‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 17 sur 149 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

sa pièce d'or. Jamais carrière ne produisit plus que le pèlerinage d'Einsiedlen et ne coûla moins de frais d'exploitation.

C'est sur ce terrain où l'avarice avait élevé un autel à la superstition que le curé de Claris vint exercer son ministère. Soldat intrépide' il ne recula pas devant la grandeur de sa tâche : il combattit l'erreur à Einsiedlen, comme saint Paul la combaltit à Athènes et à Corinthe. Au lieu d'encourager, comme ses prédécesseurs, les pèlerins à se vouer à Notre-Dame des Ermites, il leur prêcha qu'il ne fallait pas meiire leur confiance dans les pèlerinages et les indulgences. Ce sont là des choses peu iiijportantes, leur disait le pieux curé ; elles ne valent pas plus que les vœux que vous faites à la madone d'Einsiedlen. La grâce de Jésus, ajoutail-il, n'est pas plus dans un lieu que dans un autre. Dieu entend les prières aussi bien ailleurs qu'il les entend ici. De plus, les honneurs qu'on rend à la Vierge et aux saints sont injurieux à Celui qui. seul, veut être adoré et servi. Le réformateur va plus loin : armé du marteau de démolisseur, il frappe sur ce que Rome a de plus productif, le purgatoire. C'est un lieu imaginaire , crie l'ardent missionnaire aux pèlerins; c'est l'avarice qui l'a creusé : il n'est pas plus vrai que la messe, qui n'est qu'une cérémonie imitée des païens. Puis, d'une main hardie, il arrache aux moines leurs capuchons, aux nonnes leurs guimpes, et n'hésite pas à dire à ses auditeurs ce que le Christ disait des pharisieus : Que si leur justice ne valait pas mieux que celle de ces gens-là, ils n'hériteraient pas le royaume de Dieu.

Ces enseignements nouveaux, prêchés avec l'énergie profonde que donne une foi vivante, faisaient uno grande impression sur les pèlerins, dont quelques-uns, convaincus des erreurs de leur Eglise, reçurent dans ! leur cœur la semence de la vérité chrétienne. — Actif, infatigable et secondé par quelques hommes bien disposés, et notamment par le baron d'Einsiedlen, Zwingio ramena peu à peu ses paroissiens à la foi de l'Eglise primitive, malgré les cris de rage que les amis des vieilles croyances poussaient contre lui.

Quand des hommes, hardis et convaincus coniiuo

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Zwinglo, sont à l'œuvre, ils ne s'arrêtent pas à michemin, surtout quand ils no veulent pour règle de leur foi que la sainte Bible. Aussi c'est sans étonnenient, mais avec admiration , que nous voyons entrer le réformateur dans un monaslèro de filles, les exhorter h lire la sainte Bible en allemand , les dispenser do chanter leurs offices et leurs matines, et leur permettre le mariage si elles croient ne pouvoir garder la pureté dans le célibat.

Toutes ces choses se passaient en 1518, pendant que le royaume de saint Louis paraissait complètement indift'érent à ces conflits théologiques qui, à Witteinberg et au centre de la Suisse, portaient de si rudes coups à la papauté. A cette même époque, un moine était en Suisse l'émule de frère Tetzel, le célèbre vendeur d'indulgences :en Allemagne, c'était un cordelier nommé Samson, Milanais d'origine. Les fermiers des péchés des Suisses ne pouvaient confier leur agence à un homme pUn capable que frère Samson : depuis quehjue temps il exerçait ce métier qui exigeait autant d'audace que de mépris pour Dieu et pour sa Parole. Après avoir fait sa cueillette dans quelques cantons, il vint dans celui de Schwitz; mais là il trouva dans Zwingle un adversaire comme <'elui que frère Tetzel avait trouvé dans Martin Luther. Le curé de Notre-Dame des Ermites s'éleva avec énergie contre le profane et sacrilège métier du cordelier Samson, qui sortit du canton de Schwitz, après y avoir fait une moisson fort médiocre. '

La réputation du curé d'Einsicdlen allait sans cesse en croissant, et l'esprit d'examen {|ue ses prédications évangéliques faisaient naître partout préparait le quatrevingt-neuf religieux de la Suisse. De tous côtés on voulait savoir et connaître, et à mesure que la lumière se faisait dans les esprits, la papauté baissait dans les c&urs. Ce qui hâta sa ruine, ce furent les découvertes de ces mêmes fraudes pieuses dont elle savait si bien tirer parti.

Les Bernois avaient une vénération parliculière pour la tôle de sainte Anne , mère do la sainte Vierge. Uao

» Vojj' nslc VII.

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