va prendre précisément une traduction qu'il qualifie d'invenlio7i protestante ?
» On voit, par ce nouvel exemple, qu'il ne faut pas croire sur parole l'Univers et consorts lorsqu'ils décernent au protestantisme français de ces brevets d'invention et autres. Qu'ils gardent donc ce qui leur appartient en propre et ce qu'ils savent si bien exploiter, r.on sans garantie de qui de droit.» {Bulletin de l'Ni.itoire diiproleslantisme, année 1834, page 210.J
NOTES
Noie V, page 43.
Fragment cin itisconra (|iio linthcr prononçn & XV^t' tcinberg h son retour Un chîVtcaii de la Wartbourz (1533).
Ce discours est un résumé de l'Evangile; en voici quelques traits :
« Il m'est encore donné de faire retentir l'Evangile à vos oreilles. Il vous est encore donné de profiter de mes exhortations. La mort viendra insensiblement, et nous ne pourrons plus nous faire du bien les uns aux autres. Combien n'est-il donc pas nécessaire que chacun rie nous soit muni des principes qui doivent le soutenir à cette heure redoutable ! Ces principes, ce sont les grandes doctrines du christianisme. En les recueillant dans votre mémoire, vous agirez en hommes sages, et vous serez forts contre les attaques de l'ennemi. Je vous les ai expliqués souvent dans des occasions précédentes, et vous m'avez accordé une aimable et indulgente attention. Aujourd'hui je serai aussi bref que possible.
» El d'aijord, que nous soyons de notre nature enfants de colère et que toutes nos pensées, nos affections et nos œuvres ne servent de rien, c'est là une vérité fondamentale. Nous devrions avoir toujours à notre disposition quelque passage solide de l'Ecriture qui la prouve. La Bible est pleine de déclarations qui renferment l'essence de cette doctrine ; mais le troisième verset du ii« chapitre aux Epliésiens va plus directement à ce but. Imprimez-le dans votre esprit : Nous soinmes tous, dit l'Apôtre, enfants de colère.
» Secondement, le grand et miséricordieux Jéhoyah nous a envoyé son fils unique, afin que nous crussions en lui, et que par la foi en ce Sauveur nous fussions affranchis de la loi du péché et devinssions les enfants de Dieu. A ceux qui croient en son nom, dit saint -lean, il leur a donné le droit de devenir enfants de Dieu. Pour défendre cet article, nous devrions pareillement nous munir de preuves tirées de l'Ecriture, et qui, semblables au bouclier d'Achille, nous servissent à repousser les traits enflammés du malin. Cependant, pour dire la vérité, je ne vous ai point trouvé en défaut dans la connaissance de l'un ou de l'autre de ces points fondamentaux de la religion chrétienne, .l'ai souvent prêché, devant vous, sur ces articles, et, je n'ai pas honte de le reconnaître, plusieurs d'entre vous sont beaucoup plus en état que moi de les défendre pnr l'autorité de l'Ecriture.
» Mais il est un troisième point, mes chers amis, qui doit captiver voire attention, — c'est que nous devons nous faire du bien les uns aux autres, à l'exemple de Jésus-Christ, qui nous a montré son amour par ses œuvres. Sans cet amour, la foi osl une spéculation froide et de nulle utilité. Aussi saint Paul dit-il : Quiud même je
ITOTES.
parlerais toutes les langues des hommes et celle des anges, et que j'aurais toute la foi jusqu'à transporter les montagms, si je n'ai pas la charité je ne suis rien. A cet égard, cliers amis, vous Cles encore bien en arrière. Je ne puis même découvrir en vous la moindre trace d'amour : preuve évidente que vous n'êtes pas reconnaissants envers Dieu de ses riches miséricordes.
» Prenez donc garde que Witteraberg ne ressemble à Capernaiim; vous pouvez discourir à merveille sur les doctrines que je vous ai prêchées; vous pouvez disserter ingénieusement sur la charité; mais tout cela ne fait pas un chrétien. Le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en vertu, c'est-à-dire en œuvres et en pratiques. Dieu aime ceux qui accomplissent sa Parole dans la foi et l'amour, non ceux qui se contentent de l'écouter, et qui, semblables à des perroquets, ont appris à répéter couramment certaines phrases. Encore un mot : la foi sans amour est un songe, un fantôme de foi; ce n'esi pas la foi véritable, comme L'apparence d'un visage dans une glace n'est pas le vrai visage.
» Quatrièmement, continue Luther, nous avons besoin de patience. Il faut qu'il y ait des persécutions. Satan ne dort jamais. Il est toujours occupé à imaginer quelque chose de nouveau pour exercer notre patience. Or la patience produit l'espérance. Le chrétien apprend à remettre sa cause à Dieu ; sa foi augmente de plus en plus, il se fortifie de jour en jour.
» Le chrétien, enrichi de ces dons spirituels, songe peu à son propre avantage; plein de bienveillance envers son frère, il renonce pour l'amour de lui à des choses qu'il serait libre de pratiquer. Tout m'est permis, dit saint Paul, mais tout ne convient pas. Tous n'ont pas fait les mêmes progrès dans la foi.
» Pour parler clairement, supportons les infirmités de nos frères, donnons-leur du lait pour nourriture. Ne soyons pas si égoïstes que de vouloir arriver seuls au ciel; efforçons-nous de les gagner par l'amour, et de nous en faire des compagnons dans le chemin qui mène aux demeures dos bienheureux, quoique pour le moment ils soient peut-être indisposés contre nous. Si j'avais été au milieu do vous, lorsque dernièremerrt vous abolissiez les messes, j'aurais tout fait pour modérer votre impétuosité. Votre cause était bonne, mais vous l'avez défendue avec trop de violence. Il y a, je l'espère, dans le parti opposé, plus d'un frère et d'une sœur qui nous appartiennent et qu'il faut altirer à nous par des cordages d'amour. Que votre foi soit ferme comme le roc, mais que votre charité soit flexible, qu'elle se plie aux circonstances de vos semblables. Quelques-uns ne peuvent que se traîner ; d'autres marchent gaîment; d'autres, enfin, sont légers au point de pouvoir presque voler. »
NOTES
Noie VI, page 45.
« Léon X a été jugé avec indulgence par los hisloriens catholiques dont quelques-uns lui ont donné des mœurs pures. Un historien dont le nom fait autorité, M. Miguet, en pnriant de sa mort dan; un article remarquable inséré dans la Revue des Deux Mondes (1858), ne juge pas autrement que nous le trop célèbre poutife. »
Note VII, page 48.
« L'occasion de déployerson zèle dans une vocation nouvelle ne se fit pas longtemps attendre. Sam^on, le fameux marchand d'indulgences, s'approchait alors à pas lents de Zurich; ce misérable trafiquant était arrivé de Zurich à Zoug le 20 septembre 1518, et y était resté trois jours. Une foule immense s'était rassemblée autour de lui. Les plus pauvres étaient les plus ardents et empêchaient ainsi les riches de venir ; ce n'était pas le compte du moine; aussi l'un de ses serviteurs se mit à crier à la populace : Bonnes gens, ne vous pressez pas si fort! Laissez venir ceux qui ont de l'argent ! Nous chercherons ensuite à contenter ceux qui n'en ont pas. Un jour, SiTmson et sa haride se rendirent à Lucerne, de Lucerne à Undervald; puis, traversant les Alpes fertiles, de riches vallées, passant au pied des glaces éternelles de l'Oberlanil, et exposant, dans ces sites les plus beaux de la Suisse, leurs marchandises romaines, ils arrivèrent près de Berne. Le moine reçut d'abord ■ défense d'entrer dans la ville; mais il parvint enfin à s'y introduire an moyen d'intelligences qu'il y entretenait, et s'étala dans l'église Snint-^'i^cent. î.à il se mit à crier plus fort que jamais. « Voici, disait-il aux riches, des indulgences sur parchemin pour une couronne. Voilà, disait-il aux pauvres, des absolutions sur papier ordinaire pour deux batz ! « Un jour un chevalier célèbre, Jacquesde Stein, se présenta à lui caracolant sur un cheval gris pommelé; le moine admirait fort le cheval. « Donnez-moi, dit le cavalier, une indulgence pour moi, pour ma troupe forte de cinq cents hommes, pour tous mes vassaux de Belp et pour tous mes ancêtres; je vous offre en échange mon cheval gris pommelé. » C'était demander beaucoup pour un cheial. Cependant le coursier plaisait au carme déchaussé. On tomba d'accord; la bête entra dans l'écurie du moine, et toutes ces âmes furent déclarées par lui exemptes à jamais de l'enfer. Un jour un bourgeois obtint de lui pour treize florins une indulgence, en vertu de laquelle son confesseur était autorisé de l'absoudre, entre autres choses de toute espèce de parjure. On avait tant de respect pour Sainson que le conseiller i\lay, liommc âgé et d'un esprit éclairé, ayant dit contre lui quelques mots, fut obligé de demander pardon au moine orgueilleux en se mettant à genoux devant lui.
