‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 26 sur 149 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

comme au loup de la fable : Si tu ne l'as pas fait, tu es bien capable de le faire. Briçonnet déclina la compétence ' de la commission, et demanda à être interrogé devant le parlement. Sa requête fut rojetée. Ce fut seulement en présence de doux conseillers de la cour, assistés de deu.x docteurs de Sorbonne, que le prélat comparut. L'interrogatoire demeura secret. L'accusé fut condamné, le 29 novembre 1.525, à deux cents livres d'amende qui devinrent l'argent du sang, puisqu'elles furent employées en frais depoursuites contre les hérétiques de son diocèse.'

A dater de ce jour l'évêque de Jleaux s'enveloppa d'obscurité, et s'appliqua à ce que rien dans sa conduite pût faire douter de la sincérité de sa foi.

vm.

Toutes ces choses se passaient pendant l'absence de Marguerite de Valois, qui faisait alors son célèbre voyage de Madrid pour négocier avec Charles-Quint la liberté de son frère. Françoiss'ennuyait et ne trouvait pas dans son cœur d'homme, pour supporter sa captivité, ce qu'il trouvait, dans son ardeur de soldat, sur un champ de bataille. Ces paroles profondes de Salomon se réalisaient à son égard : c Celui qui est maître de son cœur est plus grand que celui qui prend des villes. ))^

A son retour de Madrid, Marguerite api)rit avec une douloureuse indignation les poursuites dont les fidèles étaient l'objet. Elle les prit sous sa protection et en arracha plusieurs des mains de Bedier. 11 est touchant de voir cette Jeune et pieuse femme, servant son Dieu au milieu d'une cour dissol ue, devenir pour lesréformés cet ange qui ouvrit à Pierre les portes de la prison dans laquelle les prêtres et les pharisiens l'avaient jeté. Grâce à cette baute protection, Louis de Berquin échappa une seconde fois des mains de ses ennemis. Ce fut avec colère que la commission d'enquête lui rendit la liberté. Ce disciple de la Réforme n'était pas un homme ordinaire : noble, il était distingué parmi les nobles; savant, il était cité [wirnii les

« Toussaint du Plessis, p. 283.

2 Proverbes, chap. xvi, v. 32,

IIlSrOlKK DE LA I\ÉrOilMATION FRANÇAISE.

savants; luthérien, il était compté parmi les plus fidèles. Nul n'avait plus lio courase, de verve, do pieté, do renoncement à soi-même. Eu abjurant les erreurs de son Eglise, il fit le sacrifice de si. vie. Elevé dans les pratiques les plus minutieuses et les plus superstitieuses du catholicisme, il en connaissait tout le néant. Observateur consciencieux et attentif do sa foi, il était fr'ippé de la difi'érence qui existait entre la foi do l'Eglise d'alors et celle de l'Egliso d'autrefois. Il avait la perspicacité do Lefèvrc, l'ardeur de Farol, et, par moments, les boutades de Luther. C'était plaisir et merveille de l'entendre parler contre les moines et les sorbonnisles. Jamais Kome n'eut un adversaire plus terrible et plus résolu. 11 avait le cœur et la lête d'un réformateur.

Quand François 1" fut de retour de sa captivité, il manifesta son juste mécontentement do ce qui s'était passé. Le parlement n'avait tenu aucun compte d'une lettre qu'il lui avait écrite de Madrid, touchant les hérétiques. — Marguerite de Valois profita dos bonnes dispositions do son frère, et rap[)ela auprès d'elle le vieux Lefèvre et Gérard Roussel.

La présence de ces deux hommes à la cour remplit do joie le cœur des fidèles : à dater de ce moment, tous ceux que Dieu avait appelés au glorieux mais dan.uereux honneur de prêcher son Evangile se dis[)Osèrent à aller à Paris, pour y faire retentir la parole du salut. Pierre Toussaint, qui devint plus tard le cha|)olain de Marguerite de Valois, écrivit à Farel de venir le rejoindre pour aider Lefpvre et Gérard Roussel. Louisde Rerquin ne demeura pas oisif : plus intrépide que jamais, il attaqua la papauté. La Sorbonne était vivement menacée. A vues humaines, c'en était fait d'elle. Un événement inattendu vint à son secours : deux enfants en otage h Madrid empêchèrent François I" de cédera l'influence de sa sœur. Il eut peur de mécontenter Charles-Quint, qui se posait en défenseur do la foi de l'Eglise. Chose étrange et mystérieuse ! le sort des nations no lient bien souvent qu'<à un caprice ou à un sentiment. — Jetés au milieu des événements, ils deviennent cause première sous la puissante main de Dieu.

Malgré la faveur dont lo roi entourait les prédicateurs

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