‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 25 sur 149 · LITRE · texte numérisé non relu

LITRE

Le parlement, qui ne sentait plus la main royale audessus de sa lô'te, et qui n'avait aucun obstacle à redouter de la part de Louise de Savoie, régente du royaume, nomma, en mars 1525, une commission composée dedeux laï<]iics cl de deux ecclésiastiques, qui fut cliargcc de déterminer les cas d'hérésie, et de déférer au [.'arlenient rvwx qui en seraient atteints. C'était presque un tribunal d'inquisition qu'on voulait instituer. Les commissaires nommés étaient tous aux ordres de la Sorbonne : rien n'était donc plus facile que de constater les cas d'iîérésic.

I\Iazuricr, Caroli et Pavanes insj)iraient de l'inquiétude à la commission. Leur rétractation publique ne la rassurait pas : elle croyait plusà leuramour do la vie qu'à leur orthodoxie. Elle les fit saisir comme suspects d'iiérésie et commença leur procès. Caroli et Mazurier protestèrent de leur attachement h la foi romaine, renièrent hardiment, une seconde fois, la cause qu'ils avaient embrassée. Pavanes n'imita [las leur honteuse lâcheté : il se releva de sa première chute, dé[ilora so.t reniement, et après avoir eu, comme Pierre, son heure de faiblesse, il eut celle d'un noble repentir. Il com[)arut devant le parlenient, qui le condamna au supplice du feu, jusqu'à ce f^;/c mort s'en suivît. Conduit sur la place; de Grève, il monta, intrépide et serein, sur le bûcher. Par une imprévoyance de ses juges (il n'était pas bâillonné) il put parler au peuple accouru en foule pour le voir mourir. Plein do l'esprit de Dieu, pour le service duquel il avait failjoycusemcnt le sacrifice de sa vie, il parla avec une telle éloquence qu'un docteur de Sorbonne déclara naïvement « qu'il voudrait avoir coûté à l'I'.gliseun million d'or, et qu'on n'eût jamais laissé parler Jacques Pa\ anes devant le peuple. » ' C'était avouer que le clergé avait bien peu de confiance dans sa foi, puisque ce qu'il appelait l'erreur lui inspirait tant de crainte. Le supplice du jeune étudiant fut suivi de celui d'un autre luthérien (]uc nous ne connaissons i]ue sous le nom de l'Ermite de Livry, sans doute parce qu'il vivait dans quelque coin retiré de la forêt de Livry. l'eut-être était-ce une do ces ùnios pieuses et simples, altérées et affamées d'un saiul qu'elles

' Ruchal, t. IV, p. 138 ; nouvelle éùiuou.

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cl'.ci'client en vaind;ins l.isoliUido; pout-ôtro aussi qu'un o.vomplaire des saintes Ecritures liaduilcs par Lofèvre d'iîtapies était venu comme un messager de miséricorde' lui apprendre dans sa cellule que le disciple de Jésus- Christ vit de foi et non de ciliées et d'abstinences. On aime, à cet égard, faire des suppositions. Ce qui demeure vrai, c'est que l'Krmite de Livry n'était pas une proie vulgaire pour le clergé, car le parlement décida qu'il serait brûlé vif sur le parvis de Notre-Dame de Paris, afin que sa mort devînt un avertissement solennel pour ceux qui oseraient à l'avenir avoir une foi contraire à colle de l'Eglise.

Le jour du supplice de l'inconnu, la vieille basilique était splendidement ornée; ses tours s'ébranlèrent sous les coups répétés de sa grande cloche lancée à toute volée. La mise en scène était terrible. Lo clergé comptait beaucoup sur la frayeur du condamné pour lui arracher une rétractation. La grâce de Dieu, fdus forte que les tenailles des bourreaux, soutint le bienheureux martyr : il monta sur le bûcher d'un pas ferme, les yeux rayonnants comme ceux de saint Etienne... 11 mourut sans jactance, comme sans faiblesse, laissa ses cendres h ses bourreaux, et remit son âme à Dieu, qui lui rendit selon ses œuvres.'

Le tour do Briçonnet arriva : l'évêquo de Mcaux avait déjà, donné tant de preuves de sa soumission, qu'il croyait avoir acquis le triste droitde jouir des fruits de son apostasie. Mais ses adversaires ne voyaient en lui qu'un hypocrite. Sur la dénonciation des cordeliers, il fut donc ti'aduit devant la commission d'encjuête. Ses ennemis l'accusaient de les avoir appelés, du haut do la chaire, cafards, faux prophètes, scribes, pharisiens; d'avoir en outre distribué la Bible en langue vulgaire et enseigné que tous les hommes, même les gens simples, avaient le droit de ia lire.

Celle accusation eût été vraie avant In première réiractalion de l'évèque; après, elle était fausse. La conduiledu faible prélat ne le montre quo trop; mais elle ne pèsera nullement dans la balance en sa faveur. On lui dira,

' Crespin, liv. n, p. 93.

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