« C'était le {leriiicr jour, un son bruyant de cloches annonçait à Berne le départ du moine. Sanison était dans l'église, debout sur les marches du maître-autel. Le chanoine Henri Lupulus, autrefois maître de Zwingle, lui servait d'interprète. «Quand le loup et le ren'ïird se mettent ensemble en compagne, dit le chanoine Aiishelm, en se tournant vers !e schultliein de AVatleville, le plus sîir pour vous, gracieux seigneur, est de mettre proinptement en sûreté vos brebis et vos oies. » Mais le moine se souciait peu de ces jugements, qui d'ailleurs ne parvenaient pas à ses oreilles. « Tombe/. A genoux, dit-il ù la foule superstitieuse, récitez trois /'a/rr, trois Ave Maria, et vos âmes seront immédiatement aussi pures qu'au moment de votre baptême. » Alors tout le monde .s'agenouilla, puis, voulant se surpasser lui-même, Samson s'écria : « Je délivre des tourments du purgatoire et de l'enfer tous les esprits des Bernois trépassés, tels qu'aient été le genre et le lieu de leur mort! » Ces bateleurs gardaient comme ceux des foires leur pins beau coup pour le dernier.
» Samson s'achemina chargé d'argent, vers Zurich, en traversant l'Argovie et Bade. .4 mesure qu'il avançait le carme, dont l'apparence était si chétive en passant les Alpes, marchait avec plus d'éclat et d'orgueil. L'é\êque de Constance, irrité de ce qu'il n'avait pas vouln faire légaliser par lui ses bulles, avait défendu à tons les curés de son diocèse de Ini ouvrir leurs églises. A Bade, néanmoins, le curé n'osa s'opposer longtemps à son trafic. Le moine, redoublant d'efiVoiiterie, faisant à la tête d'une procession le tour du cimetière, semb'ait fiver ses regards sur quelque objet dans l'air, tandis que ses acolytes chantaient l'hymne des morts, et prétendant voir les âmes voler du cimetière dans le ciel, .s'écriait : « Ecce volant I voyez comme elles volent I » Un jour, un homme de l'endroit se jette dans la tour de l'église et monte au clocher. Bientôt une multitude de plumes blanches voltigent dans les airs, recouvre la procession étonnée. « Voyez comme elles volent ! » s'écria le plaisant de Bade, en secouant un coussin du haut de la tour. Beaucoup de gens se mirent à rire. Samson, irrité, ne s'apaisa qu'en apprenant que cet homrne avait quelquefois la tète dérangée; il sortit de Bade tout honteux. « {[list. de la Réformalion, par Merle d'Aubigné, vol. 2, p. 428 et 430.)
Notevui, page CO.
hobcrtde Sorbon, savant docteur de son temps, né en 120!, i Sorbon, près de Rethel, et mort en 1274, se rendit célèbre par ses prédications et devint le chapelain de saint Louis. iXommé chanoine honoraire de Cambrai en J251, i! fonda une société d'ecclésiastiques séculiers qui, vivant en commun, et ayant les cinses nécessaires à la vie, n'étaient occupés que de l'étude et enseignaient
NOTES
giatnilemcnt. Le hul de Robert de Sorbon était de donner aux éludes ecclésiasiiqucs la plus grande extension. Des cours publics furent fondés dans le bâtiment où se réunissaient les prêtres chargés des leçons. Ce bâtiment prit plus tard le nom si célèbre de la Sorbonne. Construit au xiu'^ siècle, il fut réédifié par llichelieu.
La Sorbonne ne larda pas à devenir célèbre. Ce corps enseignait les hautes études Uiéologiques, et ses décisions avaient force de loi. Plusieurs hommes éminents sont sortis de son sein. La philosophie d'Arislote qui régnait au milieu d'elle, l'orgueil de caste, la haine de toute innovation, l'empèciièrent de se livrer à un examen sérieux des idées luthériennes quand elles éclatèrent. Elle ne croyait pas à l'infaillibilité du pape, mais elle croyait à la sienne; elle fit plus d'une fois monter ses averlissemenls jusque vers le saint siège; aux yeux de l'Eglise gallicane elle était le concile subsistant des Gaules.
La Sorbonne se trouva mêlée à toutes les guerres de religion; elle se montra toujours opposée à la Réforme, et fut le rempart du catholicisme, dont elle fut l'incarnation vivante; immobile comme lui, elle ne voulut jamais rien céder. Elle mit constamment sa gloire à représenter le passé sans tenir aucun compte du présent; son esprit persécuteur se réveilla quand les jansénistes, protestants inconséquents, enseignèrent le dogme de la grâce ; Port-Royal détruit fut son œuvre, mais ce fut la dernière. Ce que ni Calvin, ni Pascal, ni le grand Arnaud ne purent l'aire, le souffle de Vollairo le fit. Du pliilosophisme du XV!!!" siècle naquit l'Université française, qui reçut en 1808 le bâtiment où pendant six cents ans les Sorbonnisies avaient rendu leurs oracles et lancé leurs foudres contre toutes les hardiesses de la pensée.
Noie IX, page 73.
Ui.<;lniE-o il'iin niolno rncontéo par Inf-niSmc, trntlnltc da
laiîn, (î'Oycz Gcrdcsnis, lUstoria chrtstianismirvnovaliftom.lv,)
« François Lambert, d'Avignon, inutile serviteur de .Icsus-Christ, au pieux lecteur, que la grâce et la paix te soient doinices en Jésus- Christ.
)) Reçu autrefois dans l'ordre des niinorilos qui prennent le titre d'observants, j'ai [jcndant plusieurs années, revêtu du cosluîiic de leur ordre, annoncé la Parole de Dieu dans plusieurs cnnlrées. Dcrnièrenicnt j'ai été poussé à quitter leur habit et leur sociélo. Il est donc nécessaire que j'en fasse connaiire les causes et (juc je donne les raisons de ma manière d'agir. Si je ne le faisais pas, les siniples s'en scandaliseraient, ne comprenant pas que j'aie pu le faire chrétiennement. A cet effet j'ai composé deux traités : dans lo premier, c'est celui-ci : j'expose quelques-unes des causes de ma
NOTES
sortie de chez les minorités ; dans le second , je Tais connaître quelles sont les règles de l'ordre de ces moines, et ce qu'il faut en penser.
» Qnand tu les auras lue, non-seulement lu ne seras pas, cher lrr!cur, scandalise de ma conduite, mais tu seras convaincu que j'ai bien agi. Adieu, et que la grâce de Jésus-Christ soit avec loi !
» Dans la ville d'Avignon, célèbre cité des Gaules, ayant perdu Irès-jeune mon père, je me sentis attiré à Dieu par son Esprit. Ce qui me frappa surtout dans cette ville, ce fut la beauté extérieure des minorités appelés observants , et leur grande apparence de sainteté. Dans ma simplicité d'eufant, je croyais que chez ces moines l'intérieur répondait à l'extérieur. Chez eux j'admirais la décence des vêtements, l'humilité de la physionomie, le baissement des yeux . la douceur de la voix, le croisement des bras, la grâce des gestes. J'admirais leurs pieds nus, leur tète rasée et découverte, et autres choses semblables. î\Iais ce que je ne connaissais pas chez eux, c'étaient leur esprit de renard et leur cœur de loup caché sous la toison de brebis.
