‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 18 sur 149 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

confrérie avait été instituée ea l'honneur do la mère du Sauveur. Rien n'avait élc omis pour lui rendre un culte digne d'elle : elle avait à Berne des aulels et des statues. Mais une chose manquait à la piété de ses fidèles, c'étaient les reliques de la sainte qui se trouvaieut dans le couventde l'abbéde risle de la Saône de Lyon. François l" fut prié respectueusement par la confrérie de Sainte- Anne d'ordonner à l'abbé de ce monastère de céder à Berne les reliques vénérées.

La demande des dévots de Sainte-Anne leur fut (iccordée, et, à leur grande joie, remise leur fut faite de la tète de la «ainteenveloppée soigneusementdans une étoCfe de soie. Berne fut dans l'allégresse : le jour où le prédeux crâne entra dans ses murs, elle s'était parée comme dans ses plus beaux jours de fête ; les cloches sonnaient à toute volée; l'église des Dominicains, où le crâne vénéré devait être déposé, avait exhibé ses plus beaux ornements et ceux que la cérémonie du transfert de la relique avait créés comme par enchantement. Jamais l'Eglise ne s'était montrée plus prodigue ' riches étoffes, cierges, indulgences, pardons; c'était comme au jour oii un père marie son Gis unique; rien n'avait été épargné. La confrérie de Sainte-Anne levait orgueilleusement la tète; mais elle la baissa de colère et de honte, quand elle apprit que la prétendue tête do sainte Anne n'était qu'une tète de mort prise au cimetière du couvent, et que le portier du monastère avait mise à la place du crâne de la mère du Sauveur. La confusion des enfants lie Sainte-Anne fui grande, et, par là, les fidèles de Romo furent rendus attentifs aux fraudes pieuses de leur Eglise, dont ils commençaient à soupçonner quelques-unes des erreurs.

Ce fut ce jour-là (onze du mois de décembre 1518) que Zwingle fut appelé à la cure de Zurich, Le 27 du mémo mois, le curé de Noire-Dame des Ermites, mandé devant le chapitre de la cathédrale, dit que son dessein n'était pas d'expliquer, comme on l'avait fait jusqu'alors, les dominicales, mais VEiangile selon saint Matthieu tout entier, non d'après les traditions ecclésiastiques, mais d'après la sainte Ecriture : le tout à la plus grande gloire t^e Dieu cl de Jésus-Christ, pour avancer le saiul des

ûmcs et instruire les hommes dans la véritable foi chrétienne.

Zvvinglo engageait ainsi le combat sur toute la ligne. Rome poussa un cri de colère et de rage ; mais le hardi réformateur était protégé par les montagnes âpres et abruptes de son pays, comme Luther l'était par l'amour et l'intrépidité de ses disciples et de ses adliérents. Sans se connaître, ces deux prêtres étaient arrivés à la même loi et portaient à Rome les mêmes coups, parce que leurs mains étaient armées du même glaive.

Un homme dont le nom est grand dans l'histoire do la typographie, Froben, vint puissamment en aide à la Réformation. De ses célèbres presses à Ràlo sortaient par milliers d'exemplaires les écrits brûlants de Luther, <iui,' montant et descendant les fleuves, volant sur les montagnes et s'abattant sur les villes, fournissaient aux populations, rendues attentives aux erreurs de Rome, des armes terribles. De tous côtés, à la voix de Zwingle et do ses compagnons de travail, les populations se levaient comme un seul homme, disant ; Frères, que feronsnous ?

11 n'entre pas dans notre plan do raconter en détail toutes ces scènes émouvantes dont l'histoire de la Rélbrmation est pleine. Nous dirons seulement que la papauté, à la voix énergique, forte et passionnée de Zwingle, croulait comme de vieux remparts démantelés sous la décharge continue d'une puissante artillerie. Aujourd'hui, Râle abolit la messe, demain, Zurich l'abolira également. Herne, Lausanne, vingt autres villes marcheront sur leurs lrac(\s, et le mot magi(iue Réforme, répété d'écho en écho, ira porter la joie dans le cœur de tous ceux qui soupirent après la régénération do l'Eglise et jeter la terreur dans l'âme de ceux qui, comme Démétrius d'Ephèse, préfèrent les contes et les légendes à l'or pur do la vérité.

Mais il est temps de raconter comment les idées qui remuaient l'Allemagne et la Suisse pénétrèrent eu France.

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