‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 24 sur 149 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

fournissement de plusieurs autres choses servantes à ladite exécution. » '

Dans ces temps de troubles, mais de bénédiclions, le Seigneur suscitait partout des témoins de sa vérité. Si la cure en fournissait, les couvents en avaient aussi \

Après avoir humilié Briçonnet, la Sorbonne songea sérieusement à se délaire de son entourage. La fuite avr.it soustrait plusieurs disciples de Lefèvre h ses recherches. Martial Mazurier fut jeté en prison; dans un excès dr zèle, il avait renversé la statue de saint François, jilacée sur le portail de l'église des cordeliers de Meau.v. Pierre Caroli fut accusé d'avoir prêché des doctrines contraires à la foi orthodoxe. Jacques Pavanes fut convaincu du même crime. La crainte d'être brûlé épouvanta Caroli et Mazurier, qui se rétractèrent et renièrent lâchement Irs vérités qu'ils avaient prêcliées. Pavanes refusa d'aboid la rétractation qui lui était demandée; il préférait la mort au reniement. Sa constance froissa Mazurier qui, voulant faire taîresa conscience, s'elTorça d'en traîner lejeimii étudiant dans sa chute. Le docteur de Sorbonne se rendit dans la prison où l'accusé était détenu. — « Vous vo\is trompez, Jacobé, lui dit-il, vous n'avez pas vu au fond de la mer, mais au-dessus des ondes et des vagues, vous êt(>s bien jeune encore; des hommes i]ui, comme vous, ont fait profession de la vérité, n'ont pas craint de se rétracter pour sauver leur vie... Je l'ai fait, moi... pourijuni ne le feriez-vous pas vous-même? » Puis il lui faisait entrevoir la fleur de lis du bourreau... et sans doute aus4 un bûcher.

Pavannes eut peur : il renia sa foi le 25 novembre 1524. Il conserva la vie, mais il perdit la paix.

I Voir l'excellente notice sur Wolfang Schuch, insérée dans le Bulletin de l'iiist. du Prot. (année 18S4), par M. Alh. Cocjuerel ûls ; Crespin, liv. ii.

ï Voir note ix.

7i HISTOIRE DE LA nÉFORMATION FRANÇAISE.

Une dernière humiliation éUiil réscrvét; ;i Briçonnol. Il follail (ju'il eût son bûciicr et qu'il l'éievilt de ses [)ro[ir('s mnins : bûciier de honte et de remords, du haut duquel il put voir ce feu que Dieu, dans sa justice, réserve à ceux qui n'ont jJas le courage de confesser son saint nom devant les hommes. Quelque temps après le bannissement lie celui qui, selon les énergiques expressions de sa mère, portait sur son front les enseignes du Seigneur Jésus, des tobleaux, sur lesquels étaient écrites des prières aux saints et à la vierge Marie, furent trouvés lacérés à coups de couteau dans la cathédrale de Meaux. Cet événement causa une ;;ran(io sensation : Briçonnet frémit, il lui sembla que déjà les sorbonnistes mettaient la main sur lui et le menaient au supplice. EflYayé, tremblant, il fut plus intolérant que ses adversaires. Il fit du zèle et ordonna à SCS prédicateurs de dénoncer les coupables. Quand on les eut découverts, il les excommunia et les livra à des juges qui les condamnèrent à être battus de verges, Qeurdelisés et bannis. « Après Pâques 1524, il anathémalisa, dit Bretonneau, publiquement et à haute voix, l'iînpie et sale doctrine du scélérat et malheureux hérésianjuc monsieur Luther, et fit la même chose dans toutes les églises do Meaux, contre la secte do Luther, qui tâchait de lever la crête dèô ce lemps-là.» '

Par là il ne gagna pas la confiance de ses adversaires : îî avait commis le péché irrémissible, en touchant à l'arche sainte. A leurs yeux il n'était qu'un faux frère; à ceux des luthériens il n'était qu'un malheureux apnslnt.

Les ennemis des fidèles n'activèrent pas les perséculions aussi vigoureusement qu'ils le désiraient. François 1" les en empêcha. Le roi no voyait pas sans un secret plaisir se former contre eux une opposition qui comptait dans ses rangs des hommes iionorables que sa sœur Marguerite prenait ouvertement sous sa proleclion. Mais après la célèbre bataille dans laquelle ton! fui rm'du fors rhonnenr, les ennemis de la Uélornie cxploilèrimi avec autant d'ardeur que d'iiabilelé la captivité du vaincu de Pavio.

' Dretonncau, p. 200 ù 2()i,

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