» Quand je les entendais dans leurs assemblées publiques, je me sentais attiré vers eux et croyais que ce qu'ils faisaient était agréable à Dieu. Quand mensongèremcnt ils m'entretenaieut de la rie du couvent, du repos du cloître, de l'avantage des éludes et autres choses semblables, ils m'enthousiasmaient. Mais ce qu'il aurait fallu me révéler, ils me le cachaient soigneusement.
» 5Ie sentant de plus en plus attiré vers eux, je fus à l'âge de q4iinze ans reçu dans leur ordre à .•Vvignon. Je fus grossièrement trompé ! Mais Dieu permit que je le fusse afin que je connusse plus lard sa propre sagesse. Je ne doute pas que ce ne fut par un effet de sa Providence que je me sois trouve au milieu d'eux, alin qu'après avoir été trompé par leur apparence extérieure, je sortisse de leur couvent par la connaissance de la vérité, pour révéler aux autres tout ce qu'il y a de pourriture dans ces sépulcres blanchis.
» Pendant l'année de mon noviciat, ils me cachèrent soigneusement tout ce qu'il y avait de mal chez eux, dans la craiute que je ne les quittasse. C'est ce qu'ils font toujours avec leurs novices, parce qu'ils sont assurés qu'en faisant connaître ce qu'ils sont, personne ne voudrait se faire recevoir chez eux; le noviciat fait, ils ne craignent plus rien, assurant hardiment que c'est un péché irrémissible d'abandonner leur maison.
» Mon noviciat accompli, ûgé de quinze ans et quelques jours, je fis mes vœux, sachant à peine ce que' je faisais. Je ne tardai pas à connaître le couvent, et comment l iotérieur y répondait peu à l'extérieur. .Me sentant donc trompé dans mon attente, j'étais triste, affligé et languissant ; mon esprit n'avait pas de tranquillité et mon cœur manquait de ce repos que j'avais tant désiré. Je gémissais do vivre au milieu de tous ces impies.
NOTES
» Appelé plus tard au tniiiistèrc de la Parole, je fus (ourmcnlé parles inirioriles, parce que je ne prêchais pas pour leur cloître. Et [)erida!il (|ue le peuple ccDUiait avec avidilé mes discours, rrs inaliiciircux, sourds comiiio îles aspics, fermaieut leurs oreilles et iiié|)r!saiciit la Parole du Trés-IIaiit ; ils disaient que j'tïlais un flatteur et un corrupteur de la Parole de Dieu. J'étais doue toujours avec eux en dissension.
» Après plusieurs années, je fus nommé missionnaire apostolique. Dans ces nouvelles fonctions, outre les diflicultés attachées à mon ministère, ces moines m'étaient une croix continuelle. La charge de missionnaire apostolique consiste à aller, comme les apôtres, | prêcher l'Evangile dans le monde, partout oii l'occasion s'en pré-! sente. Pendant donc qu'avec une peine infinie je remplissais mes fondions, les minorités s'elTorçaicnt de détruire par leurs calomnies ce (juc Dieu daignait faire par moi. Comme je les voyais furieux et livides de haine, je ne voulus pas me servir de tous les moyens que j'avais d'exercer ma charg; ; cela ue les loucha pas, et ils ne cessèrent pas de persécuter le pauvre serviteur de Jésus- Christ.
» Souvent, quand, fatigué par mes nombreuses prédications, j'entrais dans leur couvent, ces nuVh-ints, qui auraient dil me donner des réeon)penses, me soldaient en mccliancelé ; les médisances, les railleries étaient le pain de chacun de mes repas. Comme à cause de la l'aiblesse de mon corps je ne pouvais voyager à pied, ils espéraient par ce moyen m'empêchcr de vaquer au ministère. Ils permirent néanmoins (|ue nies amis missent des ânes !\ mon service ; mais dans leur rapacité ils les vendaient quelques jours après, ou bien les donnaient selon leur bon plaisir.
» Il y a quatre ans, je prêchais l'Evangile dans une ville do France; mes auditeurs, touchés par mes prédications et revenus à de meilleurs senlimenis, m'avaient .ipporté des masques, des dés, des caries et autres choses semblables pour les brûler; mais quelques-uns de ces misérables moines, ennemis de la vérité, s'emparèrent de plusieurs de ces objets et notamment d'un masque ressemblant à une jeune fille lascive. Je les accusai alors de vol. A dater de ce moment ils se conjurèrent contre moi afin de me faire enlever le ministère de la Parole; ils ne négligèrent rien dans ce but : ils inventèrent des mcnsongos et de faux témoignages, maij ils ne me les faisaient jamais connaître. Dieu confondit les desseins de ces Acithophels, de sorte que je ne perdis pas une seule occasion do prêcher.
i> Un jour, un misérable partisan des bulles aniichrétiennes s'éleva contre moi. Soutenu par l'esprit de Dieu, je lui résistai si bien, qu'il fut condamné par les juges de la ville. Mes collègues me blâmèrent d'avoir agi comme je l'avais fait.
j) Mo rendaîit un autre jour dans l'une de ces maisons qui donnent l'hospiialité aux minorités, j'appris 'qu'ils étaicut des liberlius
NOTES
publics, des usuriers et des joueurs; je les avertis en secret de ce qu'on disuit et rensait d'eus; Ils ne voulurent pas m'f^couter. Irrités, ils condamnèrent mes conseils, parce qu'il ne m'était pas permis de leur en ilonner.
)) Un certain cardinal de ceux qu'on appelle à hiere voulut qu'un jour je prâcliasse devant lui. Tout cela eicila l'euvic de mes confrères, et surtout de deux vieillards dont la conduite était trèsmauvaise ; l'un d'eux était gardien. Le jour de la prédication étant arrivé, furieux, il alla au palais du cardinal et lui dit que j'étais malade; c'était un mensonge. La crainte de ces deux vieillards babyloniens était que je ne flattasse pas assez le cardinal et sa suite; quand je connus levait, je répriinandal le gardien qui me menaça de prison et de torture.
» Devenu provincial de son ordre, ce gardien se souvint de son ancienne méchanceté et écrivit contre mes discours fidèles et véridiques; craignant à cause de cela de tomber entre leurs mains et de voir ainsi ma vie brisée, je résolus de quitter leur ordre et de devenir chartreux. Je redoutais de retourner dans la société des hommes, par la crainte de devenir un objet de scandale dans tous les lieux où j'avais prêché la Parole de Christ. — Je me disais également: Si. je ne peux annoncer en paix la Parole de Dieu, je lui apprendrai au moins ce que je pourrai par des écrits. C'était encore là une illusion, car ils ne m'auraient pas permis de le faire.
« Persécuté par les minorités, je ne fus pas reçu chez les chartreux, quoiqu'ils m'eussent adinis au baiser de paix. Ecarté de chez ces derniers par les intrigues do mes anciens confrères, qui le voyaient avec dépit, je retournai chez eux et repris le cours de mes prédications. Je ne tardai pas à être de nouveau persécrjlé.
» J'avais dans ma i'cllule des livres très-évangéliques du très-jillustre docteur Martin Luther; ils les prirent et les mirent sous lc;<! scellés. Puis, sans les avoir examinés, le chapitre les condamna et les jeta au feu. Ileiitrillu au moins les lire avant de crier : ils sont hérétiques! ils sont hérétiques ! C'est ainsi qu'ils agissent, condaniuant ce qu'ils ne connaissent pas. Je dirai confidentiellement, et Dieu sait que je ne mens pas, qu'il y avait dans ces livres plus de >raic théologie que dans les livres des moines de tous les temps.
» Pardonne-moi, bon lecteur, de t'avoir en:reletiu si longtemps des folies de ces pharisiens. — Encore cependant quelques paroles pour te dire les maux que ces méchauts m'ont faits à moi et à ceux qui comme moi aiment la vérité; maux si grands que plusieurs volumes ne suffiraient pas pour les raconter.
» Tels sont ces hommes qui orgueilleusement se disent observants, quand Jésus-Christ, au dix-seplième chapitre de saint Luc, dit : « Quand vous aurez fait toutes les choses qui vous sont commandées, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles ! » Mais ceux ci, cher lecteur, afin que tu le saches, méprisent la Parole saiiitp jusque dans le oom qu'ils portent. Ils ont mis dans leurs règle;
NOTES
tous les statuts des autres moines, afin de pouvoir, mieux que leurs ronfrcrns, s'appeler observants, — mais nul ne fait plus qu'eux lort à riigllsc. — Car comment des hommes, qui ne connaissent pas leurs régies ou qui ne veulent pas les comprendre, peuvent-ils sincèrement les observer ?
