‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 19 sur 149 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Ea Aliema^ne, le berceau de la Réformation fut un couvent; en Suisse, une cure; eu France, une université. Parmi les hommes qui illustrèrent le règne naissant de François 1^', un docteur attirait l'attention publi(]ue. Il était déjà âgé quand les premiers symptômes de division éclatèrent. On appelait cet homme Lolèvre d'Elaples, du nom d'un petit village de Picardie où il était né en 1-450. Comme saint Paul, il était d'un extérieur sans apparence, mais d'une solidité d'espi il remar- ([uable. 11 s'acquit un grand renom dans les lettres ; par sa science c'était un homme important ; par son caractère personnel, un homme aimable. La grâce couronna tous ces dons : elle en fit un chrétien.

L'esprit d'e.xamen le conduisit d'abord à repousser l'enseignement barbare et pédanleMiue de la scolastique. Plus tard, l'étude des livres sacrés le jeta en dehors d'une Eglise dont il avait été l'un des plus beaux ornements. Maître Lelcvre était sincèrement pieux; adonné à toutes les prati(]ues superstitieuses de son culte, il se mettait a genoux devant des statues, comme une simple femme, et se vouait à la Vierge et aux saints. Une âme aussi droite que la sienne ne pouvait demeurer perpétuellement dans l'erreur. Dieu l'en tira et lui fit trouver dans la grande doctrine de la justification par la foi le pardon que lo-j exercices corporels n'avaient pu lui donner.

Pendant que niailre Le!è\re croissait dans la connais-

52 HISTOIRE DE LA KÉlOllMATION FRANÇAISE.

snnce cl dans la grâce, un homme qui oût pu, avec une âme plus virile, devenir un réforma leur, Guillaume Brironnct, cvêque de Meaux (il élait comte de Montbrun (ït avait clé ambassadeur de François 1"^ près le sainl-siégo), ouvrait son cœur à la lumière évangolique, et reconnaissait que son Eglise s'était égarée quant à la foi. ('■rand seigneur et cvêque puissant, mieux «ju'un autre il pouvait accélérer la marche de la pensée religieuse (]ui se faisait jour. Il connaissait depuis longtemps inaitre Lefèvre ; le besoin do servir la môme cause les rapprocha, et l'on vit alors le savant et le prélat travailler à l'œuvre de la régénération de l'Eglise, sans trop savoir cependant où leurs désirs de réiormo les conduiraient. Leur caractère craintif et circonspect les cmpCchait l'un et l'autre d'être au nombre; de ces hardis lutteurs, dignes lieutenants do ce Luther qui brûlait les bulles de Léon X et sapait son trône. 11 ne faut pas demander aux hommes plus qu'ils ne peuvent donner. Mélanchlhoii sera Mélanchthon, Luther sera Luther, maître Lefèvre sera aussi maître Lefovre, c'est-à-dire une âme jiieuse et tendre, un es[)ril vif et pénétrant, un homme de cabinet et dt; méditation, 11 sera le précurseur des réformateurs, mais il ne sera pas lui-même réformateur Cependant sa gloire est belle et pure; et en ces temps de décadence morale, il est beau de voir les premiers ancêtres du protestantisme dans ces docteurs qui joignaient aux beaux dons de l'inlelligence ceux de la piété. .'\ctif (!t inlatigabie , à ràg(> où nous sommes sans lendemain, Lefèvre entreprit la traduction de la Bible et fournit ainsi à la Réforme son plus puissant levier.

Aux pieds do ces deux hommes, révêi]ue et le savant, unis ensemble par les liens de l'amour Iraterncl, grandissait un jeune provincial, avide de connaissances, ardent; alus ardent peut-être que ne l'auraient voulu ses deux protecteurs : il était né en 1489, au hameau des Fareaux, près Gap, et s'appelait Guillaume Farel. Il avait quitté sa province et était venu à Pans étudier dans ces institutions naissantes dont il devint l'un des régents les [dus brillants;' il n'était pas alors ce qu'il lut plus lard.

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