» Le glorieux tombeau de Jésus-Christ n'était pas encore ouvert pour moi, et la pierre de la sagesse éternelle sous laquelle reposait l'aimable vérité de Dieu n'était pas encore roulée... Combien je fus trompé ! — Qui n'onl-ils pas séduit, ces ennemis acharnés de l'observation des commandements de Dieu ! — Us persécutaient celui qui leur annonçait la Parole sainte et ceux de leurs confrères qui s'elTorçalent d'observer rigoureusement la règle. Que serais-je devenu avec ces impies ?
» Ayant reçu des lettres de commission pour le général ou !o vice-général de l'ordre (je ne me rappelle pas lequel), j'allai de France en Allemagne. — Je saisis la première occasion favorable pour me dépouiller de mon costume de pharisien, persuadé que la forme et la couleur de l'habit importent i)eu. Je proteste devant Dieu que jamais je n'aurais quitté l'habit do mon ordre, si, en demeurant dans mon couvent, j'avais pu annoncer librement l'Evangile ; mais comme cela n'était pas possible, j'ai dû agir comme je l'ai fait. Si j'eusse fait autrement, j'aurais péché contre ce précepte de saint Paul : « Vous êtes achetés à un grand prix — ne devenez pas les esclaves des hommes » '. Or ceux-là qui sellent aux constitutions insensées des hommes ne se rendent-ils pas esclaves ? Moi donc qui, séduit, m'étais fait l'esclave des hommes, comment aurais-je pu faire autre chose que d'observer cet autre précepte de saint Paul: « Si vous pouvez devenir libre, usez-en. » Séparé de l'assemblée des méchants, j'arrivai dans celte académie de Wilteni-' bcrg, la première de l'univers, et qui ne laisse rien à désirer sous le rapport des études évangéliques. Je regrette pour ainsi dire d'être muet et de ne pas pouvoir annoncer de vive voix au peuple la Parole de Dieu. — M lis j'attendrai l'ordre du Seigneur ; je me placerai sous sa roain, et je m'efforcerai autant que je le pourrai, par mes écrits, d'cxhorler le monde à recevoir l'Evangile.
» Je ne te dis, cher lecteur, que quelques-unes des raisons qui m'ont contraint à quitter les minorités... mais il me sufUt de te les avoir dites sommairement. Sous peu de jours, lu recevras un commentaire concernant la règle de leur ordre, qui te fera comprendre le tout. En attendant, afin que tout le monde sache à quoi s'en tenir sur ma résolution et mes convictions , je dis ces trois choses :
» 1" Autrefois séduit et Ignorant absolument ce que je faisais, j'ai prononcé des voeux contraires à la profession chréiicnne. V,'<i bien ! je renonce ù toutes les inventions des minorités et rcconnaii; que le saint Evangile est ma règle et doit être celle de tous les chrétiens;
I I Coririlli. cil. vil, 23.
NOTES
» 2" Te rdiracle ce que j'ai prêché qui ne serait pas conforme à !a vérité chrciiennc. Je conjure tous ceux qui m'ont entendu prêcher ou qui ont lu mes écrits de rejeter tout ce qui est contraire aux livres saints. J'ai conQance dans Ceiui qui m'a retiré d'une ca|iti\iié plus dure que celle d'Egypte, que je réparerai avec son divin secours par mes paroles et par mes livres mes nombreuses erreurs;
•> 3° Comme personne ne peut arriver à la coanaissance do lo vérité sans être en désaccord a\cc le pape, je renonce à lui et à fous ses décrets, et ne veux pas faire partie de son règne d'apostasie. Je désire plutôt être excommunié par lui, sachant que son règne est excommunié et maudit de Dieu...
» Dans un autre livre, nous parlerons de ces choses avec plus de •détails; nous le ferons pour le nom de Jésus-Christ auquei soit l'honneur et la gloire'. »
Ainsi parle François Lambert : sa parole simple, mais pleine de conviction , révèle en lui l une de ces dtnes droites et avides de boire ù la source pure des vérités chrétiennes. Tels sont presque tous les Pères du protestantisme : à leur désir de connaître Dieu el de lui être fidèles, on les reconuait tous.
Le moine Lambert date sa lettre de Wilteniherg, où il arriva en 1323. La même année il se maria. Ce tut le premier moine français qui rompit le vœu du célibat, el chercha dans une femme chaste et pieuse cet aide que Dieu dans sa bonté donne à l'homme.
Lambert essaya de revenir en France pour y prèdier les vérités du salut; mais il ne le put. 11 se fixa à Marbourg, où il devint professeur de théologie et y mourut ù l'âtie de 43 ans. Reprenons maintenant le Cl de notre récit un moment interrompu.
Note X, page Ho.
«Une intéressante discussion bibliographiques'est élevée dernièrement sur la question de savoir si Vlnslitulion chrétienne a été d'abord écrite en français ou en latin. Mil. Haag et Henry de Bertin soutiennent cette dernière opinion, qui a été jusqu'aujourd'huy l'opinion générale. M. Jules Bonnet la combat et décide la question controversée. Nous nous contentons de citer deux fragments de sa savante discussion ;
» Parmi les plus précieux trésors de la bibliothèque de Genève, il existe un exemplaire des plus anciennes éditions de l'Institution chrétienne en français; c'est un volume in-i" de G48 pages non compris la préface et les indices. Le titre manque; mais à la dernière page se lisent ces mots : ylc/ieie d'imprinnr le vinglicmo d'octobre mil cinq cent cinquante el un. Ce volume, fidèle compaguon de mes études passées, et témoin oublié dans une'conlroverse
i Gtrdcsia;, tom. it.
NOTES
(le trois siècles, contient cependaiil le mol qui seul devait la trancher, l'arrêt, sans appel fonimlé par Calvin. Ecoiitons-le : «Voyant t'.one, (lit-il, que c'était une cliose tant nécessaire que d'aider en ceste façon ceux qui désirent d'estre instruits en la doctrine du salut, je me suis eflbrcé, selon la faculté que Dieu m'a donnée, de m'employer à ce faire, et à ceste fin j'ai composé ce présent livre et premièrement l'ai mis en latin à ce qu'il put servir à toutes gens d'étude de quelque nation qu'ils fussent, puis après désirant de communiquer ce qui en pouvait venir de fruits à nostre nation française l'ai aussi translaté en notre langue. » Ces remarqualdes, paroles qui n'ont pas besoin de commentaires, sont d'ailleurs confirmées par la correspondance inédite de Calvin. Dès le mois d'octobre 1 530, dans une lettre h son ami François Daniel, il se montre déjà préoccupé de la traduction française de son livre de Gallicâ libelli edilione; il se plaint ailleurs (janvier 1339) de la négligence de son imprimeur, qui tient trop longtemps en suspens la juste impa tience du public; et l'année suivante il publiera la première édition connue en français du livrequi, traduit dans presque toutes les lang\ies de l'Eu-ope, multiplié par des éditions sans nombre, portera partout le nom et l'influence réformatrice de l'auteur.
P. S. — » Depuis que ces lignes ont été écrites j'ai retrouvé, dit BI. Jules Bonnet, un exemplaire très-rare de l'Instilution, conservé à la bibliothèque du Havre, et dont voici le titre : Inslitulion de la rdigionchrclicnne conijiosécen latin par Jehan Caloin,cl translatée en français par lui-mosme, 4 vol. in-4'', comprenant XXI chapitres et 798 pages, avec cette épigraphe : Jusques à quand, Seigneur ? et au-dessous : par Philibert Ilamelin MDLIV. Ce volume, comme celui de Genève, contient l'argument au lecteur avec l'importante déclaration que j'ai reproduite plus haut. .Te trouve enfin, dans un catalogue raisonné de l' Inslilution, l'indication d'une édition plus ancienne conservée h la bibliothèque des avocats d'Edimbourg : Insiitulim do la religion clirtticnm composée en latin par Jehan Calvin et tranAatce en français, etc., 1 vol. in-4'', 1027 nages, Genève '1543. »
» Ainsi Calvin ne se lasse pas de nous avertir de la marche ipi'il a suivie dans la composition de son ouvrage. D'un autre cûlé il ne reconnaît lui-même dans la prélace de V Institution latine de 1539 qu'une seule édition d'une date antérieure : I)i primâ hujus noslri operis editionelevile.r..- Defunclus fueram. L'édition cinsi désignée n'est-elle pas celle de 1336? Devant tous ces témoignages réunis de la bibliographie et de l'histoire, le doute est-il encore possible ? C'est au lecteur impartial à juger. » (Bulletin de l'Histoire du protestantisme, anaéc loJ8, p. 147.)
NOTES
Noie XI, paçie i^l.
) « Vers l'année 1 530, les nouvelles inventions du démon avaient fommencéà se répandre dans le pays de Gap. Il y avait alors, dans un hameau situé à environ deux lieues de la ville, et encore aujourd'hui appelé les Fareaux, un petit propriétaire appelé Guillaume Farel. Cet homme, qui était d'une ignorance extrême, se mit soudain à prêcher la Bible en français aux laboureurs et vignerons, en expliquant le saint Livre à sa façon, et semant les pre.iiiers germes de riiérésie. Les paysans, trop peu éclairés pour discerner son erreur et sa malice, l'écoutèrent avidement, et il devint si audacieux qu'il convoqua des assemblées aux porles de la ville, tout près du couvent des Cordeiiers, dans un moulin à blé. Les auditeurs devenant plus nombreux, il s'enhardit jusqu'à prêcher en ville, au centre de Gap, proche de la place Saint-Etienne. Alors le parlement de Grenoble averti désira {sic) faire brûler Farel comme hérétique, et donna des ordres en conséquence à messire Benoît Olliet de Montjeu, vi-bailli de Gap, très-zélé catholique. Ce magistrat, empressé d'obéir, se trouva mallieureuseraent relardé, parce que le procureur chargé d'instruire le procès était lui-même imbu des nouvelles doctrines, et refusa d'agir. Ce que voyant, BI. le vi-bailli constitua un nouveau piocureur, fervent catholique ; puis, se faisant assister de deux greffiers non suspects, il marcha droit au temple où Farel dogmatisait alors au peuple. 11 heurte à la porte, on refuse d'ouvrir ; les magistrats pénètrent de vive force dans le temple. Farel n'avait pas discontinué son discours au peuple: il est trouvé avec le crime à la main, saisi et conduit en prison. L'instruction du procès commença; mais le prétendu réformateur ne devait point périr sur le bûcher. Les hérétiques, qui se trouvaient dans Gap en assez grand nombre, firent évader Farel pendant la nuit et le descendirent avec des cordes par les murailles de la ville. On sait qu'il se retira à Genève, où, avec Pierre Viret, il prêcha l'hérésie. C'est lui qui arrêta Calvin revenant d'Italie, elle pressa de demeurer dans cette ville pour y enseigner sa théologie. Farel mourut en loOo, ayant été malheureusement trop zélé à répandre son poison d'hérésie dans les villes et les châteaux qu'il visita.
» Pourquoi faut-il qu'avant de mourir il soit revenu dans notre ville pour y causer le plus grand des scandales qui aient affligé nos cœurs ! Nous avons vu messire Gabriel de Clermont, évêque de Gap, assister à ses sermous avec la foule, et, oubliant ces belles paroles de saint Pierre : Eliamsi omnes te negaveiinl, eyo non te negabo'. Ce rejeton de la noble lige de Clermont, après avoir siège quelques années à la chaire épiscopale de Gap, abandonna le saint-siége, se
1 QujikI bien même tous les aulros te ronicraienl, moi je r.c te rciiiertii puiut.
NOTES
fil iiérétique, et entraîna par son mauvais exemple une grande fîira lie des ecclésiastiques et des séculiers qui lui étaient soumis, tant à Gap qu'à Tallard et dans les environs.» [Dullelin de l'histuirc du protestantisme, année 18S4,page 52.)
Note XII, page 124.
« Cocl(;Vnemont de) fds puînédc l'auditeur de Coct, seigneurde Cliastelard, fut un des premiers et des plus zélés disciples du réformateur Farel. Vif, ardent, mobile, d'un cœur pieux, ennemi des reliques, des processions et du clergé, Anemont, dit M. Merle d'Aubigné, reçut avec une grande promptitude la doctrine évangélique, et bientôt il fut tout à elle. A peine converti, le jeune gentilliomine essaya de convertir à son tour sa famille; mais ses efl'arts échouèrent; toutefois il resta dans les meilleurs termes avec ses frères qui lui envoyèrent, à plusieurs reprises, de l'argent, par l'intermédiaire de deux négociants lyonnais, Pierre Verrier et Jean Vaugris. Lorsque les persécutions l'eurent forcé à quitter le Dauphiné, ce qui ne tarda pas à arriver, de Coct se retira d'abord à Dùle, d'où il se rendit à Wiltemberg pour voir Luther. « Ce chevalier français, écrivait le célèbre réformateur, est un homme excellent, savant et pieux. » Zwingle, qu'il visita à son passage, lui a rendu le même témoignage. « C'est un homme distingué par sa rtaissance et par sa science, disait-il à un ami, mais plus encore par sa piété et son affabilité. »
» Après une absence de quelques semaines de Coct, revint à B;\le, avec l'intention de se préparer au ministère sacré. En 1524. il accompagna Farel à Montbéliard. Une lettre qu'il reçut de Pierre de Sebville, minorité converti et son ami, lui fil prendre la brusque résolution de retourner dans le Dauphiné. « Tu dois savoir, lui annonçait Sebville, que Satan a éteint le fruit de l'Evangile en France, pullulant, et même à Grenoble; ceux desquels plus lu espérais sont vascillants, et à moy a été imposé silence de prêcher sous peine de mort. Si tu n'entends de retourner en Dauphiné devant que l'Evangile se prêche libéré, tu n'y seras jamais. » Instruit dt son dessein et plus prudent, malgré son impétuosité naturelle, Farel l'en détourna, et de Coct, se rendant à ses raisons, se retira dans une petite ville d'Allemagne où il mourut peu de temps après à la fleur de son âge; il est donc inutile d'avertir qu'on ne doit pas le confondre avec le capitaine Ennemont Coct, qui fut noramé gouverneur de Grenoble en suite d'un accord conclu entre les prolestants et les catholiques de celte ville le 2 mai 15t52. » (llaag, France prolestanle, à l'article Coct (Anemont de.)
NOTES
Note sm, page 13i.
Traduction littérale des délibérations des Deux-l'cnts contre les desordres du clergé.
l" avril 1530. Registre du Conseil.
e II fat tenu ua conseil des Deux-Cents. On résolut que désormais il était interdit aux citoyens de toutes les classes de manger de la viande sans permission de l'autorité; mais auparavant les prêtres devaient se corriger de leurs vices, et lorsqu'ils seraient eux-mêmes réformés, et si les citoyens refusent d'obéir à la défense ci-dessus, les contrevenants riches devront bùtir trois toises de mur aux remparts de Saint-Gervais, les gens peu fortunés en construiront deux, et les pauvres une. Une peine semblable sera infligée aux prêtres s'ils ne changent de conduite et ne laissent pas leurs maisons de débauches, « Eorum lupanaria, les complices de leurs vices. »
Note XIV, page 137.
« On a donné le nom de libérateurs à cette fraction intrépide et courageuse des bourgeois de Genève, qui de 1519 à 1530 soutint une lutte opiniâtre contre le duc de Savoie et proclama l'indépendance genevoise. — Les libérateurs de Genève sont aussi appelés Eidgnos, d'oii quelques historiens ont voulu faire découler le mot huguenot. Besançon Hugues se distingua dans celte guerre patriotique; le traité qu'il conclut avec Berne et Fribourg, le 8 février 1526, donna vie, force et courage au parti opprimé tour à tour par son évèque, homme sans vertus religieuses et sans patriotisme, et par le duc de Savoie, dout l'ambition n'avait pas de bornes. » (\ oyez Gaberel, Histoire de Genève. 1 vol., pages 13 et suivantes îles no les. J
Note XV, p. 146.
» Nommé pasteur de l'église de Saint-Gervais en 1537, Froment remplit, dit-on, celte placejusqu'en 1552. Dans son histoire inédite de Genève, Gauthier allirrae au contraire qu'il desservit pendant un temps assez long l'église de Massongi, dans le Clialais, avant de revenir à Genève en 1552. A celte époque, raconte M. Chenevière, des chagrins domestiques vinrent l'enlraver dans l'exercice de ses fonctions. Sa femme trahit la foi conjugale, et le pasteur, rendu responsable des torts de son épouse adultère, eut à subir des réprimandes publiques qui devaient nécessairement le déconsidérer aux yeux de son troupeau. Sentant que son ministère ne pouvait plus être en édification, il accepta avec empressement l'offre qui lui fut
NOTES
faite de seconder Eonnivard dans la rédaction de son histoire de Genève, et renonçant à l'état ecclésiastique il se fil recevoir notaire le 31 décembre 1552. Le 2 février de l'année suivante il obtint le droit de bourgeoisie, et en 1559 il entra dans le tonseil des CC; mais plus on lui accorda de distinctions, pins il sembla prendre à tâche de s'en rendre indigne. Pour se venger d'une épouse infidèle il imita ses désordres, en sorte que la discipline ecclésiastique le frappa sans ménagements. En 1562 oti l'emprisonna sous le soupçon d'inconduite; puis on le destitua et ou le bannit. Pendant dix ans il traîna à l'étranger sa honte et ses remords. Corrigé par l'exil il demanda et obtint en 1572 la permission de rentrer à penève. Deux ans plus tard il fut réintégré sur sa requête dans sa place de nola're. On ignore quand il mourut.» (Ibiag. France protestante h l'article Antoine Froment.)
N'oie ivi, page 200.
Les Contes de la reine de Navarre, attribués à Marguerite de Valois, sont-ils sortis de sa plume?... On éprouve une grande répugnance à le croire, tant il parait impossible que cette princesse, sur laquelle amis et enne.mis sont d'accord quand il s'agit de rendre hommage à la pureté de sa vie, ait pu écrire un livre que Bocace ne désavouerait pas. Cependant on est contraint de se décider pour l'affirmative, quand on sait que Claude Grugil, qui avait été son valet de chambre, en dédiant en 1559 eus mêmes contes à Jeanne d'Albret, lui disait : « Je ne me fusse ingéré, Mrdame, vous présenter ce livre des Nouvelles de la feue reine, votre mère, si la première édition n'eût omis ou célé son nom. »
Note .xv:i, page 228.
Quesoel, pritre de l'Oratoire, avait fait des notes explicatives du Nouveau Testament, desquelles les jésuites firent extraire cent ri une propositions qui furent condamnées, en 1713, par la fameuse Imllo Mnùjemiiis. Voici quelques-unes de ces propositions qui ont rapport à la lecture et à l'usage de la sainte Ecriture :
11 est iitfle et nécessaire en tous temps, en tous lieux et à lou'e sorte de personnes, d'étudier l'Ecriture et d'en connaître l'espiit, la piété et l^;s mystères.
Ln lecture de l'Ecriture sainte, entre les mains même d'un liomniB d'aii'aiics et de finances, marque qu'elle cst;jO((r tout le monde.
NOTES
L'obscurité sninte de la Parole de Dieu, n'est pas, aus laïques, une raison pour se dispenser de la lire.
Le dimanche, qui a succédé au snhbat, doit être sanctifié par des lectures de piété, et surtout des saintes Ecritures. C'est le lait du clirélien, et que Dieu même, qui connaît soq œuvre, lui a donné, ïl Cil dangereux de l'en vouloir sevrer.
Lxxxin.
C'est une illusion de s'imaginer que la connaissance dès mystères de la religion ne doive pas être communiquée à ce sexe par la leciure ries livres sacres, après cet exemple de la confiance avec LniuclU; Jésiis-Clirist se m.inifeste à cette femme. Ce n'est pas de la sini(ilicité des fciiim^s, mais de la science orgueilleuse des hommes, qu'est venu l'abus des Ecritures, et que sont nées les hérésies,
C'est fermer aux chrétiens la bourhc Jcsns-Chrisi que de leur arracher des mains ce livre saint ou du le leur tenir formé, en leur fitant le moyen du l'entendre.
i-xxxr,
Inlcniire la lecture do l'Ecriture, et particulièrement de l'Evangile aux chrétiens, c'est iiiterdire l'usage de la lumière aux enfants de la lumière, et leur faire souffrir une espèce d'excommunication.
Ravir au simple peuple cette consolation d'unir,sa voix à celle de toute l'Kglise, c'est un usage contraire à la pratique apostolique et au dessein de Dieu.
Telles étaient les propositions du P. Quesnel. Voici maintenant l'ûrrêt papal :
Aces causes, après avoir reçu tant, de vive voix que par écrit. les
suffrages des susdits cardinaux, nous déclarons par la présente conslituiion,qui doit avoir son elfet à perpétuité, que NOUS coxdamn'Oxs et réprouvons toi tls et chacune, les propositioms ci-dessus raptonxcES, comme étant respectivement /"«Kjse?, captieuses, mal sonnantes, capables de blesser les orcillrs pieuses, scandaleuses, pernicieuses, téméraires, injurieuses à l'Eglise et à ses usages, outrageautes, non seulement pour elle, mais pour les puissances séculaires, impies, bla^'phémaloirus, suspectes d'héréfie. favorables aux hérétiques, aux hérésies et aux scliismes, erroneVs, opproc/ian^es de l'hérésie, et souvent condamnées ; enfin comme hi'rétiques et comme rinoiwelaiU diverses hérésies, principalement celles qui sont con-
NOTES
Icniies dans lus famousas propositions de Jansénius, prises dans le sens auquel elles on tLl,é conilamnées.
Après cela l'Erjlise romaine dira qu'elle ne défend pas la leclurc ics livres sainlsl
Noie xvui, page 253.
Témoignage rendu aux vaudols par an Intiulsltcnr.
L'inquisiteur Reinorius Sacho, après avoir passé sa première jeunesse au milieu des vandois, les abandonna et devint leur persécuteur ; la force de la vérité contraignit cet homme de sang à rendre de ses victimes le plus beau témoignage. « La première erreur des vaudois, dit-il dans sa Summd de hœreticis, c'est un mépris de la puissance ecclésiastique... Us affirment qu'eux seuls sont l'Eglise de Christ, les successeurs des apôtres; qu'ils ont l'autorité apostolique, et les clés pour lier et délier. Us regardent Rome comme la prostituée de l'Apocalypse, chap. xvii... Ils rejettent complètement les fêtes, les ordres, les jf,ùnes,les bénédictions, les offices de l'Eglise et antres choses semblables. Us parlent contre les églises consacrées, les cimetières et autres choses de même nature, les signalant comme des inventions de prêtres avides qui no veulent qu'augmenter ainsi leurs revenus, et escroquer au peuple des offrandes et de l'argent.
» Quelques-uns d'entre eux soutiennent que le baptême est sans aucun avantage pour les enfants, puisqu'ils ne peuvent actuellement croire... Ils disent que les évêques, le clergé et autres ordres religieux, ne valent pas mieux que les scribes, les pharisiens, et autres persécuteurs des apôtres. Us ne croient pas que le corps et le sang de Christ soient le vrai sacrement, et prétendent que c'est figurément que le pain bénit est appelé le corps de Christ, de la même manière qu'il est dit : Le rocher était Christ... Us célèbrent l'eucharistie dans leurs assemblées, répétant à leur table les paroles de l'Evangile, et participant ensemble à cette ordonnance, à l'imitation de la Cène du Seigneur... lls[ rejettent l'extrême onction.
» Bien qu'ils louent la continence, ils satisfont néanmoins leurs convoitises charnelles par les moyens les plus sales, expliquant ainsi la parole de l'Apôtre : « Il vaut mieux se marier que de brû- » 1er. Mieux vaut satisfaire une convoitise par un acte honteux que » d'en conserver la tentation dans son cœur. » ' Mais ils cachent ces choses autant qu'ils le peuvent, de peur d'en encourir le blâme.
i Heînerîus catomnie les vaudois el parait bien le sentir. Un passage de Icnr apologie, relatif a Taccufialion de libertinage, suflit pour le réfuter. C'est ce vice oïlieiix, dirent les vaudois, qui excita David \ tuer son fulcle serviteur, qui poussa Ainon à corromjïre sa sœur Tainar, et qui consuma l'héritage de Vcofant prodigue, lîalaam lo cLoisit pour fairo
NOTES
» Il n'y a point de purgatoire, disent-ils, et tous ceux qui meurent passent immédiatement au ciel ou dans l'enfer; ainsi, les prières de l'Eglise pour les morts sont sans utilité ; ceux qui sont au ciel n'en ont pas besoin, et ceux qui sont en enfer ne peuvent en être soulagés. A les croire, les saints dans les cieux n'en'xndent pas les prières des fidèles, leurs corps demeurent couciiés dans la terre, et leur esprit étant si loin de nous qu'ils ne sauraient ni entendre nos prières, ni voiries honneurs que nous leur accordons... Dès lors les vaudois se moquent de toutes les fêtes que nous célébrons en l'honneur des saints, et de tous les actes par lesquels nous leur témoignons notre vénération.
La force de la vérité arrachait un témoignage non moins honorable pour eux, lorsqu'elle faisait dire à Reinerius : « De toutes les sectes qui ont été et qui sont encore, il n'y en eut jamais de plus pernicieuse à l'église que celle des vaudois, et cela par trois raisons. D'abord elle est la plus ancienne de toutes; quelques-uns la font remonter jusqu'au pape Sylvestre, ' et d'autres jusqu'au temps des apôtres. Ensuite elle esî plus étendue qu'aucune autre, puisqu'il est à peine un seul endroit du monde où elle n'ait pas pénétré. Enfin bien différente des autres sectes, qui inspirent d'abord de l'horreur à ceux qui entendent leurs dogmes pernicieux, par les horribles blasphèmes qu'elles vomissent, celle-ci séduit le monde par L'apparence d'une grande piété. Les vaudois mènent xine vie juste devant les hommes, et croient à l'égard de Dieu tout ce qu'il faut croire. Ils admettent lous les articles du symholedes apôtres, seulement ils blasphèment conlre l'Eglise romaine et le clergé.
Ainsi parlent des vaudois l'inquisiteur Reinerius, dont Bossuet dans son livre des Fari'nii'oiiS, dit qu'il a marqué sincèrement le bien et le mal et qu'il nous a raconté plus exactcmeut qu'aucua autre les différences des sectes de son icraps.-
A tous ces témoignages, ajoutons celui de M. de Thon, ennemi des vaudois puisqu'il était catholique; mais ennemi droit et sincère. Reproduisant les paroles de Guy de Perpignan, évêqua d'Elna en Roussillon, qui avait exercé contre eux l'office d'inquisiteur, cet historien célèbre dit : « Leurs opinions arrêtées passent
pcchcrics enfinls d'Israël, ce qui occasionna U mfirlJe vinzt-qiialre mille personnes. C'csl ce même pcclié qui occasionna ravetiglemrnt de Samson el la cliute de Salomon. La beauté de la femme en a failpcrir plusieurs. Lcjcùne, la prière el l'cloisnement, tels sontles seuls remèdes à rpposcr à ce mal. On peut vaincre les autres yices en combattant; niais ctlui-ci on ne le surmonte qu'en fnvant.... Joseph nons en est un exemple.
i Sylvestre, cvêqne de lîr.iB?, contemporain do l'empereur Constantin. (4nie siècle.) î Hiit. de5 Yari itioni {il, î)5-54J,
NOTES
pour cire les suivante"! : rKp,lisc de Iluine ayniit renoncé à la foi do Ji'sus-Clirisl est la paillarde de l Apocalypse, et celarhre stérile rpie Jésus-Clirist lui-même a maudit et qu'il a commandé de déraciner. »
De Tliou répète ici tout ce que disent les auteurs catholiques que nous venons de citer; passant ensuite à ia description de la vallée de Fressinièrcs et des mœurs de ses habitants : « Leur vêtement, ajoute-t-il, est fait de peau de hrebis; ils n'ont point de linge. Ils ha'ijiient sept villages dont les maisons sont faites de cailloux, avec un toit plat recouvert de torchis qu'ils aplanissent au moyen d'un rouleau, quand il a été gâté ou délait par la pluie. C'est là qu'ils vivent avec leurs troupeaux, dont ils ne sont séparés que par une cloison, lisent aussi deux cavernes; dans l'une ils cachent leurs troupeaux, dans l'autre leurs personnes; quand leurs ennemis les poursuivent ils vivent de lait et de venaison, une pratique constante les ayant rer.dus excellents lireurs. Quoique pauvres ils sont contents et vivent séparés du reste des hommes. Et ce qui étonne, c'est que des gens extérieurement si sauvages aient tant de culture morale. Ils peuvent lous lire et écrire. Ils savent assez de français pour comprendre In Bihle et chanter les psaumes. A peine Irouveriez-vous parmi eux un garçon qui ne pût vous rendre intelligiblement raison de la foi qu'ils professent. En cela ils ressemblent à leurs frères des autres vallées. Ils payent le tribut avec une bonne conscience, et l'obligation de remplir ce devoir est spécialement indiquée dans leur confession de foi. Si des guerres civiles les empêchent de le faire, ils mettent soigneusement à part la somme, et à la première occasion ils la payentauxcollecteursdu roi. «(De Thou, année 1556).
NoIb x.k, page 257.
Cx4rnU.<3 e3'!iin OHvraxc infUciIé !l*jt/i:z)ir.»Tî>!ti.4W%, pnr fl, 8»hl- Eossinic.^te. — Kijoss, eîicz ï'iclor H.agScf, ^«EUcar, ÏSSS.
La prédication marchait de pair avec l'abaissement de la foi et des mœurs, la chaire était le plus souvent changée en un véritable tréteau, du haut duquel les prédicateurs laissaient tomber leurs lazzis et leurs jeux de mots; il ne fallait rien moins qu'un manque absolu de tact moral pour les supporter; quelques anecdotes feront comprendre que l'évèque de Biloute, malgré ses étranges comparaisons, était encore l'un des flambeaux de la chaire do son temps.
(( Un religieux capucin, chargé de prononcer le panégyrique de saint Pierre, le samedi 29 mai 1643, prit pour texte de son sermoo ces paroles de Jésus-Christ : « El cgodico, quia lu es peints. » Et, je vous le dis, vous êtes Pierre. (Evangile selon saint M<^tthicu, chap. XVI, verset 18.) Puis l'orateur entre ainsi en ninticre : « Vous n'ignorez pas, mes chers frères, qu'il y a trois sortes de pierres.
^•OT^s.
p'erre j bàl>, pierre à fusil, vierre à cautère. lté bien, sachez que le granil saint dont j'ai à vous en'-etenir aujourd'hui, a réuni les propriétés de ces U-ois pierres. 11 a été pierre à bâtir, puisque c'est sur lui que le Seigneur a élevé sou Rglise, en disant : « Super liane » pctntiH œdiftcabo ccclesiam mcam. » Il a été piLM re à fusil, puisque c'est lui qui a produit au monde la lumière de la foi, eu frappant les cœurs îles plus fidèles dont il est sorti tant d'étincelles salutiiires; enfin il a été pierre à cautère, puisque par son zi'lo et son ardeur, il a détruit tout ce que les hommes avaient de corrompu et d impur. Nous envisageons donc le divin apôtre saint Pierre sous ce-; trois rapports : pierre h bâtir, pierre à fusil, pierre à cautère, ce sera la division de mon discours. Ave Mafia. » (pag. 3.)
» Un autre prédicateur, à peu près du même temps, n'a été ni moins bizarre, ni moins ridicule dans la division de son sermon, qui avait pour objet la décollation de Jean-Dapliste ; il débuta ainsi : « Il y a, vous le savez, mes frères, trois tètes décollées, tant dans l'An-Men que dans le Jeune Testament : Tète de Goliath, tête d'Ilolopherne, tête de Jean-Baptiste; la première tête en pique, la seconde tète en sac, la troisième tète en plat. Considérez bien ces trois têtes : tête en pique ou tète de Goliath, signifie l'orgueil; tète en sac ou tète d'Holopherne, est le symbole de l'imptireté ; tête en plat ou tète de Jean, est la figure de la sainteté. Je dis donc pique, sac et plat; sac, plat et pique; plat, pique et sac; c'est ce qui va fair.' les trois points de mon discours et l'objet de votre sérieuse attention. Are Maria. » (pag. 6.)
» Un moine également enclin A cette humeur bouffonne qui n'était pas rare au seizième siècle, s'étant chargé du sermon sur la Nativité de .Notre-Seigneur, crut rendre plus pittoresque le récit de ce grand événement en s'y prenant de la manière suivante ; il dit : « Le coq fut le premier qui, dès le matin, annonça la naissance du Rédempteur en chantant à plusieurs reprises C/u'/sfKS naff/s psf ; et avec ces mots il imita le champ du coq. Puis, continua-t-il, le bœuf impatient de savoir où le Christ était né, se mit à beugler : « ubi ubi, fl que l'orateur prononça à l'allemande : « oubi, oubi, » en contrefaisant le bœuf, à quoi la brebis repondit : « In Beethleem. \n Bcelhhcm, » et il se prit à bêler; enfin l'âne les invita à s'y rendre en brayant . « Eamui>, eainus, eamits ; » et c'est dans ce braire du Iiaudet, dit-on, que le prédicateur se surpassa. Comment, si le fait est vrai, souffrait-on dépareilles turlupinades dans la chaire de vérité ? » (pag. 7.)
» Un antre religieux du même siècle débuta ainsi, dans un sermon qu'il prêcha sur l'Annonciation : « [n nnmine Patris et Filii et Spirilûs ifancli ; il y a promesse de mariage entre très-haut et Irèspuissant seigneur. Monseigneur le Saint-Esprit, d'une part, et trèshaute et très-puissante dame, !\ladame Marie Levy, d'autre part; *'il y a quelqu'un qui sache quelque empêchement k ce mariage, il
NOTES
peut en parler. » On pense bien que tout le monde garda le silence. Alors le prédicateur continua : « Puisque personne ne s'avance, moi j'y mets opposition de la part du monde, de la part de la chair, de la part du démon. Slonde chair et démon seront les trois points sur lesquels je vous prie de m'accorder votre attention, sous les auspices de la bien heureuse fiancée, la très-sainte Vierge, Ave Maria. » (pag. 8.)
» On prétend qu'un R. P. capucin, prêchant un jour de Pâques dans l'abbaye de Saint-Antoine, dit aux religieuses, moins sans doute flnns le but de les édifier que de faire sourire l'auditoire . « Savez-vous, mesdames, pourquoi après la résurrection Jésus- Chrisl apparut d'abord oui saintes femmes? C'est parce que, connaissant le penchant irrésistible du sexe à causer et à porter des nouvelles, il était tout naturel, comme il voulait répandre le plus promplement possible ce grand mystère, qu'il s'adressât d'abord aux saintes femmes plutôt qu'aux apôtres. »
» Le P. André, prêchant à Bordeaux le jour d'une fête qu'on appelle dans cette ville la fête del'O bref (ou fêle du bout de l'an), et qui est célébrée par les jeunes mariées, s'exprima ainsi, apris son exorde : « Mesdames, puisque je vous prêche votre fête, il faut que je vous apprenne l'origine de son nom ; et certes je ne puis m'empêcher d'admirer eu cela la sagesse de nos pères qui lui ont donné un nom si convenable ; car enfin, quand au bout de l'année un père demande à sa fille comment elle se trouve de son mari. — 0 mon père, dit-elle aussitôt, que vous m'avez donné un honnête homme! 0 si vous si vous saviez comme il m'aime I 0 que je suis heureuse avec lui ! Eh bien, mesdames, c'est là l'omieron des Grecs, c'est-à-dire le petit 0, l'O bref. Mais qu'à la seconde ou à la troisième année, un père fasse la même demande à sa fille : — IMori père, réponil-clle d'un air triste, que les ciioses sont changées ! Mon mai i est un joueur, un ivrogne, un débauché, que je suis malheureuse I — lit c'est là, mesdames, l'oméga, c'est le grand 0. C'est l'O de par tous les diables. »
» Voici encore un fragment d'un discours attribué au célèbre prédicateur Vincent Fcrrier, né à Valence (Espagne); en 1357, mort à Vannes (Morbihan), le S avril d4i o, et canonisé par Calixte 111, le 8 octobre 1453. L'orateur parle de la guérison du serviteur du centcnier.
» 11 est descendu, dit Ferrier, du paradis, ce célèbre médecin (Jésus-Christ), pour rendre a\i\ pécheurs la santé de l'âme. Cette innlière est bien subtile, c'est pourquoi j'emprunterai l'image du médecin ordinaire ; le médecin emploie sept moyens pour découvrir les maladies du corps et pour en opérer la guérison : 1° L'inspection du visage, facicn iiispicitur ; 2° il tàle le pouls, pulsKit langilur ; 3° il eximine les urines, urina atlrnditur ; 4" il prescrit la diète, diœtapYœscribiivr ; 5° il humecte par des sirops.
NOTES
sifupus imittilur ; 6° il donne des purgatifs, purgatio tribuitur ; 7" il fait prendre une I)onne nourriture, refectio concedi(ur. « De ces sepls moyens, traités d'une manière assez originale, le troisième est le plus singulier, c'est celui ^ui regarde les urines. » Confessio, dit Ferrier, est sicut urinale in quo urina peccatoris ab inleriora exislens ostenditur confessori, et ibi infirmilates animœ cognoS' cuntur. Deux choses sont remarquables dans le vase où les urines sont contenues : la première est qu'il doit être transparent ; de même il faut déclarer nettement ses péchés; rcquiritur quod urinalssil clarum, ita clarèconfiteantur pcccata sua. Nous condamnons ceux qui accusent les autres ou qui déguisent leurs propres fautes ; quelques-uns s'accusent des péchés qu'ils n'ont point commis, c'est mentir en confession. D'autres s'expriment en termes généraux, et les péchés qu'ils déclarent ainsi ne peuvent suffisamment être connus du confesseur. La deuxième chose à remarquer, c'est que le vase des urines doit être bouché, quod os urinalis sit clausum.
Le cinquième moyen a rapport an sirop. « Le sirop, dit Ferrier, que l'on fait prendre aux malades, dans les rhumes et les fluctions de poitrine, donne entrée au cinquième point; c'est là le symbole des douceurs que l'on goûte à l'oraison. Ne serait-on pas bien flatté si l'on pouvait parler une heure au roi ou au pape ? Or c'est avec Dieu que l'on s'entretient dans la prière ; on prend le sirop soir et matin, chaque prise a sa dose réglée ; telle doit être la prière, on y vaque au commencement et à la fin de la journée ; elle est composée d'un certain nombre d'oraisons, de Pater, d'Ave, etc. Enfin on mêle le sirop avec de l'eau chaude ; il faut que la prière soit fervente et qu'elle soit accompagnée des larmes de la pénitence. » (pag. 16.)
Note XXI, page 2G7.
IiO (oarmcntenr de Parts»
Station Lxvm.
n Si Ton ne peut me dire que je suis logé chez îe bourreau, on peut me dire que je le suis chez le tourmenteur ou questionnaire Ce matin pendant que je déjeunais il me l'a appris lui-même. Il ne se soucie pas trop d'ailleurs qu'on le sache. Je ne m'en soucie pas trop non plus, et je lui ai volontiers promis de n'en point parler.
» Messire, ra'a-t-il dit, je sens qu'il n'appartient guère à un simple logeur d'hôtel garni tel que moi, d'avoir son cousin germain premier commis greffier du Chàtelet; cependant ce n'en est pas moins la vérité.
» Mon cousin germain , qui a marié avantageusement mes jeunes sœurs, a cru devoir se charger aussi de ma fortune; il me fit
NOTES
venir A Paris pour Être tourmcnteur ou questionneur du ChAteIct. « Tu auras, me dit-il à mon arrivée, de bons appointements, un bon habit, des provisions d'officier royal scellées du grand sceau; cl dans tonte l'année tu n'auras peut-être pas vingt, peut-être quinze jours de travail. Je te vois jeune, leste, adroit; ia nature t'a jeté dans le moule des tourmenteurs, ta réussiras dans cet état, c'est demain que tu dois y entrer.